Traduit de l'anglais
Trente-six lettres, 1779-1806, et deux lettres qui parlent de lui — d'après les papiers des pères fondateurs des États-Unis (Founders Online, Archives nationales américaines)
De Brest, de Nantes, de Lorient, du Texel, puis de Paris, Pierre Landais écrit sans relâche à Benjamin Franklin, ministre des États-Unis à Passy : la traversée avec La Fayette et le complot à bord, la croisière avec John Paul Jones, la bataille du 23 septembre 1779, puis les longs mois d'attente à Paris, privé de son navire, jusqu'au jour où il reprend l'Alliance à Lorient et fait voile pour l'Amérique. Vingt-six ans plus tard, il écrit encore au président Jefferson pour lui soumettre ses plans de navires. Voici toutes ses lettres conservées dans ces papiers, en français.
Traduction en français réalisée par le site nosgenerations.fr. Landais écrivait un anglais imparfait : la traduction garde son ton, sans corriger ce qu'il dit. Les passages les plus importants sont en gras. Sous chaque lettre, un lien ouvre le texte original, en anglais. Les notes des éditeurs américains, protégées par le droit d'auteur, ne sont pas traduites.
Jean-Baptiste-Lazare Théveneau de Francy à George Washington, York Town, 10 mai 1778 — The Papers of George Washington, Founders Online — lire la page originale, en anglais
York Town, Pennsylvanie, le 10 mai 1778.
Monsieur,
J'ai été honoré de votre lettre du 1er de ce mois, qui en renfermait une pour M. Penet ; je l'ai envoyée hier à Portsmouth, où j'ai un navire qui va partir immédiatement pour la France. Je souhaiterais de tout cœur que vous me donniez les moyens de prouver à Votre Excellence mon zèle et mon respect le plus profond, en vous adressant à moi pour tout ce qui peut être de mon ressort. Si je n'avais craint de vous faire perdre quelques-uns de ces moments que vous avez entièrement sacrifiés au bien public, j'aurais eu l'honneur de vous écrire depuis que j'ai celui de connaître Votre Excellence. L'accueil si bon et si courtois que j'ai reçu à votre quartier, les différentes fois que j'y suis allé, demandait mes remerciements les plus sincères ; mais, sachant combien tout votre temps était pris par les affaires les plus importantes, je n'ai pas voulu vous importuner par une simple lettre de compliment, et je me suis contenté d'admirer en silence le grand homme, ou plutôt le sauveur de sa patrie. Mais la lettre dont Votre Excellence m'a honoré, et l'heureux événement d'une alliance entre l'Amérique et la France, me forcent à exprimer mes sentiments ; j'en profite pour vous renouveler mes meilleurs remerciements et vous prier encore instamment d'avoir pour agréables les offres que je vous ai faites, pour tout ce qui pourra être en mon pouvoir.
J'espère que vous aurez un peu plus de repos dans cette campagne que dans les trois dernières ; la France a pris les dés à son tour, et comme vous nous laissez la partie en très bonne voie, il est à présumer que nous ne la perdrons pas.
Le porteur de cette lettre, le major des Épiniers, est le neveu du principal membre de la maison que je représente ici ; il s'appelle Beaumarchais, et il est connu en France, depuis le début de la présente guerre, comme l'un des partisans les plus zélés et les plus ardents de l'Amérique ; me permettrez-vous de recommander son neveu à votre attention ?
Veuillez présenter mes très humbles respects à Madame Washington, et mes meilleurs compliments à toute votre famille. J'ai l'honneur d'être, avec le plus grand respect, Monsieur, votre très obéissant et très humble serviteur,
De Francy.
P.-S. Le capitaine Landais, reconnaissant des politesses que vous lui avez faites quand il était au camp, me prie de le rappeler très respectueusement au souvenir de Votre Excellence.
Pierre Landais à Benjamin Franklin, frégate l'Alliance, Brest, 7-8 février 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 28, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Frégate l'Alliance, Brest, le 7[-8] février 1779.
Plaise à Votre Excellence,
J'ai le plaisir de vous informer de mon arrivée ici hier, après une traversée de vingt-trois jours depuis Boston, où j'avais été armé pour conduire en France le marquis de La Fayette et sa suite, le chevalier de Rimondis, capitaine et naguère commandant du César, l'un des vaisseaux de Sa Majesté, et pour vous apporter les paquets remis avec la présente.
Les navires armés en course sont si nombreux en Amérique, à présent, que j'ai eu la plus grande peine à trouver des matelots pour la frégate ; j'ai dû prendre bon nombre d'hommes de divers pays, qui avaient été pris par les corsaires, Anglais, Écossais et Irlandais, et qui formaient donc la plus grande partie de notre équipage. Le bruit d'une mutinerie avait couru quelques jours avant notre départ de Boston, mais, après examen, on le jugea sans fondement : leurs intentions étaient si bien concertées qu'elles ne laissaient alors aucune place au soupçon. Mais, à notre surprise et à notre dépit, nous fûmes de nouveau avertis de leurs intentions, et leur conduite nous convainquit bientôt de leurs desseins. Nous nous tînmes alors sur nos gardes et rassemblâmes toutes les circonstances possibles : quand et de quelle manière ils comptaient s'emparer du navire. Le 2 de ce mois, à midi, on vint nous dire que, soupçonnant que nous avions découvert leur complot, ils avaient résolu de l'exécuter à quatre heures de l'après-midi. J'armai alors les officiers et ceux sur qui je pouvais compter, le marquis à leur tête ; nous saisîmes et mîmes aux fers quatre des principaux meneurs, et fîmes dans le navire une fouille complète des armes et des munitions : nous trouvâmes dans le coffre de l'un des meneurs des cartouches et des balles, et dans un autre un couteau d'une espèce très inconvenante, propre seulement à de si horribles desseins. Je réunis alors mes officiers et les messieurs passagers, et formai une cour d'enquête pour apprendre des accusés ce qu'ils avaient à dire pour leur défense ; pour le détail, je vous renvoie à leurs déclarations, et aussi à celles de plusieurs autres qui, par crainte d'être débordés, ou plutôt par horreur de si cruels projets (ce que j'incline à croire), firent la découverte. Plusieurs des conspirateurs auraient pu invoquer quelque excuse, comme l'ivresse, et ils le firent, s'ils n'avaient montré les mêmes dispositions à bord d'autres navires continentaux, à savoir le Boston et la Providence : cela ne leur laisse aucune excuse. Il faut faire quelque chose en ce cas pour détourner les autres d'une pareille conduite (votre sagesse le dictera), ou nos navires n'auront plus que des miracles pour les protéger.
Il faut dire, à l'honneur du Bureau de la Marine (département de l'Est), que, pour encourager les matelots des autres navires du port à s'engager sur l'Alliance, il fut promis qu'on leur paierait dix écus de prime en France ; plusieurs matelots acceptèrent l'offre (certains parmi les conspirateurs). Il ne restait d'autre choix que de prendre la mer sans équipage, ou de m'adresser au consul pour avoir des matelots français, ce que je fis aussitôt, et qui me fut accordé aussi vite ; chacun de ces matelots et soldats de marine se vit promettre dix écus et une part des prises à son arrivée ici. Le Bureau de la Marine m'avait fort encouragé à espérer un échange des prisonniers américains, grâce auquel je pourrais bien armer mon navire. Dans ma situation présente, il me faut au moins cent hommes, bons matelots, avant de pouvoir prétendre reprendre la mer ; et comme il y a beaucoup d'Américains dans les différents ports, j'espère que vous ne perdrez pas de temps pour donner vos ordres à ceux qui relèvent de votre autorité, et quelques directives pour encourager les autres.
L'Alliance répond à mes meilleurs vœux : c'est une marcheuse remarquable, qui porte trente-six canons, vingt-huit de douze livres sur le pont principal et huit de neuf livres sur le gaillard d'arrière et le gaillard d'avant. Notre traversée aurait été plus courte si nous n'avions essuyé un coup de vent qui emporta notre grand mât de hune, les vergues de hunier, des voiles et la pinasse, et nous fit tant d'autres dégâts que nous ne pûmes, pendant plusieurs jours, porter beaucoup de toile ; nos ferrures étaient extrêmement mauvaises et cédaient partout où le gréement forçait.
Le 4 de ce mois, j'ai rencontré un trois-mâts et un senau armés et commandés par des Suédois, allant de Mounts Bay, en Angleterre, à Livourne ; ils me dirent, en montant à bord, que les navires appartenaient à des armateurs de Stockholm, mais que les cargaisons (des sardines et de l'étain) étaient entièrement propriété anglaise, et qu'ils ne réclamaient que leur fret ; sur quoi j'y mis des hommes et leur donnai ordre de venir dans ce port. Le 5, nous donnâmes la chasse à un senau que nous prîmes pour un corsaire de Jersey ou de Guernesey ; nous lui tirâmes plusieurs coups et l'aurions pris sans les conspirateurs (à mon grand dépit).
Je serais heureux de recevoir vos instructions sur les réparations du navire, et les autres directives que vous voudrez bien donner ou faire donner de temps à autre. J'ai le plaisir de vous apprendre que mes officiers sont dans la meilleure harmonie, et montrent en tout le désir de servir leur pays dans la présente lutte.
J'ai l'honneur d'être, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
N.-B. Trente-huit de mes hommes sont aux fers, et doivent y rester jusqu'à ce que je reçoive vos ordres sur la manière de procéder, ou d'autres ordres de l'agent.
8 février 1779. P.-S. Plaise à Votre Excellence d'obtenir du ministre de la Marine un ordre pour qu'on me fournisse dans le port tout ce qui est nécessaire, mâts, cordages, ferrures, voiles, vivres, etc., pour remettre le navire en état, et, s'il le faut, pour le faire entrer au bassin.
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Brest, 17 février 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 28, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Brest, le 17 février 1779.
Excellence,
J'ai l'honneur de vous faire savoir que j'ai reçu une lettre de John Lotcher, maître de la Victoria, l'un des deux navires suédois que j'ai envoyés en France pour y être examinés ; il m'écrit qu'il est arrivé à l'île de Batz, près de Morlaix, le 15, et qu'il a perdu de vue l'autre navire, le senau Anna Louisa, dans la nuit du 6, dans la brume, et ne l'a pas revu depuis.
J'attends vos ordres, que j'espère d'un moment à l'autre par le retour de M. Winship, que je vous ai envoyé en exprès avec les paquets que j'avais à vous remettre.
Je suis, de Votre Excellence, le très obéissant et humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Brest, 26 février 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 28, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Brest, le 26 février 1779.
