Biographie · Génération VII
Saint-Malo, 21 février 1734 — New York, 1820
Fils de Pierre Landais · beau-frère de Jacques Blondela de Taisy · oncle de François Blondela de Taisy · et de Marie-Charlotte, l'épouse de Jean-Jacques Labiche

À douze ans, il était prisonnier des Anglais ; il en revint en parlant leur langue, et cela décida de sa vie. Officier bleu, blessé et captif pendant la guerre de Sept Ans, il fit le tour du monde avec Bougainville. Quand le roi lui refusa la croix promise, il passa au service des insurgés d'Amérique : il leur apporta des canons, reçut le commandement de leur plus belle frégate, l'Alliance, et ramena La Fayette en France. La nuit de Flamborough Head, John Paul Jones l'accusa d'avoir tiré sur lui ; Franklin écrivit qu'il ne lui confierait pas un seul de vingt vaisseaux. Chassé de la marine américaine, contre-amiral de la République, soupçonneux jusqu'à l'excès et fidèle jusqu'au bout, il mourut pauvre à New York, dans le pays qu'il avait servi et qui l'avait chassé.


Pierre Landais naît à Saint-Malo le 21 février 1734. On le baptise le lendemain ; son parrain et sa marraine, Joachim et Marie Jocet, sont de la famille de sa mère, Marguerite Jocet. Au bas de l'acte, son père signe « P. Landais » : Pierre Landais, capitaine malouin, premier pilote des vaisseaux de la Compagnie des Indes.
Il grandit dans une maison de marins où l'on attend les retours. Il n'a pas un an quand son père part, le 1er février 1735, comme premier pilote du Lys, pour Pondichéry et l'île de France ; d'autres voyages suivent. Il a deux sœurs aînées, Marie-Jeanne et Françoise-Marguerite, et un frère aîné, Pierre-François ; une petite sœur, Marguerite-Olive, naît en 1737.
Le 1er mai 1745, à onze ans, il embarque à son tour, comme volontaire au commerce. La France est en guerre avec l'Angleterre. Le 4 septembre 1746, il part sur le Charles-Auguste pour le Cap-Français, à Saint-Domingue. Le navire est pris par les Anglais. L'enfant connaît la captivité ; il en revient avec une chose qui décidera de toute sa vie : il parle anglais.
En 1750 et 1751, il navigue encore comme volontaire, sur l'Heureux. Le 4 mai 1751, sa sœur Françoise-Marguerite épouse à Saint-Malo un capitaine qui revient lui aussi des prisons anglaises : Jacques Blondela de Taisy.
En 1752, Jacques Blondela reçoit le commandement de la Silvie, un navire marchand armé de dix canons, pour les Antilles. Son beau-frère embarque avec lui : à dix-huit ans, Pierre Landais est second lieutenant. On charge des toiles de Bretagne, des fers, des barriques de vin et d'eau-de-vie. À la Martinique, puis au Cap-Français, on les échange contre du sucre, du café, du cacao et de l'indigo.
Sur le chemin du retour, un ouragan s'abat sur la Silvie. Démâtée, à demi brisée, elle est jetée sur les récifs d'une île basse de l'archipel des Caïques. On débarque la cargaison à bras d'hommes, on colmate la coque, on redresse un mât, on la tire de nouveau à flot. En 1753, elle rentre à Saint-Malo, cabossée mais chargée de ce qu'on a sauvé.
L'année suivante, Pierre Landais est second lieutenant sur l'Aiguillon, qui part pour les bancs de Terre-Neuve.
La guerre de Sept Ans éclate en 1756. Le roi manque d'officiers : il en prend dans la marine de commerce. Pierre Landais devient un officier « bleu », de ceux qui viennent du négoce et non de la noblesse. En août 1762, il sert sur la frégate du roi le Zéphir, commandée par M. Poulin de Courval. Au combat, il est grièvement blessé ; on l'emmène prisonnier à Plymouth. Pour la deuxième fois de sa vie, il connaît les prisons anglaises.
La paix est signée à Paris en février 1763. La France perd le Canada ; il lui reste deux petites îles au large de Terre-Neuve, Saint-Pierre et Miquelon, pour que ses pêcheurs puissent encore sécher la morue. Le 14 mars 1763, Pierre Landais embarque sur la Garonne, qui va en reprendre possession au nom du roi. Il rentre en octobre. L'année suivante, il est sur la Barbue.
Le 16 juillet 1765, sa sœur Françoise-Marguerite meurt à Brest, à trente-cinq ans, laissant ses enfants à Jacques Blondela.