Plaise à Votre Excellence,
Ayant reçu une lettre du 13 de ce mois de mon chirurgien, M. Winship, que je vous avais envoyé en exprès, m'annonçant que mon équipage sera complété par des matelots français, que je dois aller d'ici à Lorient pour y être radoubé et caréné, et de là en Amérique, je prends la liberté de faire observer à Votre Excellence ceci. D'abord, que des Français et des Américains mêlés ensemble, qui ne se comprennent pas, qui n'ont ni la même discipline ni la même façon de vivre, ne pourront jamais bien agir de concert, et seront toujours en désaccord ; et, n'ayant personne d'autre que moi pour parler français, je serai de bien peu d'utilité. Il ne servirait à rien non plus d'avoir des officiers français : cela créerait de la jalousie et deux partis.
Il est nécessaire que ce navire entre au bassin pour y être nettoyé et pour y faire réparer ses ferrures, comme les cadènes des grands et des petits haubans ; les courbes sous le passavant doivent être reforgées, plusieurs étant cassées, d'autres tordues, etc. Il ne peut aller en mer, ni entrer au port, tant qu'il n'est pas débarrassé des prisonniers mutins qui sont à bord. Avant de pouvoir aller se faire caréner à Lorient, il faudrait le réparer ici, le gréer et l'armer. Arrivé à Lorient, il faudrait le dégréer, démolir sa cuisine, qui est bâtie en briques et très lourde, puis la reconstruire, sans compter beaucoup de travaux coûteux, et le temps nécessaire pour abattre en carène un navire comme celui-ci, là où il n'y a pas de bassin de radoub. Le plus avantageux, à mon sens, serait de doubler tout de suite de cuivre la carène de l'Alliance, pour prévenir beaucoup de dépenses et d'ennuis à l'avenir. Aucune frégate au monde ne le mérite mieux, à tous égards ; elle est neuve, et ce doublage durerait autant que le navire. Elle marche déjà extrêmement bien ; elle marcherait mieux encore, et serait plus raide à la voile, ce qui lui manque. Comme il n'y a pas de bassins de radoub en Amérique, elle n'aurait jamais à être échouée à la manière ordinaire, si nuisible, mais nécessaire aux navires non doublés. À Boston, les navires ont toujours été obligés d'attendre, après le calfatage de leur carène, cinq ou six mois au moins, pour recruter leurs hommes ; au bout de ce temps, leur carène est de nouveau sale, et ils doivent prendre la mer ainsi. Ce fut notamment le cas du Raleigh, et la cause de sa prise.
Je me suis renseigné auprès du capitaine de ce port, qui me dit qu'il y a ici du cuivre en feuilles en abondance, que le navire peut être doublé dans l'un des bassins en quatre jours, et qu'il en coûtera vingt-huit mille livres. Comme un navire doit être nettoyé à plusieurs reprises pour être utile, le temps et la dépense que cela demande sont d'une très grande importance, et méritent attention. On pourrait donner bien des raisons, plus peut-être qu'il n'en faut, pour faire doubler l'Alliance. Elle pourrait être toujours en mer, à l'aller, au retour ou en croisière, ce qui la rendrait aussi utile que deux navires semblables qui restent six mois de l'année au port. Ici encore on épargnerait une très grande dépense, en la gardant mieux armée et plus longtemps ; car dès qu'elle arrive à Boston, la croisière est finie et chacun est libre d'aller où il veut ; et si le navire n'offre pas quelque chose de très encourageant pour que les hommes se réengagent, il peut rester, comme d'habitude, fort longtemps au port à très grands frais. Sa marche rapide et une carène de cuivre pourraient peut-être décider un équipage à s'engager à temps. Les difficultés du recrutement sont nombreuses ; on perd en général la moitié des hommes par désertion, bien qu'on en garde à bord autant que possible, à grands frais, et comme on est obligé d'en recruter le double pour avoir un seul équipage, la dépense augmente étonnamment au-delà de ce qu'elle devrait être. L'économie en ces occasions, outre les autres avantages qui viendraient nécessairement de ce qu'elle serait toujours prête à prendre la mer, sans la peine de décharger et de changer l'arrimage de sa cale, et en sortant avant que l'équipage ait le temps de s'échapper, suffira peut-être à retenir l'attention de Votre Excellence ; et je crois de mon devoir, en me soumettant à votre sage décision, de mentionner ces choses nécessaires, qui me paraissent d'un avantage frappant.
Une fois doublée, elle pourrait aller à Lorient et toucher à plusieurs autres ports de France, où elle compléterait très probablement son équipage avec des Américains ; et ainsi équipée, je crois sincèrement qu'il n'y aurait pas au monde de frégate qui l'égale. Le principal avantage que les croiseurs anglais ont sur nous dans les mers d'Amérique, à présent, c'est leur carène de cuivre ; et si la première dépense d'en donner une à celle-ci n'était pas, en fin de compte, une économie, ce dont il n'y a, je crois, aucun doute, elle serait encore bien placée sur un navire déjà arrivé si près de la perfection. Et si Votre Excellence avait pour lui une autre mission que le retour en Amérique, il y serait bien préparé, et même pour un long voyage.
Nous avons eu la chance de recruter ici neuf Américains, et plusieurs, à bord de différents navires, m'ont écrit ; mais, malgré mes demandes, je n'ai pu les obtenir.
Je suis, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Brest, 28 février 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 28, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Brest, le 28 février 1779.
Plaise à Votre Excellence,
Je viens seulement de recevoir la très grande faveur dont vous m'avez honoré le 16 de ce mois, par laquelle j'apprends que vous vous êtes adressé au ministre français de la Marine pour concilier son avis et le vôtre sur la manière de juger les conspirateurs : le plus tôt sera le mieux, car ils sont un grand fardeau, et gardés dans l'entrepont, où ils souffrent beaucoup du manque d'air.
On a dit à Votre Excellence que c'était une règle constante qu'aucun navire étranger ne soit admis dans le port de Brest. Tous les navires continentaux qui en ont eu besoin y sont entrés, et le Randolph a été mis dans un bassin. J'ai écrit à Votre Excellence, le 26 de ce mois, une longue lettre pour démontrer la nécessité de mettre au bassin ce navire, dont la carène est sale, et l'avantage qu'il aurait en toutes circonstances à être doublé de cuivre, et combien d'argent on épargnerait ; car à Boston il n'y a même pas assez de calfats pour le travail nécessaire. Et je dois ajouter que je suis sorti de Boston si mal pourvu à cet égard que, mes œuvres mortes faisant eau, mon équipage était toujours mouillé ; et à mon arrivée, mes voiles de rechange, dans la cale, étaient à moitié pourries, bien qu'on ait fait jouer une pompe sans arrêt. J'avais demandé au Bureau de la Marine de faire recalfater la frégate, qui ne l'avait pas été depuis son lancement, il y a près d'un an ; mais la journée d'un calfat coûtant six dollars, et n'y en ayant pas assez sur place pour le faire en deux mois, j'y ai renoncé.
Votre Excellence dit que le navire est neuf et qu'il ne doit avoir besoin que de peu de chose ; mais permettez-moi de vous dire que ce serait vrai s'il avait été bien pourvu, dès le début, de bonnes choses ; or ce ne fut pas le cas, car toutes les ferrures étaient cassantes, et le reste du nécessaire ne put être obtenu ni fait.
J'empêcherai qu'il en soit ainsi à l'avenir si Votre Excellence permet que la frégate soit doublée de cuivre, calfatée, sa mâture et son gréement bien assurés, etc. Ce sera alors une frégate solide et bonne marcheuse, prête à servir quand elle ne sera pas en mer, et qui n'aura jamais besoin de beaucoup de réparations.
Il m'est presque impossible de faire mon devoir de capitaine, d'être l'interprète pour tout et de tenir les diverses correspondances ; et plus encore de faire une estimation de la dépense nécessaire pour mettre le navire en mer. Tout ce que je sais, c'est que nous ne pouvons que faire de grandes dépenses tant que nous sommes au port. Je me permets de vous renvoyer à ma lettre du 26 au sujet du recrutement de Français. J'y ai joint un état exact de ma situation présente, que je prie Votre Excellence de considérer.
J'ai exécuté vos ordres en présentant vos compliments à mes officiers, et je les ai informés que vous examinerez leur demande et ferez ce que vous pourrez pour eux.
Mon chirurgien, M. Winship, vient d'arriver et m'a apporté votre lettre du 22, par laquelle j'apprends avec chagrin que vous avez été récemment tourmenté par la goutte et empêché d'aller à Versailles ; que les difficultés et les choses à régler pour juger les conspirateurs sont si grandes que vous pensez que je ferais mieux d'échanger tous ceux qui ne méritent pas la mort, et de ramener aux fers trois ou quatre des plus méchants pour qu'ils soient jugés là-bas.
D'abord, je ne sais avec qui les échanger, ni où les mettre. Ensuite, j'ai dans mon équipage quarante-deux hommes que je ne connais pas, comme vous pouvez le voir par la copie de la cour d'enquête, qui peuvent se joindre à d'autres et ne pas manquer une seconde tentative. Si je garde trois ou quatre des plus coupables pour les ramener avec moi, comment les distinguer de beaucoup d'autres aussi coupables ou plus qu'ils ne me le paraissent ? Et si je renvoie les autres, les témoins seront partis. Si j'en emmène quatre aux fers, je dois les faire garder, et arrivés en Amérique, ils ne seront pas jugés, faute de toutes les preuves.
Je ne peux bien réparer sans entrer au bassin ; je ne peux entrer au bassin sans être débarrassé de tous les prisonniers, ni avant que vous ayez obtenu l'ordre du ministre pour qu'on m'y admette. Je ne peux donc rien faire avant d'avoir vos ordres positifs. Je suis loin de pouvoir escorter les navires dont vous parlez avant d'être réparé, caréné et recruté, car il ne me reste pas assez d'hommes pour manœuvrer le navire.
Je reste (dans une grande anxiété de votre réponse), avec le plus grand respect, Monsieur, votre très obéissant et humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Brest, 3 mars 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 29, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Brest, le 3 mars 1779.
Plaise à Votre Excellence,
M. Winship est arrivé si tard, le 28 février, que je n'ai pas eu le temps de répondre au dernier article de la vôtre du 22. Je n'ai du très honorable Bureau de la Marine de Boston aucun autre ordre ou papier promettant une somme d'argent à qui que ce soit de l'équipage, sinon un seul, dont copie est ci-jointe ; M. Cottentin, agent des commissaires ici, en avait une traduction française à mon arrivée (dont je suppose qu'il a envoyé copie à M. Schweighauser, agent à Nantes) ; sur cet ordre, M. Cottentin m'a donné l'argent pour payer les Français ; mais j'ai encore quelques hommes de l'équipage à qui la même promesse a été faite.
Je serai très heureux d'avoir l'honorable M. Adams comme passager : outre l'honneur et l'agrément de sa compagnie, j'aurai un témoin oculaire pour justifier ma conduite à venir, comme ma conduite passée l'a été.
J'attends votre ordre positif, et je ne peux rien entreprendre avant de l'avoir reçu.
Je suis, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Pierre Landais à John Adams, Brest, 9 mars 1779 — The Adams Papers, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Brest, le 9 mars 1779.
Monsieur,
J'ai eu l'honneur de recevoir votre lettre du 1er de ce mois, et je me rappelle avec plaisir les heures agréables que nous avons passées ensemble chez le général Whipple. En vérité, il ne me serait pas facile d'oublier une personne de votre importance, à mes yeux ; et je suis très heureux de voir que la connaissance commencée là va sans doute s'accroître, par l'honneur et la satisfaction de vous avoir comme passager sur mon navire.
Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous loger, vous et votre petit garçon, et je vous prie d'accepter la place qui vous agréera le plus, dans la grand-chambre ou dans une cabine. Et je vous assure que rien de ce qui peut vous être commode ne saurait me gêner.
J'attends maintenant les ordres de Son Excellence le docteur Franklin, nécessaires avant que je puisse commencer à remettre le navire en état de prendre la mer ; et je veillerai à vous prévenir à temps, pour que vos bagages, etc., arrivent à temps.
J'ai l'honneur d'être, avec le plus grand respect, Monsieur, votre très obéissant et humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Brest, 10 mars 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 29, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Brest, le 10 mars 1779.
Plaise à Votre Excellence,
Votre lettre du 2 de ce mois m'est bien parvenue hier ; j'en transmets le premier article, touchant le jugement ou la relaxe de notre prise suédoise, à M. Pitot, agent des commissaires à Morlaix, où elle se trouve, en le laissant agir selon sa sagesse, puisqu'il a tous ses papiers.
Votre Excellence désire savoir où en est ma remise en état ? J'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Excellence les 26 et 28 février et le 3 mars ; dans les deux premières lettres, je vous ai exposé la situation de ce navire et montré les obstacles qui m'empêchent de le remettre en état ; je l'ai fait aussi auprès de M. Schweighauser, agent à Nantes ; mais je n'ai pas eu l'honneur d'un seul mot de réponse. Je prie Votre Excellence de s'y reporter, surtout à celle du 28, et je vous informe que les mêmes empêchements demeurent, et que rien n'est fait, ni ne peut être fait, sans les ordres positifs de Votre Excellence : quand ils viendront, quels qu'ils soient, ils seront strictement exécutés, dans toute la mesure de mes moyens.
Quand je serai presque prêt à prendre la mer, les navires marchands de Nantes seront dûment avertis et le rendez-vous fixé, etc. ; mais il me serait impossible, dans ces circonstances, avant d'avoir reçu les ordres de Votre Excellence, d'être débarrassé de mes prisonniers, remis en état et armé, de dire quand ni où.
Je ferai avec le plus grand plaisir tout ce qui est en mon pouvoir pour la commodité de M. Adams et de son fils à bord ; et quand je pourrai fixer le moment où je crois que nous serons prêts à prendre la mer, je l'en informerai.
Je suis, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Brest, 17 mars 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 29, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Brest, le 17 mars 1779.
Monsieur,
J'ai reçu vos lettres des 4, 6 et 8 de ce mois. En réponse à la première : le docteur Winship vous a fait un plan d'action de son propre chef, en vous disant que nous étions assez nombreux pour manœuvrer le navire. Je vous envoie ci-jointe la liste de l'équipage ; il manque trois hommes sur ce nombre : Votre Excellence jugera par là de ce que je peux faire avec si peu de matelots.
J'ai rougi en lisant que Votre Excellence craint que je m'arrange pour faire une telle dépense, etc. Mais j'ai été surpris et humilié par l'article qui suivait. Si je n'avais été présent quand M. Deane a lu à Votre Excellence tous les papiers qu'il m'a remis en m'expédiant, et vous a dit ma généreuse confiance dans le Congrès, ce que M. Monthieu m'avait offert d'abord, et si je n'avais entendu Votre Excellence y donner son accord, je ne me serais jamais permis d'en écrire. Et je n'en dirais pas un mot maintenant si ma délicatesse n'avait été blessée.
Je suis désolé, après avoir reçu la vôtre du 6, d'être obligé d'importuner encore Votre Excellence pour lui dire que, ayant reçu la vôtre du 8, je suis allé voir le comte d'Orvilliers et M. de La Porte, l'intendant, au sujet de la réception des mutins ; ce dernier m'a dit qu'il serait prêt à les recevoir dans cinq ou six jours, et qu'il me le ferait savoir. Hier, n'ayant rien appris de ce monsieur, je suis retourné le voir ; il m'a dit alors que M. de La Prévalaye et lui avaient écrit dimanche au ministre à ce sujet, et qu'ils attendaient sa réponse : il faut donc que j'attende jusque-là.
Je suis allé chez M. Cottentin pour avoir des choses très nécessaires pour le moment, pour gréer le navire, comme un mât de hune, car je n'en ai qu'un, et trop court de deux pieds, des poulies et de la vieille toile ; il m'a répondu que M. Schweighauser lui avait écrit de ne rien fournir au navire, sinon les vivres journaliers, jusqu'à ce qu'il ait lui-même reçu les ordres de Votre Excellence, qu'il transmettrait à M. Cottentin. Après cela, Votre Excellence jugera si je peux être prêt ou non. M. Williams est ici, et pourra dire à Votre Excellence toutes les peines que j'endure à tous égards.
J'ai quarante calfats qui travaillent à bord, et j'ai obtenu aussi de faire réparer les ferrures. Je voudrais bien avoir de quoi gréer le navire une bonne fois. Une fois les mutins à terre, j'essaierai de voir si l'équipage est assez fort pour appareiller, et j'irai où M. Schweighauser m'écrira d'aller, quoi qu'il en coûte.
J'accuse aussi réception de votre lettre du 11 et de votre ordre touchant le capitaine Cook.
Je suis, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très obéissant et humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Brest, 28 mars 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 29, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Brest, le 28 mars 1779.
Plaise à Votre Excellence,
J'ai débarqué avant-hier les trente-huit mutins. Je me prépare aussi vite que possible à partir pour Nantes, et j'espère être prêt d'ici huit jours. J'ai fait réparer ici toutes les ferrures, et l'on n'a fait ou obtenu que le plus nécessaire. J'attendrai vos ordres à Nantes dans une quinzaine, si le vent le permet.
Je suis, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
P.-S. L'honorable John Adams est ici ; j'espère qu'il ira à Nantes sur le navire.
Landais à Benjamin Franklin, Brest, 6 avril 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 29, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Brest, le 6 avril 1779.
Plaise à Votre Excellence,
J'ai reçu votre lettre du 27 du mois dernier. Il est vrai que je préférerais un équipage tout américain plutôt qu'en partie français, car ce mélange, depuis le début de la guerre, a toujours apporté le trouble et le mécontentement à bord des navires qui l'ont eu ; en outre, ils seraient de peu d'utilité, n'ayant pas d'officiers qui parlent français. Toutefois, j'aimerais mieux en avoir quelques-uns pour compléter l'équipage que des Anglais ; mais je crois qu'il sera difficile d'obtenir des matelots français, puisqu'on refuse de céder à ce navire les Américains qu'on a à bord des navires français, sous prétexte qu'ils ont été pris sur des bâtiments anglais.
Avec le consentement de l'honorable John Adams et sur l'ordre de M. Schweighauser, j'ai débarqué tous les mutins le 26 du mois dernier. J'ai les calfats et les forgerons au travail, ceux-ci depuis le 19 ; les ferrures étaient si cassantes que c'est merveille que le navire soit arrivé ici avec ses mâts debout.
J'ai reçu le 3 de M. Schweighauser l'agréable nouvelle de l'arrivée à Nantes d'un navire parlementaire avec quatre-vingt-dix-sept Américains à bord ; mais l'ordre qu'il me donne dans la même lettre, de prendre ici, sur le vaisseau-garde, quatre-vingt-treize prisonniers à emmener pour les échanger contre ceux qu'on a envoyés à Nantes, fait courir quelque risque ; dans sa lettre à M. Cottentin, il lui écrit de me conseiller de les mettre tous aux fers, et j'ai donc fait faire aussitôt les fers ; mais toutes ces précautions pourraient ne pas suffire à écarter le danger de voir le navire pris par ces prisonniers et par les mutins restés à bord, que je ne connais pas. Pour exécuter ces ordres de la manière la plus sûre, je ferai tout mon possible pour être prêt à partir dans deux jours, afin de profiter de la compagnie d'une frégate française qui va au même port, si je le peux ; mais je dois faire observer à Votre Excellence qu'on m'a rapporté que l'équipage avait résolu de ne pas lever l'ancre si on ne lui donnait pas d'argent, auquel cas je serais encore empêché d'appareiller jusqu'à ce que l'agent ordonne ce qu'il faut faire.
Trois hommes ont déserté récemment ; l'un d'eux, nommé James Mason, s'est enfui hier matin du canot qui faisait l'eau à terre, et est allé s'engager dans le régiment de Dillon, embarqué sur un vaisseau de guerre français. J'en ai été averti vers quatre heures de l'après-midi par deux de mes hommes qui étaient allés dans une maison où il était enfermé, et qui lui avaient parlé, ainsi qu'à l'officier du même régiment, à qui ils avaient demandé de remettre cet homme à la garde qu'ils avaient amenée ; ce qu'on leur refusa. Dès que je sus ce qui s'était passé, j'allai réclamer le déserteur ; je le vis partir avec l'officier dans un canot ; je le suivis à bord d'un transport qu'on me dit s'appeler l'Intéressant ; je dis à l'officier que l'homme qu'il avait appartenait à mon navire depuis Boston et le priai de me le rendre ; il me dit qu'il ne le ferait pas. Je m'adressai à M. de La Porte, l'intendant ; ce monsieur me dit qu'il ne pouvait rien en pareil cas. Je lui dis que le déserteur était, je crois, américain, marié et père d'enfants en Amérique, comme je l'avais entendu dire par des hommes de mon équipage ; mais il se révéla irlandais (ce qui ne change rien à l'affaire). M. de La Porte me dit d'aller trouver M. de La Prévalaye ; ce commandant du port me dit qu'il n'avait rien à y voir, et d'aller voir le comte d'Orvilliers ; ce commandant de la marine ici me dit qu'il ne pouvait rien faire, sinon m'adresser au colonel Dillon lui-même, qui me dit que, le déserteur étant né irlandais, il avait le droit de le garder, et qu'il ne s'en séparerait pas. Je vois qu'il est résolu à garder cet homme contre tout droit. Je me crois obligé d'en informer Votre Excellence, afin qu'elle fasse en ce cas ce qu'elle jugera à propos pour empêcher que cela se reproduise.