Le 15 novembre 1766, Pierre Landais est nommé lieutenant de frégate sur l'Étoile, une flûte de Rochefort commandée par M. de La Giraudais. Elle doit accompagner la frégate la Boudeuse, de M. de Bougainville, pour un voyage autour du monde. Elle emporte les vivres, les rechanges, et un naturaliste, Philibert Commerson, avec son valet, Jean Baret. Le valet est une femme : Jeanne Barret, qui sera la première femme à faire le tour de la Terre.
L'Étoile rejoint la Boudeuse à Rio de Janeiro en juin 1767. En décembre, les deux navires entrent dans le détroit de Magellan. Pendant qu'on attend un vent favorable, Bougainville part reconnaître les côtes de la Terre de Feu en canot. Au port de Beaubassin, il passe dans le canot de l'Étoile, que commande Pierre Landais. Du 27 au 29 décembre, ils longent la côte ; ils rencontrent des Fuégiens qui pêchent, dorment sous les voiles, et donnent des noms aux lieux qu'ils découvrent : la baie de la Cormorandière, les Deux Sœurs, le Pain de sucre, la baie et le port de la Cascade. C'est le métier de Pierre Landais dans ce voyage : conduire les embarcations qui vont en avant sonder les baies et reconnaître les terres.
En avril 1768, les navires mouillent à Tahiti. Puis ce sont les îles de la mer du Sud, la Nouvelle-Guinée, les Moluques, Batavia, l'île de France. L'Étoile rentre en France au printemps 1769. Pierre Landais a trente-cinq ans ; il est de la poignée de Français qui ont fait le tour du monde.
En 1773, sous le ministre de Boynes, Pierre Landais est fait capitaine de brûlot. Un mois plus tard, on lui confie un vaisseau de ligne, le Flamand. Pour un officier bleu, c'est un honneur rare ; les officiers de son rang ne le lui pardonnent pas. Le Flamand est désarmé à Rochefort sans avoir pris la mer. On lui a promis la croix de Saint-Louis.
En 1774, Louis XVI monte sur le trône ; un nouveau ministre, M. de Sartine, arrive à la Marine. La croix lui est refusée. Le 1er décembre 1775, il est nommé lieutenant de port à Brest : un poste à terre, qu'il n'a pas demandé, et une ordonnance vient de décider que ces officiers n'avanceraient plus avec ceux de la mer. Il écrit au ministre qu'on le met dans un métier qu'il ne connaît pas, et demande à reprendre la mer. On lui envoie son congé. À Brest, le lieutenant général d'Orvilliers essaie trois jours de le retenir. Le 8 janvier 1776, Pierre Landais quitte le service du roi, sans pension et sans la croix. Il part pour Paris.