Je suis, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Nantes, 19 avril 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 29, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Nantes, le 19 avril 1779.
Plaise à Votre Excellence, Monsieur,
J'ai quitté le port de Brest le 11, en compagnie de la frégate française l'Aigrette, qui allait dans cette rivière ; mais, le vent étant contraire, nous n'avons pu aller plus loin que Le Conquet, où nous sommes restés jusqu'au 15 ; le vent passant alors au sud-est, nous avons appareillé, mais je me suis vite aperçu que nous pouvions distancer toutes les frégates ou corvettes françaises, et, les ayant perdues de vue dans la nuit, j'ai fait route au plus vite vers cette rivière, où j'ai mouillé le 18, avec quatre-vingt-treize prisonniers anglais à bord, selon l'ordre de M. Schweighauser ; nous devons les remettre au navire parlementaire anglais et prendre autant d'Américains que nous pourrons parmi ceux qui sont venus sur ce même navire, pour compléter l'équipage du mieux possible afin de partir pour l'Amérique, quand j'aurai l'ordre de M. Schweighauser à cet effet.
Je suis, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Benjamin Franklin à Pierre Landais, Passy, 24 avril 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 29, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Passy, le 24 avril 1779.
Monsieur,
J'ai reçu votre lettre du 6 de ce mois, de Brest, et celle du 19, de Nantes. Je suis heureux d'apprendre que vous êtes arrivé sans encombre avec les prisonniers. Vous recevrez quelques-uns des Américains échangés que M. Schweighauser a engagés pour vous ; et j'ai demandé au ministre de la Marine autant de bons matelots français qu'il en faudra pour compléter votre équipage, ce qui vous sera accordé.
Je dois maintenant vous informer que, les navires de Nantes que je vous avais d'abord proposé de prendre sous votre escorte étant pour la plupart partis, et le roi ayant offert à M. Adams le passage sur l'un de ses vaisseaux qui porte son ambassadeur en Amérique, il ne paraît pas nécessaire, pour le moment, que vous rentriez tout de suite ; je me propose donc que l'Alliance fasse une croisière avant son départ, ce qui, j'imagine, sera une satisfaction pour vous comme pour vos gens, puisque cela peut vous donner l'occasion d'acquérir de l'honneur, et à eux du profit. J'espère aussi que vous aurez, vous et eux, la satisfaction de délivrer le reste de nos compatriotes de leur captivité en Angleterre, en faisant un certain nombre de prisonniers à échanger contre eux ; en ce cas, vous pourrez, comme vous le désirez, avoir un équipage composé uniquement d'Américains. Je suis sûr que votre succès à cet égard vous fera extrêmement bien accueillir dans ce pays, et par le Congrès, à votre heureux retour.
Dans ces vues et d'autres, mes ordres sont maintenant que vous alliez d'abord à Lorient, où vous recevrez le complément de vos hommes et les autres choses nécessaires à votre croisière, et où vous trouverez les nouveaux ordres que je prépare pour vous.
Puisque l'homme que vous avez perdu était assez coquin pour déserter, je crois que nous sommes mieux sans lui. Et puisqu'on va nous donner à sa place un certain nombre de bons matelots, cela ne vaut guère la peine de s'en plaindre pour le moment.
Mes meilleurs vœux pour votre succès, votre honneur et votre bonheur vous accompagneront toujours ; je suis, avec beaucoup d'estime, Monsieur, votre très obéissant, etc.
Landais à Benjamin Franklin, Nantes, 1er mai 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 29, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Nantes, le 1er mai 1779.
Plaise à Votre Excellence,
J'ai reçu votre lettre du 24 du mois dernier, et je suis descendu aussitôt la rivière jusqu'au navire pour faire connaître à l'honorable John Adams l'ordre que vous m'avez donné. Le vent est si fort qu'aucun bateau chargé ne peut venir à bord ; je ferai tout mon possible pour exécuter votre ordre au plus tôt. J'ai déjà recruté quarante-trois matelots parmi les prisonniers américains, sans compter les capitaines qui veulent bien s'engager comme volontaires. Je souhaiterais trouver vos ordres à venir à mon arrivée à Lorient, et savoir si je dois faire caréner le navire ou partir directement en croisière, pour ne pas perdre de temps à les exécuter.
Je suis, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, à bord de l'Alliance, 8 mai 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 29, Founders Online — lire la page originale, en anglais
À bord de l'Alliance, le 8 mai 1779.
Plaise à Votre Excellence,
Depuis que j'ai reçu vos ordres de partir pour Lorient, j'attends dans cette rivière un bateau chargé de vivres, et un vent favorable ; mais maintenant que tout est à bord et que le vent est au sud-est, j'appareille, et j'espère être demain à Port-Louis. J'ai à présent treize passagers, outre l'honorable John Adams, son fils et son domestique. Je vous prie de m'écrire vos ordres à leur sujet. J'ai reçu de M. de Ray de Chaumont une lettre où il dit que je dois avoir à bord six mois de vivres ; comme il y a à bord des marchandises qui appartiennent, je suppose, à certains officiers, comme je l'ai appris hier, je voudrais savoir ce que je dois faire si je n'ai pas assez de place pour ces vivres.
J'ai reçu vos deux lettres au sujet de M. Hezekiah Ford et de M. Wuibert ; je leur ai donné la grand-chambre, comme je pensais que vos lettres le demandaient.
Je suis, avec respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Lorient, 12 mai 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 29, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Lorient, le 12 mai 1779.
Plaise à Votre Excellence,
J'ai quitté la rivière de Nantes le 10 de ce mois, mouillé à l'île de Groix le 12, et je suis entré aujourd'hui dans le port de Lorient, où M. de Ray de Chaumont m'a remis la lettre dont Votre Excellence m'a honoré le 28 du mois dernier, contenant votre ordre de me placer, moi et mon navire, sous le commandement du capitaine Jones ; je suis donc allé aussitôt le trouver et lui demander ses ordres. Je vous remercie de vos vœux.
Je suis, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Lorient, 15 mai 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 29, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Lorient, le 15 mai 1779.
Plaise à Votre Excellence,
Depuis que j'ai pris le commandement de la frégate l'Alliance, mes officiers se sont ligués contre moi, avant même que je quitte Boston ; on m'avait promis d'en avoir d'autres, mais, au moment de partir, l'honorable Bureau de la Marine pensa qu'ils se conduiraient mieux en mer ; au contraire, cela n'a fait qu'empirer peu à peu, jusqu'à un point tel que je suis obligé de vous en informer, afin que Votre Excellence prenne les mesures convenables pour y remédier. Du reste, s'il n'y a pas d'autre remède, j'aimerai mieux quitter le commandement que d'avoir des officiers qui sont contre moi : le premier lieutenant, Hill, a dit qu'il avait entendu dire tout le mal possible de mon caractère, et il l'a répandu parmi tous ; je le lui ai dit il y a trois jours ; entre autres choses, il m'a menacé de quitter le navire ; je lui ai dit qu'il le pouvait, mais il veut mon consentement par écrit, ce que je ne puis faire sans votre ordre.
Je suis, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Port de Lorient, 30 juillet 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 30, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Port de Lorient, le 30 juillet 1779.
Je dois informer Votre Excellence que le brigantin les Trois Amis, notre prise, a coulé récemment dans ce port ; nous avons obtenu de l'Amirauté la permission de le décharger, et nous débarquons sa cargaison en toute hâte. Son ancien capitaine, son équipage, mon capitaine de prise et quelques-uns de mes hommes étaient à bord quand il a coulé, mais nous n'avons pas encore découvert pourquoi c'est arrivé.
Le capitaine Jones a promis d'écrire plus longuement ; je prie Votre Excellence de se reporter à sa lettre.
Je reste, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, le navire l'Alliance, sous l'île de Groix, 13 août 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 30, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Le navire l'Alliance, sous l'île de Groix, le 13 août 1779.
Plaise à Votre Excellence,
Je n'ai pu répondre plus tôt à votre lettre du 28 juillet, n'ayant pas eu l'occasion d'un exprès, et ne voulant pas confier la lettre à la poste ; et je n'ai pu exécuter vos ordres de partir en croisière, n'étant pas prêt avant ce moment, à cause du naufrage de notre brick de prise, arrivé le 27, qui a obligé à employer notre équipage à sauver sa cargaison. Cette prise, selon les instructions du capitaine Jones et de M. de Chaumont, je la laisse entre les mains de MM. Gourlade et Moylan, avec un aspirant et un matelot pour en prendre soin.
Ayant appris que le capitaine Gust Berg, du navire suédois la Victoria, a présenté une requête à l'amirauté de Morlaix pour se faire payer des frais extraordinaires, et qu'il a prétendu qu'on ne lui avait pas laissé le temps de montrer ses papiers quand je l'ai rencontré en mer, j'ai envoyé à M. Pitot un certificat de M. Blodget (dont copie ci-jointe), attestant qu'il avait eu tout le temps de prendre ses papiers et de les produire tous dès le début, s'il l'avait voulu : on les lui a tous demandés, et il n'en a montré qu'une partie, car il n'a produit le registre qu'une fois arrivé à Morlaix. Les frais qu'il réclame pour son entretien et celui de son équipage sont aussi très injustes : ses gens ont vécu à bord de ce navire à Brest, et lui-même y a vécu aussi longtemps qu'il l'a voulu ; il ne lui en a rien coûté non plus pour la location de bateaux, autre dépense considérable qu'il réclame, car ce sont mes canots qui l'ont transporté avec son équipage.
Cette lettre vous est portée par M. de Chaumont, qui vous dira que nous sommes tous sous l'île de Groix, prêts à prendre la mer.
Je suis, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, le navire l'Alliance, devant le Texel, 4 octobre 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 30, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Le navire l'Alliance, devant le Texel, le 4 octobre 1779.
Plaise à Votre Excellence,
Je saisis la première occasion de vous transmettre les parties essentielles de mon journal de notre dernière croisière, qui s'est terminée hier.
Le samedi 14 août, nous étions sous Groix, en compagnie : les navires le Bonhomme Richard, l'Alliance, le Monsieur et la Pallas, les bricks armés la Vengeance et le Granville, et le cotre le Cerf. Nous avons tous levé l'ancre et pris la mer tôt le matin.