Au début de 1777, Pierre Landais va voir Benjamin Franklin à Paris. Les colonies anglaises d'Amérique se sont déclarées indépendantes l'été précédent ; leurs envoyés cherchent des armes, de l'argent, et des marins. Un officier qui a fait le tour du monde et qui parle anglais les intéresse. Silas Deane, l'autre commissaire américain, lui propose de conduire en Amérique un navire chargé de munitions. En avril, ils conviennent de douze mille livres de gratification à l'arrivée et d'un brevet de capitaine dans la marine américaine. Le 1er mai, à Passy, Franklin donne son accord et lui souhaite bon voyage. Le soir même, Pierre Landais part pour Marseille.
Le navire s'appelle le Flamand, comme le vaisseau du roi qu'on lui avait donné quatre ans plus tôt. Dans le plus grand secret, on y charge des canons et des mortiers de bronze, des bombes, des boulets, de la poudre, du soufre et des fusils. Des contrordres le retiennent cinq mois. Le 29 septembre 1777, il appareille enfin, avec un équipage de toutes nations et quelques passagers : M. de Francy, l'homme de Beaumarchais, et un officier prussien, le baron de Steuben, avec ses deux aides de camp.
Près des Bermudes, quand l'équipage comprend que le navire fait route au nord, vers l'Amérique, il se mutine. Les hommes se massent sur le gaillard d'avant. Pierre Landais fait charger des fusils, laisse Steuben garder l'arrière l'épée à la main, et marche, sabre au poing, sur les trois meneurs. Abandonnés des autres, ils grimpent dans les haubans, puis se rendent. Il les fait mettre aux fers, sans autre punition. Après des semaines de coups de vent, le Flamand entre le 2 décembre 1777 dans la rivière de Portsmouth, au New Hampshire. Pierre Landais remet le navire et sa cargaison.
Pierre Landais écrit au Congrès pour faire valoir sa cargaison et les promesses de Deane. Personne ne lui répond. Il passe l'hiver à Boston, puis se rend lui-même à York, en Pennsylvanie, où siège le Congrès. En chemin, il passe au camp de Washington, qui le reçoit avec politesse. Le 9 mai 1778, le Congrès décide de le maintenir capitaine dans la marine des États-Unis ; le 19 juin, il lui confie le commandement d'une frégate neuve.
Elle a été lancée le 28 avril sur le Merrimack, à Salisbury, et on vient de la baptiser l'Alliance, en l'honneur du traité qui lie désormais la France et l'Amérique. Trente-six canons, une marche rapide : c'est le plus beau navire de la jeune marine américaine. Le 15 octobre, le Massachusetts fait de Pierre Landais l'un de ses citoyens.
À bord, rien n'est simple. Ses deux lieutenants, nommés avant son arrivée, le reçoivent avec froideur. L'un d'eux part pour Boston contre ses ordres pendant que la frégate descend la rivière ; les officiers découchent, se plaignent, réclament pour les matelots du rhum pur au lieu du grog. Des capitaines de Boston signent une pétition contre lui : on ne lui reproche rien d'autre, dit-il, que d'être français.

Le Congrès charge l'Alliance de ramener en France le marquis de La Fayette, qui va plaider à Versailles pour qu'on envoie une armée en Amérique. Les marins sont rares à Boston : l'équipage est fait en grande partie d'Anglais et d'Irlandais pris sur des navires ennemis. Le 14 janvier 1779, la frégate appareille, avec La Fayette et sa suite. Quelques jours plus tard, une tempête emporte le grand mât de hune et la chaloupe ; un homme est retrouvé mort, étouffé dans l'entrepont.
Le 1er février, avant le jour, un second maître qui comprend l'irlandais vient trouver le capitaine : une partie de l'équipage prépare un complot pour s'emparer du navire et le conduire en Angleterre. Le lendemain, il apprend l'heure : quatre heures de l'après-midi. Pierre Landais réveille La Fayette. Sans rien laisser voir, on fait passer des fusils, des baïonnettes et des pistolets par les fenêtres de la chambre. À l'heure du dîner, La Fayette prend la tête des gentilshommes français armés sur le gaillard d'arrière ; les meneurs, le maître d'armes, un sergent des soldats de marine et un second maître canonnier, sont saisis et enfermés chacun de son côté.
Un conseil d'enquête se tient dans la chambre du capitaine, avec La Fayette. Séparés, les meneurs se contredisent ; l'un avoue tout. Le plan était de tirer les deux canons du gaillard d'avant sur l'arrière, de massacrer les Français et d'épargner le seul La Fayette, pour le livrer au roi d'Angleterre contre récompense. Trente-huit hommes sont mis aux fers. Le 6 février 1779, après vingt-trois jours de mer, l'Alliance mouille à Brest. « L'Alliance est égale à mes meilleurs vœux, écrit Pierre Landais à Franklin, remarquablement rapide. »