Le 19. Le Monsieur a pris un navire chargé de toile, à destination de l'Espagne ; il était hollandais, mais avait été pris par un corsaire de Liverpool.
Le 21. Donné la chasse à un navire au vent ; il ressemble à un vaisseau de la Compagnie des Indes. Le capitaine Jones, à environ quatre milles sous le vent de nous, a fait à deux heures le signal de former la ligne de bataille. Le navire chassé est à cinq milles au vent de moi. Ayant, dans cette position, le pouvoir de prendre mon poste à tout moment, j'ai continué la chasse jusqu'à cinq heures. À six heures, laissé arriver, et à neuf heures parlé au capitaine Jones, qui m'a appris qu'il avait envoyé le navire hollandais à Lorient et que le Monsieur allait nous quitter.
Le 22. Revu le navire que nous avions pris hier pour un vaisseau des Indes ; à sa conduite, c'est un vaisseau de guerre. Le capitaine Jones n'a pas voulu lui donner la chasse, mais s'est lancé après un brick, qu'il a rattrapé le soir. Il vient de Limerick et va à Londres, chargé de bœuf et de beurre.
Le 23. Aperçu la côte d'Irlande ; vu une voile au nord-nord-ouest ; fait signal et mis toutes voiles dehors. À une heure, rejoint le Bonhomme Richard ; il nous a fait signal de rester en arrière ; nous avons serré nos voiles légères et cargué nos basses voiles. Comme nous le suivions encore sous nos seuls huniers, le capitaine Jones nous a hélés et a ordonné à ce navire de rester en arrière ; nous avons laissé porter pour le laisser passer devant. Le navire chassé a alors changé de route vers le sud-ouest. Le Bonhomme Richard est sous toutes ses voiles, mais les vents sont très faibles. À trois heures, vu une autre voile, à l'ouest du navire chassé. À trois heures et demie, signal à bord du Bonhomme Richard pour les canots. Le calme est venu, et le capitaine Jones a envoyé plusieurs canots après les navires chassés. Vu qu'ils abordaient le plus proche, un brick. À dix heures, il est passé près de nous et nous a appris qu'il venait de Terre-Neuve et allait à Bristol, chargé d'huile et de graisse de baleine. Le lendemain à dix heures, parlé au capitaine Jones ; j'apprends que sept de ses hommes se sont enfuis avec l'un de ses canots, et qu'il a envoyé un autre canot à leur recherche ; que l'autre navire chassé hier est un sloop de Norvège allant à Bordeaux. Il m'a demandé si j'avais un équipage prêt à mettre à bord du brick. Je lui ai dit que je ne voulais armer aucune prise qui avait été abordée par d'autres, car mon capitaine de prise ne pourrait répondre de ce qu'auraient pu faire ceux qui en avaient pris possession avant lui.
Le 26. La Vengeance a pris un brick sous pavillon portugais, chargé de sel, allant en Irlande. Le capitaine Jones a envoyé le Cerf près de la côte pour chercher ses canots.
Le 27. Nous avons eu cette nuit un très fort coup de vent, et ce matin nous n'avons en vue aucun navire de notre flotte.
Le 29. Pris une lettre de marque de vingt-deux canons, de Liverpool, allant à la Grenade et en croisière, chargée de vivres. Aucun navire de notre flotte en vue depuis la nuit du 26.
Le 31. Vu les îles Lewis au sud quart sud-est. Vu un navire et un brick ; donné la chasse ; arrivés à quelques lieues, ils ont viré et sont venus vers nous. C'étaient le Bonhomme Richard et la Vengeance.
1er septembre. Avec ces navires, pris une lettre de marque de Londres allant à Québec, armée de vingt-deux canons, chargée de munitions navales.
Le 2. La Pallas nous a rejoints, séparée par le coup de vent de la nuit du 26. Pas de nouvelles du Granville ni du Cerf ; le premier avait aussi été séparé par ce coup de vent.
Le 5. J'ai pris un sloop sur lest venant de Leith, et un autre chargé de charbon venant de Greenock, tous deux allant aux Shetland. Je les ai envoyés au sud-est de Fair Isle, où je savais qu'ils trouveraient le Bonhomme Richard et la Pallas.
6 septembre. La Vengeance nous a rejoints ; elle avait été absente et avait brûlé un brick de Norvège chargé de planches. Le Bonhomme Richard et la Pallas ont pris en remorque les deux sloops que j'avais capturés la veille.
Le 7. Étalingué les câbles et préparé l'entrée dans l'une des îles Shetland, à condition que le capitaine Jones prenne sur lui le risque de ce navire et réponde de ce qui pourrait lui arriver, puisque je n'avais pas de pilote à bord. Vos ordres du 28 juillet ne parlaient que d'une croisière. La nuit, un fort coup de vent est venu et nous a séparés.
Le 8. J'ai attendu toute la journée, mais, ne voyant rien de nos navires, je suis allé le 9 à notre rendez-vous de Flamborough Head. En croisant dans ces parages, nous n'avons rien vu d'important, sinon une corvette et un cotre, que nous avons chassés sans pouvoir les rattraper.
Le 13. J'ai pris un brick chargé de charbon. Après cela, nous avons souvent vu des charbonniers en grand nombre, serrant la terre ; j'aurais peut-être pu en prendre quelques-uns, mais, ayant appris qu'il y avait deux navires de vingt-quatre canons sur la côte, je n'ai pas voulu me séparer de mon équipage pour armer des prises de si peu de valeur, mais me garder en force pour pouvoir les combattre, et ensuite intercepter quelques navires de la flotte du Nord.
Le 22. Vu un navire et un brick ; donné la chasse et reconnu que le premier était la Pallas ; deux autres navires étant en vue au même moment, j'ai fait signal et chassé l'un d'eux ; elle a chassé l'autre et l'a pris ; le trouvant vide, la Pallas l'a laissé, et a abandonné aussi le premier brick que nous avions vu avec elle. Nous nous sommes parlé le soir ; j'apprends qu'ils ont quitté le Bonhomme Richard deux ou trois jours plus tôt. Ils ne savent pas ce que sont devenus les deux sloops que je leur avais laissés le 7.
Le 23. Tôt ce matin, vu le Bonhomme Richard et la Vengeance. À deux heures de l'après-midi, vu deux navires sous le vent de nous, en panne, au large de la terre. Ils paraissaient être des vaisseaux de guerre. Vu aussi une flotte qui faisait route vers Scarborough ; fait signal et donné la chasse aux deux premiers, et nous sommes arrivés sur eux le soir. C'étaient le Serapis, de quarante-quatre canons, capitaine Pearson, et la Countess of Scarborough, de vingt-deux canons, capitaine Piercy. Un combat s'est aussitôt engagé. J'ai joint un plan, auquel je vous renvoie, pour la description de nos manœuvres pendant ce combat. J'ai ensuite remorqué le Serapis loin de la terre, car il était désemparé et avait dérivé à quatre milles de Flamborough Head, pendant que trois de nos canots, avec une partie de notre équipage, aidaient à bord du Bonhomme Richard. Tout ce que j'ai souffert dans le combat, ce fut dans mes voiles et mon gréement, avec quelques boulets dans notre coque, et cela sans grand dommage.
Le 25. Le Bonhomme Richard, évacué, a coulé. Après cela, nous avons fait route au plus vite vers cet endroit ; nous avons pris un pilote à bord hier et sommes arrivés aujourd'hui. Nous sommes maintenant les navires l'Alliance et la Pallas, et le brick la Vengeance, avec nos prises le Serapis et la Countess of Scarborough.
Le Granville est absent depuis le coup de vent du 26 août, et le Cerf depuis que le capitaine Jones l'a envoyé après ses canots sur la côte d'Irlande.
Pour récapituler nos prises :
| Prises | |
|---|---|
| Prises par moi seul | Une lettre de marque de 22 canons ; un sloop, vide ; un sloop chargé de charbon ; un brick chargé de charbon |
| Avec la Pallas | Un brick vide, que nous avons abandonné |
| Avec le Bonhomme Richard, etc. | Un navire chargé de toile ; un brick chargé de vivres ; un brick d'huile et de graisse de baleine ; un brick de sel ; un navire de 22 canons, munitions navales ; un navire de planches, brûlé par la Vengeance ; le Serapis, vaisseau de guerre de 44 canons ; la Countess of Scarborough, navire du roi de 22 canons |
Outre ces prises, on m'apprend que notre flotte, pendant que j'étais séparé, a pris six charbonniers, qu'elle a détruits, étant de très peu de valeur. J'ai maintenant à bord de ce navire deux cent vingt-six prisonniers, officiers et hommes. Je vois que je n'ai pas le temps de joindre le plan qui doit éclaircir notre combat du 23 ; je vous écrirai bientôt de nouveau et le joindrai. M. Dumas étant à bord, et le courrier partant, je n'ai que le temps de signer, avec la plus grande estime, de Votre Excellence, le très obéissant et humble serviteur,
P. Landais.
N.-B. Les prises que j'ai expédiées ont été envoyées à Bergen, selon vos ordres.
Landais à Benjamin Franklin, le navire l'Alliance, devant le Texel, 9 octobre 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 30, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Le navire l'Alliance, devant le Texel, le 9 octobre 1779.
Plaise à Votre Excellence,
J'ai eu l'honneur de vous écrire le 4 de ce mois et de vous transmettre quelques extraits de mon journal ; je joins maintenant un plan du combat contre le Serapis et la Countess of Scarborough, dans la nuit du 23 septembre.
Quant à l'état présent de ce navire, je dois informer Votre Excellence que nous avons besoin de beaucoup d'articles de gréement et d'approvisionnements ; on en dresse l'état, qui sera envoyé à MM. Jean de Neufville et fils, à Amsterdam. Nous n'avons que cent quatre-vingt-deux officiers et hommes appartenant au navire, et sur ce nombre quinze de mes meilleurs hommes sont à bord du Serapis. J'ai ordonné à mes capitaines de prise, qui sont tous mes seconds maîtres et mes aspirants, sauf un aspirant et deux seconds maîtres, de prévenir Votre Excellence dès leur arrivée ; et vous voudrez bien leur ordonner de rejoindre l'Alliance avec leurs hommes.
Si Votre Excellence peut obtenir qu'on engage à Amsterdam des déserteurs français, cela faciliterait l'armement de ce navire, car cinquante hommes de plus ne seraient pas de trop pour lui.