À Brest, la frégate est à réparer, et personne ne veut payer. Il faut l'arrivée de John Adams, le commissaire américain, pour que les prisonniers soient débarqués et les travaux faits. Adams espère rentrer en Amérique sur l'Alliance ; il passe des semaines à bord, à Nantes puis à Lorient, et observe le capitaine. « Il est jaloux de toute chose, jaloux de tout le monde », note-t-il dans son journal, le 12 mai.
Franklin a d'autres projets. L'Alliance ne rentrera pas en Amérique : elle ira en course, dans l'escadre du capitaine John Paul Jones, un Écossais passé au service des Américains, qui arme à Lorient un vieux vaisseau de la Compagnie des Indes rebaptisé le Bonhomme Richard. Le 19 juin, à Lorient, un conseil de dix-sept capitaines et négociants américains juge les querelles de Pierre Landais avec ses lieutenants : ceux-ci, conclut-il, n'ont pas de motif suffisant de se plaindre de leur commandant. Les deux lieutenants quittent le navire.
L'escadre part le 19 juin escorter un convoi vers Bordeaux. La nuit même, dans l'obscurité, le Bonhomme Richard et l'Alliance s'abordent ; chacun des deux capitaines en rejette la faute sur l'autre. Le 14 août, l'escadre part pour faire le tour des îles Britanniques. Au large de l'Irlande, Pierre Landais veut poursuivre une prise dans les brumes ; Jones le lui interdit. Les deux hommes se disputent, Landais parle de duel. Dès lors, l'Alliance navigue à sa guise : elle quitte l'escadre, la retrouve, envoie ses prises en Norvège, repart seule le long des côtes d'Écosse.



Le 23 septembre 1779, au large du cap de Flamborough, sur la côte du Yorkshire, l'escadre aperçoit un grand convoi venu de la Baltique : plus de quarante navires marchands chargés de bois et de chanvre pour les arsenaux anglais. Deux navires de guerre l'escortent, la frégate Serapis, de quarante-quatre canons, et la Comtesse de Scarborough. L'Alliance et la Pallas leur donnent la chasse ; le Bonhomme Richard suit de loin. À sept heures du soir, sous la pleine lune, le combat commence.
Le Bonhomme Richard s'accroche au Serapis, bord à bord ; pendant plus de trois heures, les deux navires se canonnent à bout portant. L'Alliance tourne autour du combat et lâche plusieurs bordées. Des boulets frappent le Bonhomme Richard, qui brûle et fait eau. Vers dix heures et demie, le capitaine du Serapis amène son pavillon ; la Comtesse de Scarborough s'est rendue à la Pallas. Le surlendemain, le Bonhomme Richard coule. L'escadre et ses prises gagnent le Texel, en Hollande.
Jones accuse aussitôt Pierre Landais d'avoir tiré sur lui, et même d'avoir voulu le couler pour prendre seul le Serapis. Landais jure qu'il visait l'Anglais et que ses bordées ont forcé le Serapis à se rendre ; il fait certifier par tous ses officiers, qui ne l'aiment pourtant pas, le plan des positions des navires, heure par heure. Au Texel, il se bat en duel avec le capitaine de la Pallas, Cottineau, et le blesse. Jones lui retire son commandement ; Franklin le rappelle à Paris pour s'expliquer.


Pierre Landais passe l'hiver à Paris. Il attend un procès qu'on ne peut tenir qu'en Amérique, un passage qu'on ne lui donne pas, l'argent qu'on lui doit. Il voit Arthur Lee, l'ennemi de Franklin ; il écrit lettre sur lettre au vieux docteur. Le 12 mars 1780, il lui demande de lui rendre l'Alliance, ou de le lui refuser par écrit. Franklin répond le jour même : « Je vous crois si imprudent, si procédurier et si querelleur, même avec vos meilleurs amis, que la paix et le bon ordre sont impossibles là où vous commandez. Si j'avais vingt vaisseaux de guerre à ma disposition, je n'en donnerais pas un au capitaine Landais. » Et il ajoute : « Comme capitaine de navire marchand, vous avez deux très bonnes qualités, l'économie et l'intégrité. Pour elles, je vous estime. »
À Lorient, pourtant, l'équipage de l'Alliance le réclame. Le commissaire du bord lui écrit qu'il le tient pour « un homme de vertu, d'humanité et de courage ». Les matelots, à qui Jones n'a toujours pas payé leurs parts de prises, signent des pétitions pour qu'on leur rende leur capitaine. Pierre Landais revient à Lorient. Arthur Lee, qui veut lui aussi rentrer en Amérique, lui affirme par écrit que ni Franklin ni Jones n'avaient le droit de lui retirer un commandement donné par le Congrès.
Le 13 juin 1780, pendant que Jones est à terre, il monte à bord, fait lire son brevet sur le gaillard d'arrière et reprend son commandement sous les acclamations. Jones court à Paris. Il en revient avec un ordre de Franklin et un ordre d'arrestation du ministre. L'Alliance s'est retirée devant Port-Louis ; on tend une estacade à l'entrée du port, les forts ont ordre de tirer. Pierre Landais fait répondre que si l'on vient à portée de ses canons, il coulera les embarcations. Jones finit par demander qu'on le laisse partir. Le 8 juillet 1780, l'estacade est ouverte ; l'Alliance prend la mer pour l'Amérique, avec Arthur Lee à son bord.

La traversée tourne au cauchemar. Avant même le départ, Pierre Landais a fait consigner dans sa chambre le capitaine des soldats de marine, Matthew Parke, qui refusait de lui promettre une obéissance sans condition. En mer, il ne dort presque plus. Il soupçonne les matelots venus du Bonhomme Richard, en fait mettre plusieurs aux fers ; il se querelle avec ses officiers et avec ses passagers, Arthur Lee compris. Le 13 juillet, il s'en prend en public à son premier lieutenant, James Degge.
Au début d'août, sur les bancs de Terre-Neuve, l'équipage refuse de réduire la voile et exige qu'on fasse route vers l'Amérique. Le capitaine fait jeter à la mer le poisson que les hommes ont pêché ; le chirurgien proteste, les malades manquent de tout. Pierre Landais s'enferme dans sa chambre. Le 11 août 1780, officiers et passagers, jugeant que le capitaine a perdu la raison, confient le commandement au lieutenant Degge. L'Alliance entre à Boston le 19 août.
Pierre Landais refuse de quitter sa chambre. Le capitaine John Barry arrive, le 19 septembre, avec l'ordre de prendre le commandement ; un sergent et deux soldats de marine, envoyés par Matthew Parke, enfoncent la porte et le portent à terre. À son tour, il accuse ses officiers de mutinerie. En janvier 1781, une cour martiale le déclare coupable de quatre chefs d'accusation : il est chassé de la marine des États-Unis et déclaré inapte à la servir. Le lieutenant Degge est renvoyé lui aussi.


Pierre Landais reste en Amérique, qu'il appelle désormais son « pays d'adoption ». Il réclame les douze mille livres promises par Deane, que le Congrès a pourtant votées dès le 15 mars 1779, sa solde et ses parts de prises. En 1784, il fait imprimer à Boston, chez Peter Edes, un gros Mémoire en anglais « pour justifier la conduite de Peter Landai pendant la dernière guerre ». Il y raconte tout, depuis Saint-Malo, avec les lettres, les certificats et les plans du combat.
Dans l'avis au public, il s'excuse de mal connaître la langue et de devoir parler de lui-même, « ce qui paraît toujours égoïste ». Il écrit que la justice d'un pays libre doit être impartiale « pour ou contre tout homme naturalisé » : « Le patriotisme ne consiste pas à opprimer les émigrés loyaux. » Un exemplaire de ce Mémoire se retrouve dans la bibliothèque de John Adams.
En 1789, il quitte les États-Unis. Par Constantinople, Hambourg et Londres, il rentre en France en 1791.