Ce navire n'a pas bien marché dans cette dernière croisière ; sa carène était sale avant son départ de Lorient, et il était mal arrimé. Si Votre Excellence faisait embarquer du cuivre, pour qu'on le pose là où nous allons, ce serait d'un grand service.
J'ai vu dans un Recueil de traités, arrêts, ordonnances et règlements concernant la présente guerre le règlement concernant la navigation des bâtiments neutres en temps de guerre, du 26 juillet 1778. Les articles 3 et 11 feront déclarer de bonne prise le Suédois que j'ai pris en février dernier, pour n'avoir pas produit tous ses papiers, ou du moins empêcheront qu'on lui paie les dommages dont il demande un montant si exorbitant ; et l'article 6 du même règlement fera condamner le brick chargé de vins. Je l'aurais signalé plus tôt si je les avais vus à temps.
J'ai la satisfaction de vous apprendre que mon équipage, en général, s'est bien conduit dans cette dernière croisière et dans le combat du 23 du mois dernier, et que j'ai deux volontaires, messieurs américains de bonne famille : l'un, M. Spencer, de Caroline du Sud, venu comme capitaine d'infanterie de marine et emmené en Angleterre il y a quelque temps ; l'autre, M. Ingraham, jeune homme de Boston qui, ayant envie de faire une croisière, est monté à bord à Lorient et s'est si bien conduit qu'il mérite ma plus chaude recommandation auprès de Votre Excellence ; si l'occasion se présentait, j'aurais le plus grand plaisir à voir leur mérite récompensé.
Je reste, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très obéissant et humble serviteur,
P. Landais.
P.-S. Je suis venu aujourd'hui à Amsterdam (n'ayant eu de nouvelles de personne à qui m'adresser pour les vivres et plusieurs choses dont j'ai grand besoin pour remettre le navire en état de prendre la mer au Helder) pour parler à M. Jean de Neufville, et je suis surpris d'apprendre qu'il a envoyé quelqu'un au Texel s'informer des besoins de tous les navires, mais que personne ne l'a vu à bord de l'Alliance. Je suis très offensé et insulté d'entendre que le capitaine Jones ose répandre que j'ai tiré exprès sur son navire pendant le combat contre le Serapis. Il pense échapper à mon ressentiment du mauvais traitement qu'il m'a fait subir le 24 août à bord de son navire ; mais je prie Votre Excellence d'ordonner au plus tôt une cour d'enquête sur cette affaire.
Landais à Benjamin Franklin, Le Helder, 24 octobre 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 30, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Le Helder, le 24 octobre 1779.
Plaise à Votre Excellence,
J'ai reçu le 22 de ce mois la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 15, et j'aurais aussitôt obéi à l'ordre qu'elle contenait si je n'avais été retenu à bord un jour pour revoir mes papiers ; et quand je suis venu à terre, je pensais qu'il ne me fallait qu'une demi-heure pour obtenir un certificat de la main de M. de Cottineau, capitaine de la Pallas ; je l'ai trouvé si malade qu'on ne pouvait ni lui parler ni le voir. J'attends depuis un moment de répit, mais il n'est pas encore venu ! Je ne sais que faire : si je pars sans ce papier, il pourra me manquer ; si je reste plus longtemps, je crains que Votre Excellence ou le ministre français ne pensent que je traîne ; mais je ferai comme j'ai toujours fait, pour le mieux, pour exécuter votre ordre et suivre votre avis, et je partirai dès que possible, pleinement confiant que vous me rendrez justice.
Je suis, avec respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
P.-S. J'espère que M. de Neufville me fournira l'argent dont j'aurai besoin pour le voyage ; sinon, je ne pourrais partir.
Pierre Landais à Benjamin Franklin, réponse aux articles des officiers, [après le 26 novembre 1779] — The Papers of Benjamin Franklin, t. 31, Founders Online — lire la page originale, en anglais
[Après le 26 novembre 1779.]
Les articles qui suivent sont les réponses aux vingt-cinq articles faits (non signés) par quelques officiers américains, le 30 octobre 1779, au Texel, sur la conduite de Pierre Landais, capitaine de la frégate américaine l'Alliance, et qui lui ont été remis le 26 novembre 1779.
Article 1. Il y a été répondu dans un conseil de guerre tenu à Lorient, où le premier lieutenant du Bonhomme Richard fut condamné, et renvoyé par une seconde sentence. Quant à la barre, elle fut mise au vent à bord de l'Alliance, qui était en panne, et le petit hunier, qui était sur le ton et masqué, fut rempli ; mais l'Alliance, n'ayant pas d'erre, n'obéissait pas à sa barre ; elle commençait à avancer quand elle fut abordée par le Bonhomme Richard à ses porte-haubans d'artimon de bâbord ; sinon, elle aurait été abordée à ses grands porte-haubans. Le capitaine Landais, croyant que c'était la Pallas, au moment où partit un coup de mousquet, la héla en français et leur dit de prendre garde, qu'ils allaient l'aborder et qu'il ne pouvait l'éviter, car l'Alliance, sans erre, ne pouvait gouverner. Il reconnut alors, aux voix confuses qu'il entendait à bord, qu'on y parlait anglais ; n'entendant aucun commandement parmi ces voix, et voyant le navire venir comme exprès pour l'aborder, il s'imagina que les Anglais qui étaient à bord du Bonhomme Richard s'étaient révoltés, s'étaient rendus maîtres du navire, et venaient sur l'Alliance exprès pour la couler, sinon pour l'aborder et la prendre par surprise. Il appela le capitaine Parke, qui était tout près de lui, et lui demanda s'il y avait des mousquets chargés, et s'il avait la clef des coffres d'armes. Le capitaine Parke répondit que non (tout cela se passa en moins de six minutes). À cet instant, le Bonhomme Richard aborda l'Alliance, et le beaupré du premier emporta le mât d'artimon de la seconde. M. Buckley demanda au capitaine Landais de hisser le petit hunier ; le capitaine lui dit oui, et le foc aussi. Alors le capitaine Landais, presque convaincu de ce qu'il imaginait en voyant cette manœuvre, cette confusion, etc., descendit en courant dans la chambre et demanda à Job (le domestique noir de M. Blodget) ses pistolets. Job lui dit qu'ils étaient dans l'une des malles. Le capitaine Landais ne resta dans la chambre que le temps de poser la question et d'avoir la réponse, ce qui ne dura pas plus de cinq secondes ; puis il remonta sur le gaillard d'arrière par le même chemin qu'il avait pris pour descendre (le passavant de bâbord, le capot d'échelle étant couvert des débris et du gréement du mât d'artimon), et il ne chargea pas ses pistolets.
Article 2. S'il s'agit du vendredi 20, en compte astronomique, à cinq heures du matin, vent de sud-est, jolie brise : vu six voiles, dont l'une, à environ six milles à l'est de nous, laissa arriver sur nous ; le Bonhomme Richard fit alors signal de la chasser. Le navire qui avait laissé arriver revint au vent ; nous le chassâmes, et à midi nous trouvâmes que nous avions gagné le vent de la flotte et aussi du navire chassé, dans les eaux duquel nous avions dû virer, à environ trois lieues de lui ; le temps très brumeux, le vent tomba beaucoup et passa à l'est-sud-est, ce qui mit le navire chassé, qui était auparavant devant nous, à deux quarts au vent. Il paraissait être un grand navire ; nous continuâmes la chasse, mais, le vent mollissant, nous gagnions très peu sur lui, sans doute parce qu'il força de voiles. Après deux heures, le Bonhomme Richard, à plus de trois milles sous le vent de nous, fit signal de former la ligne de bataille. Comme l'Alliance était au vent, et toujours maîtresse de laisser arriver à tout moment pour reprendre son poste, elle continua la chasse ; le vent très faible passa à quatre heures à l'est quart sud-est. Il commença alors à laisser arriver un peu, à plus de cinq milles au vent, le temps si brumeux que personne ne pouvait distinguer qui il était. L'Alliance, voyant qu'elle ne pourrait le rejoindre avant la nuit, et le Bonhomme Richard tombant sous le vent, lui qui avait fait signal de ne pas perdre la flotte de vue, laissa arriver droit sur lui à six heures ; à neuf heures, le rejoignit, et dit au capitaine Jones que l'Alliance avait été à environ cinq milles du navire chassé, le temps étant si brumeux que personne ne pouvait distinguer ce qu'il était, mais qu'il paraissait être un grand navire, soit un vaisseau de cinquante canons, soit un grand vaisseau des Indes.
Article 3. Le capitaine Landais aurait toujours gardé un respect réciproque entre le capitaine Jones et lui, si le capitaine Jones n'avait gravement offensé le capitaine Landais plusieurs fois à bord du Bonhomme Richard ; la dernière fois, le capitaine Landais dit au capitaine Jones qu'il le ferait traduire en conseil de guerre.
Article 4. Il sait que, lorsqu'il armait la prise l'Union, il ventait si fort que M. Buckley, envoyé à son bord, avait la pinasse aux palans de ce navire, et le cotre avec environ trente hommes de l'Alliance, et tout l'équipage anglais ivre à bord, qui menaçait de reprendre le navire, quand le Bonhomme Richard, qui ne faisait rien, fit signal à l'Alliance de chasser un brick à environ trois lieues au vent ; ce qu'elle ne put faire, car le cotre revint un peu avant la nuit, à moitié plein d'eau et en grand danger d'être englouti par la mer.
Article 5. Il répondit très rarement aux signaux parce qu'il n'avait qu'un pavillon de Saint-Georges très grand et très lourd, jusqu'à ce qu'il prît le navire la Betsey ; mais il exécuta aussi vite qu'il put ce que les signaux ordonnaient.
Article 6. Il n'exprima que sa fidélité aux ordres qu'il avait de Son Excellence le docteur Franklin, qui étaient de ne pas croiser sur la côte d'Irlande, et il fut très fâché de rester du 23 août au matin jusqu'au 27 au soir à croiser sur cette côte.
Article 7. La séparation de l'Alliance et de la Pallas d'avec le Bonhomme Richard, le 27 août, fut due à la tempête et à la brume, car à six heures tous les navires gouvernaient à l'ouest-nord-ouest, à dix heures au nord-nord-ouest, et jusqu'à minuit nous vîmes un feu et des fusées devant nous ; et je suppose le capitaine Jones trop bon pilote pour ignorer qu'il y a deux quarts de variation ouest, ce qui ne faisait de notre route que le nord-ouest, et nous aurait portés à vingt lieues de la vraie route. Quand nous ne vîmes plus de fusées, j'ordonnai à trois heures du matin de gouverner au nord, et à cinq heures, au jour, pensant que les autres avaient gouverné plus à l'est, je mis le cap au nord quart nord-est ; mais nous ne vîmes aucun des autres navires jusqu'au 31, où nous vîmes et chassâmes le Bonhomme Richard et la Vengeance de quatre heures du matin à huit heures, quand l'Alliance reconnut le Bonhomme Richard ; ils abandonnèrent leur chasse, et tous trois chassèrent l'Union et la prirent.