La France qu'il retrouve est en révolution. Beaucoup d'officiers nobles ont émigré ; la Marine manque de chefs, et les officiers bleus d'autrefois sont rappelés. Le 28 juillet 1792, Pierre Landais est réintégré comme capitaine de vaisseau de première classe. Il reçoit le commandement d'un vaisseau de soixante-quatorze canons au nom de son temps : le Patriote.
Il fait campagne en Méditerranée dans l'escadre de Truguet : Villefranche, Oneglia, Naples, puis l'expédition contre la Sardaigne. En février 1793, l'escadre bombarde Cagliari ; le débarquement échoue, la tempête disperse les navires. À bord du Patriote il y a un mousse de huit ans : Jean-Jacques La Biche, le petit-fils de sa sœur Françoise-Marguerite. Son grand-oncle l'a pris à son bord.
Le 1er janvier 1793, Pierre Landais est nommé contre-amiral. Il a cinquante-huit ans.

À l'été 1793, il commande la deuxième division de l'escadre de Brest, sous le vice-amiral Morard de Galles ; son pavillon flotte sur la Côte-d'Or, un trois-ponts de cent dix-huit canons. L'escadre croise devant Quiberon pour empêcher les Anglais de secourir les Vendéens. Les semaines passent, les vivres s'épuisent. En septembre, on apprend que Toulon s'est livré aux Anglais. Les équipages grondent : ils veulent rentrer à Brest.
Dans la nuit du 14 septembre, des canots courent la rade en répandant une rumeur : le contre-amiral Landais aurait fait fusiller, sans jugement, des hommes de son équipage qui voulaient rentrer. C'est une calomnie ; elle enflamme les équipages. Sur les vaisseaux, on hisse les huniers sans ordre, on crie « À Brest ! ». Le 21 septembre, les généraux et les capitaines, Landais parmi eux, signent la décision de ramener l'escadre au port. De son côté, il remet un mémoire où il dénonce des signaux inconnus faits à bord du vaisseau amiral, qu'il soupçonne d'être des intelligences avec l'ennemi.
À Brest, le représentant du peuple Jeanbon Saint-André mène l'enquête. Il juge Pierre Landais « patriote, ami sincère de la liberté ; il veut le bien », mais « défiant et soupçonneux à l'excès », si bien qu'il n'a su gagner la confiance ni de ses officiers, ni des équipages. Pierre Landais offre sa démission. Elle est acceptée ; les représentants du peuple se font un devoir, écrivent-ils, de rendre justice à son patriotisme et à la pureté de ses sentiments. Le 26 octobre 1793, il quitte la Marine.
En 1795, un état de ses services le dit « ci-devant contre-amiral ». En novembre 1797, Pierre Landais repart pour l'Amérique. Il s'installe à New York. Il a plus de soixante ans et un seul but : obtenir enfin ce que lui doivent les États-Unis, sa part des prises de 1779 et les sommes promises en 1777. L'année suivante, il écrit encore au ministre de la Marine, à Paris, en « ancien contre-amiral retiré ».
Il obtient justice en partie : en 1806, le Congrès lui fait verser quatre mille dollars. Mais en 1815, le Sénat rejette sa nouvelle demande. Il vit ses dernières années pauvrement, à New York. Il y meurt en 1820, à plus de quatre-vingt-cinq ans, loin de Saint-Malo, dans le pays qu'il avait servi et qui l'avait chassé.
Sa sœur Françoise-Marguerite était morte depuis cinquante-cinq ans. Ses neveux, Jacques-Pierre et François Blondela, étaient morts en mer, l'un aux Indes, l'autre avec La Pérouse. Le petit mousse du Patriote, Jean-Jacques La Biche, devenu lieutenant de vaisseau, était mort l'année précédente.
Compagnon de Bougainville, capitaine de la frégate américaine l'Alliance, qui ramena La Fayette en France et combattit à Flamborough Head, puis contre-amiral de la République : Pierre Landais (1734-1820), le frère de Françoise-Marguerite Landais.
Sources : registres paroissiaux de Saint-Malo lus à l'image (Archives d'Ille-et-Vilaine) ; son Mémoire de 1784 ; les papiers de Franklin et de Washington ; Bougainville, 1771 ; le rapport de Jeanbon Saint-André, 1793. Sa biographie complète est sur cette bibliothèque.