Article 8. La séparation du 8 septembre fut due au mauvais temps et à un accident, car à sept heures du soir tous les navires avaient le cap au sud-sud-ouest, le vent à l'ouest-nord-ouest. À six heures et demie, le Bonhomme Richard avait amuré sa grand-voile en plus de sa misaine, qu'il avait déjà. À neuf heures, le vent sauta au nord-ouest. Le capitaine Landais ordonna de gouverner au sud-ouest, parce que la mer venait de l'ouest-nord-ouest, et que, s'il avait serré le vent davantage, il aurait pu, par une grosse mer debout, avoir quelque accident à son beaupré, qui est si peu relevé que chaque grosse lame passait par-dessus la vergue de civadière. Il fit gouverner ainsi pour l'éviter, et pour éviter de trop prendre le large, par un temps où les grosses lames embarquent facilement ; voyant les autres navires derrière, il fit amener la voile d'étai du petit mât de hune et haler le grand bras du vent, pour deux raisons : l'une, soulager la grand-vergue et la voile, le vent soufflant très fort ; l'autre, faire faseyer le haut de la voile pour ne pas faire avancer le navire ; nous ne nous mîmes pas dans le creux de la mer qui venait de l'ouest-nord-ouest. Au jour, il y eut encore de très forts grains jusqu'à midi, et je m'attendais toujours à voir les autres navires par temps clair (mais j'ai appris depuis que c'est par accident que je ne les ai pas vus le lendemain, car le Bonhomme Richard, à huit heures du soir, avait eu sa misaine déchirée, et nous ne vîmes aucun signal pour cet accident). À une heure, le vent passa au nord-nord-ouest, la mer tomba un peu. L'Alliance gouverna à l'ouest-sud-ouest ; à cinq heures, elle gouverna à l'ouest : cette route peut montrer si le capitaine Landais voulait rejoindre les autres navires. La Vengeance se sépara aussi des deux autres dans la nuit. Le même matin, M. Buckley dit au capitaine Landais que les chevilles qui traversaient l'étrave et le taille-mer avaient cédé par le tangage du navire. Je les fis assurer dès que la mer fut belle.
Article 9. Le 23 septembre, à trois heures du matin, étant en vue de deux voiles (à savoir le Bonhomme Richard et la Vengeance), la Pallas vint demander au capitaine Landais, si la plus grande était un vaisseau de soixante-quatre, s'il l'attaquerait. Le capitaine Landais répondit que non, pas même un vaisseau de soixante, et que s'il était de plus de cinquante, il n'aurait rien à faire avec eux.
Article 10. Le capitaine Landais ne fit en effet attention, cet après-midi-là, à aucun signal, sinon à celui de chasse, car aucun autre ne fut vu du bord de l'Alliance.
Article 11. Bien que l'Alliance fût loin devant le Bonhomme Richard en laissant arriver sur le convoi de la flotte de la Baltique, le capitaine Landais se mit en panne au vent, à portée de canon, sur la hanche de tribord des deux vaisseaux de guerre anglais, qui étaient aussi en panne, attendant le Bonhomme Richard, jusqu'à ce que, vers sept heures, la Countess of Scarborough et le Serapis virent de bord et se mirent en panne bâbord amures ; le capitaine Landais fit alors servir ses huniers pour aller prendre sur la hanche de bâbord de l'ennemi la même position qu'il avait auparavant sur celle de tribord, et en même temps parler au Bonhomme Richard, qui descendait, pour savoir de quelle manière il comptait attaquer. En conséquence, l'Alliance, passant entre l'ennemi et le Bonhomme Richard, héla celui-ci, qui n'entendit pas, ou ne voulut pas répondre, et tint le vent. L'Alliance alla alors à deux portées de mousquet sur la hanche de bâbord de l'ennemi, où elle fut hélée par la Countess of Scarborough, et y attendit le Bonhomme Richard, pensant qu'il attaquerait l'ennemi par la hanche ; mais il l'attaqua par l'avant, et au même moment l'Alliance et la Countess of Scarborough commencèrent à tirer ensemble.
Article 12. L'Alliance, le Serapis et la Countess of Scarborough étaient en panne quand le combat commença ; la Countess of Scarborough, trouvant le feu de l'Alliance trop fort pour elle, fit servir ses huniers, et, à cause de la fumée, ne fut aperçue de l'Alliance qu'un certain temps après, quand elle prenait de l'avance ; dès qu'on s'en aperçut, on fit servir les huniers de l'Alliance et on amura la grand-voile et la misaine ; puis la Pallas, qui descendait, fut hélée. Le capitaine Landais lui dit d'aller combattre la Countess of Scarborough, qui avait pris d'enfilade le Bonhomme Richard, pendant qu'il allait l'aider ; la Pallas pria le capitaine Landais de donner une bordée à la Countess of Scarborough en passant, ce que l'Alliance répéta tant que ses canons purent porter sur ce navire ; et elle tint le plus près, ne sachant comment le Bonhomme Richard et le Serapis étaient placés l'un par rapport à l'autre, ce qui mit l'Alliance en position de prendre le Serapis d'enfilade.
Article 13. Après que le Bonhomme Richard et le Serapis se furent amarrés bord à bord (ce qui fut moins de trois quarts d'heure après le début du combat), le capitaine Landais, à portée de mousquet (car un Hollandais de l'équipage de l'Alliance eut le bord de son chapeau traversé d'une balle de mousquet, qui ne pouvait venir, à ce moment, que de la hune du Serapis, car aucune arme légère, à ma connaissance, n'a tiré d'assez près pour traverser le bord d'un chapeau rond, sinon depuis ces hunes), tira une bordée et prit le Serapis d'enfilade avec des boulets ramés, de la mitraille, etc.
Article 14. L'Alliance, déjà vent arrière, courut droit à la Pallas et à la Countess of Scarborough, qui combattaient alors aux deux tiers d'une portée de canon, par le bossoir sous le vent du Bonhomme Richard ; elle ne tira pas alors sur la Countess of Scarborough, mais alla directement la prendre d'enfilade. Voyant que leur feu avait cessé, elle héla la Countess of Scarborough, qui répondit qu'elle s'était rendue, puis héla la Pallas, qui le confirma. Le capitaine Landais manœuvra aussitôt son navire pour prendre les amures à bâbord, amura la misaine et la grand-voile, hissa le foc et la voile d'étai d'artimon ; en passant près de la Countess of Scarborough, quelques hommes de l'Alliance posèrent plusieurs questions, mais elle ne perdit pas un instant et tint le plus près.
Article 15. Le capitaine Landais alla aussi vite que le vent le permettait devant le Serapis quand celui-ci eut viré (parce que, étant bâbord amures, il ne pouvait tirer sans tirer sur le Bonhomme Richard) (mais il ne fit pas de bordées) ; et, passant devant le Serapis à une portée de mousquet, il lui donna une bordée ; mais, les canons étant pointés trop haut, les boulets allèrent surtout dans la misaine du Serapis. Et il n'y eut aucune erreur, aucun navire ne fut pris pour l'autre, car on ne voyait aucun des fanaux de signaux, etc. ; nous entendîmes des voix confuses crier d'aller se mettre bord à bord avec l'ennemi. Tout cela se fit plus de trois quarts d'heure avant que le Serapis amène.
Article 16. L'Alliance passa à portée de pistolet le long du bord de bâbord du Bonhomme Richard ; après l'avoir dépassé, elle tint le plus près pendant plus de vingt minutes, jusqu'à pouvoir atteindre le Serapis ; puis elle vira, tint le plus près, et redescendit par l'arrière du Serapis, qu'elle prit d'enfilade canon par canon en passant, en visant une lumière qui était dans la chambre du Serapis, comme on l'avait dit aux canonniers la première fois que l'Alliance l'avait pris d'enfilade. Ils le firent si bien que le Serapis amena son pavillon avant que toute la bordée fût tirée, car deux canons restèrent chargés, ce qui montre la précision et le sang-froid des canonniers et de l'équipage. Les hommes de l'entrepont du Serapis tirèrent encore un coup après.
Article 17. Le capitaine Landais pense aussi qu'il y eut beaucoup d'hommes tués et blessés à bord du Serapis, mais il y en aurait eu beaucoup plus si les canonniers avaient pointé plus bas.
Article 18. Le capitaine Landais n'est jamais passé de l'autre côté du Serapis ; il l'avoue, et remercie avec modestie les signataires de cet article de l'éloge qu'ils font de sa conduite ; mais il est trop grand, car il est toujours prêt à reconnaître ses fautes ; il doit avouer aussi qu'il alla un peu trop loin, la première fois, sur la hanche de bâbord du Serapis, qui tira sur l'Alliance plusieurs canons de sa batterie basse ; et si l'un de ses hommes avait été tué ou blessé par ces coups, il se le serait reproché toute sa vie ; mais ils passèrent dans les voiles et entre les mâts.
Article 19. Les voies d'eau du Bonhomme Richard augmentèrent beaucoup, car, bien que l'Alliance eût fait taire une partie des canons du Serapis, il y avait toujours quelques-uns de sa batterie basse qui ne cessaient de tirer ; et comme les coups les plus dangereux que le Bonhomme Richard reçut sous la flottaison furent sous le bossoir et la hanche de bâbord, ils furent très probablement tirés par le Serapis, car le Serapis ne pouvait le frapper à la flottaison de son flanc de tribord, les deux navires étant bord à bord, tribord contre tribord, comme le montre le croquis en marge de l'article 13. Les deux navires se touchant par le milieu, les canons ne pouvaient être mis en batterie, ni donc pointés vers le bas ; mais ceux de l'avant et de l'arrière, par la forme des deux navires, avaient plus de jeu, sans pouvoir être pointés assez perpendiculairement pour frapper le flanc de tribord du Bonhomme Richard au ras de l'eau. Les seuils des sabords de la batterie basse du Serapis, à l'avant et à l'arrière, étaient au moins à quatre pieds au-dessus de l'eau, le milieu des canons environ un pied plus haut. En supposant les canons longs de huit pieds et demi, et le canon pointé d'un pied plus bas sur sa longueur, le boulet doit parcourir environ trente-six pieds avant d'atteindre la ligne de flottaison, ce qui était la largeur du Bonhomme Richard à ces endroits ; ainsi les boulets traversaient le flanc de bâbord du Bonhomme Richard à la flottaison, peut-être pas le premier, ni le deuxième, ni le troisième, parce qu'outre le flanc de tribord il y avait le pont de la batterie basse à traverser ; mais les deux navires étant solidement amarrés ensemble, et le canon tirant toujours au même endroit du flanc de tribord, il y fit un trou, puis dans le pont, et ensuite dans le flanc de bâbord.
Article 20. Le capitaine Landais n'a jamais pris un navire pour l'autre, et lui et M. Buckley ont dit, chaque fois avant que l'Alliance vienne donner sa bordée, lequel des deux navires était le Bonhomme Richard, et lequel le Serapis ; si quelqu'un a reçu l'ordre de tirer sur le Bonhomme Richard, il a eu raison de refuser.
Article 21. L'Alliance ne tira que trois volées pendant qu'elle était à portée de mousquet du Serapis.
Article 22. Le matin après le combat, le capitaine Landais a dit à bord du Serapis, comme il l'a toujours dit depuis, qu'il avait pris le Serapis d'enfilade avec de la mitraille, et que quelques balles avaient pu s'écarter, ou toucher des canons ou d'autres fers qui les avaient fait ricocher.
Article 23. Le capitaine Landais a dit plusieurs fois depuis l'action que, si le Bonhomme Richard avait amené devant le Serapis, il les aurait pris tous les deux, dans l'état et la situation où ils étaient.
Article 24. Il l'a dit à bord du commandant hollandais, quand il alla, à son arrivée, lui rendre visite avant que le Serapis fût au Texel : questionné, voyant les autres sous pavillon français (et pensant qu'il y avait là quelque politique), il dit qu'il était la seule frégate américaine, et ajouta qu'il n'était pas sous le commandement du capitaine Jones ; il a dit la même chose au capitaine Cottineau, qu'il n'était pas sous le commandement du capitaine Jones, chaque fois que celui-ci lui parlait du plan de descente du capitaine Jones, les ordres du capitaine Landais étant seulement de croiser.
Article 25. En entrant au Texel, il a dit que, si le capitaine Jones hissait une flamme de commandement, il en hisserait une autre, étant tous deux capitaines de vaisseaux de guerre, mais pas sous ses ordres ; mais il n'en eut jamais l'intention, bien qu'il eût pu le faire. La preuve en est qu'il n'y a jamais eu de flamme de commandement à bord de la frégate l'Alliance : aucun capitaine de vaisseau de guerre n'a le droit de porter une flamme de commandement.
Voilà, selon l'ordre de Son Excellence le docteur Franklin, les réponses que j'ai faites aux vingt-cinq articles (les uns nouveaux, les autres rapports déformés à la manière de l'Inquisition, ou déjà répondus) dressés contre moi : car le premier article a été examiné en conseil de guerre ; le deuxième est sans date, et je l'ai deviné parce qu'il y est question d'un vaisseau des Indes ; les 3e, 4e et 5e sont faits à la manière de l'Inquisition ; les 6e, 9e, 22e et 23e sont des phrases ou des rapports mal construits ; les 7e et 8e sont de la bonne volonté, ou la faute du capitaine Jones, car le capitaine Landais ne fut pas le seul séparé, chaque fois faute de signaux ; les 10e, 11e, 12e, 13e, 14e, 15e, 16e, 19e et 20e trouvent leur réponse dans la relation, le croquis du combat et le certificat qui y est joint ; le 17e est vrai ; le 18e vrai pour la première partie ; le 21e vrai pour le nombre de volées tirées sur le Serapis, faux pour la distance ; le 25e vrai en grande partie ; le 24e vrai pour la frégate l'Alliance, et pour le fait de n'être pas sous les ordres du capitaine Jones, comme l'ont prouvé les ordres de Son Excellence des 28 avril et 28 juillet, et la question posée par Son Excellence à M. Le Ray de Chaumont, expliquée longuement par le docteur Bancroft, et la réponse qu'y fit M. de Chaumont.
Je prie Son Excellence le docteur Franklin de faire inscrire tout cela dans le procès-verbal d'enquête dressé en son logis, où l'on m'a chargé d'accusations générales : de désobéissance aux ordres, d'avoir tiré sur le Bonhomme Richard, de ne pas lui avoir porté secours aussi tôt que possible, et de n'être pas allé prendre la flotte. Aux trois premières j'ai répondu et avoué la vérité (car il n'y avait pas d'article particulier) ; je vais répondre à la quatrième, à savoir qu'au moment où l'on fit le signal des deux vaisseaux de guerre anglais, la flotte n'était pas en vue, seulement deux petits bâtiments tout près de Flamborough Head ; tous les autres étaient cachés par le cap. Le Bonhomme Richard fit signal de chasser. Je chassai, et allai me mettre en panne à une portée de canon sur la hanche de tribord de l'ennemi, en attendant le Bonhomme Richard, etc. Et si j'étais allé sur la flotte, que j'ai aperçue en chassant, Dieu sait ce que seraient devenus le Bonhomme Richard et le Serapis. Voici leurs forces comparées :
| Hommes | Canons | Poids tiré (livres françaises) | |
|---|---|---|---|
| Bonhomme Richard | 375 | 6 canons de 18 (livres françaises) ; 15 de 12 ; 6 de 9 anglaises (7 livres 14 onces françaises) | 108 + 180 + 47,4 = 335 livres 4 onces |
| Serapis | 280 | 10 canons de 18 anglaises (15 livres 2 onces françaises) ; 10 de 9 ; 2 de 6 | 160 + 81,4 + 10,8 = 251 livres 12 onces |
| Différence | 95 hommes | 84 livres 8 onces de métal tiré en faveur du Bonhomme Richard |
Les chiffres sont reproduits tels que Landais les donne.
Dès que le combat fut fini, j'envoyai tous mes canots à bord du Bonhomme Richard avec quelques-uns de mes hommes, qui y restèrent, et des charpentiers et des calfats. J'allai armer le Serapis, qui dérivait vers la terre. Il n'avait pas plus de trente hommes de l'équipage du Bonhomme Richard à bord, avec deux lieutenants ; je lui envoyai environ quarante des miens et deux lieutenants ; je pris à mon bord environ cent cinquante prisonniers et le pris en remorque pour l'écarter de la terre. J'avais alors environ deux cents prisonniers, et pas plus de cent hommes de mon équipage à bord ; et il aurait été impossible de prendre la flotte sans qu'on m'eût rendu quelques-uns de mes meilleurs hommes restés à bord du Bonhomme Richard et du Serapis, et un canot aussi.
Je donne cette information sur le quatrième point général porté contre moi pour qu'elle soit jointe à l'enquête, et que celle-ci soit terminée au plus tôt ; car, après m'être justifié devant Son Excellence le docteur Franklin de l'atroce calomnie portée contre ma réputation et mon caractère, j'espère que Son Excellence me rendra justice, pour me justifier en public comme en privé ; mais pour le faire plus amplement, comme on pourra trouver des contradictions entre les vingt-cinq articles portés contre moi et ce qui a été dit à d'autres moments sur le même sujet, je prie Son Excellence de me faire remettre la copie signée de ces vingt-cinq articles ; je crois qu'en droit civil comme en droit militaire ma demande peut être accordée, car j'ai vu, dans toutes les cours d'enquête auxquelles j'ai assisté, les témoins ou leur signature paraître.
Landais à Benjamin Franklin, Paris, 30 décembre 1779 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 31, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Paris, le 30 décembre 1779.
Plaise à Votre Excellence,
Je n'ai reçu que le 15 décembre la copie d'une lettre du capitaine Jones à Votre Excellence, datée à bord du vaisseau de guerre le Serapis, à l'ancre devant le Texel, le 3 octobre 1779 (mais non certifiée par Votre Excellence, comme vous m'aviez fait l'honneur de me dire que vous le feriez) ; vous m'avez dit que la copie de cette lettre était dans un journal. Je vous prie de me dire lequel, car je n'en avais jamais eu idée. Car tout ce que j'ai répondu, c'est aux quatre accusations générales que Votre Excellence m'a dit être portées contre moi, à savoir :
Et cela sans avoir rien vu de cette lettre avant le 15 ; sinon j'aurais répondu article par article.
Du premier point, je vous ai seulement parlé, et n'ai pas voulu le donner par écrit, le gardant pour l'Amérique, où je comptais demander un conseil de guerre pour le juger, comme je l'ai dit au capitaine Jones à bord du Bonhomme Richard, quand il m'a si gravement insulté, s'il ne me donnait pas pleine satisfaction avant d'y être, bien qu'il m'en coûte beaucoup d'avouer que j'ai été ainsi maltraité par un homme. Je vais vous donner le détail des paroles et des faits.
Vers midi, le 24 août, en compte astronomique, vu une voile au nord-nord-ouest ; fait signal aux autres navires, et mis toutes voiles aussi vite que possible après elle ; à une heure, rejoint le Bonhomme Richard ; il fit signal de rester en arrière ; nous serrâmes nos voiles légères et carguâmes nos basses voiles ; nous laissâmes arriver pour le laisser passer devant ; mais comme nous le suivions sous nos huniers, le Bonhomme Richard étant sous toutes voiles, il nous dit de rester en arrière. À trois heures, vu une autre voile ; à trois heures et demie, signal du Bonhomme Richard pour les canots ; chaque navire en envoya un ; le nôtre revint aussitôt, mais on me pria d'aller à bord du capitaine Jones ; le calme venant, trois canots furent envoyés après le navire chassé. Je montai à bord du capitaine Jones à cinq heures et demie ; entre autres choses, on rapporta que le capitaine du brick de prise, nommé le May Flower, avait dit qu'il y avait un corsaire de Londres de dix-huit canons à environ sept milles en remontant la rivière de Limerick, et dans la même rivière un garde-côte des douanes, et qu'en outre un vaisseau de guerre de cinquante canons était à l'ancre près d'une petite île, dans la baie suivante au nord. On me demanda s'il convenait d'aller prendre ce corsaire. Je dis que j'avais des ordres qui ne s'accordaient pas avec un tel plan, et que s'il y avait quelque chose à faire, c'était d'aller au vaisseau de cinquante canons (qui était sur notre route vers le nord), car, outre que tous nos navires pourraient aller ensemble le combattre, nous pourrions avoir l'avantage de le surprendre et de le combattre au mouillage ; mais que, pour le corsaire, il ne valait pas la peine d'envoyer des canots et des hommes courir le risque d'être pris par ce corsaire, ou d'être coupés dans la rivière par quelques embarcations, ou même par ce garde-côte, qui pouvait être vite armé ; il n'en fut plus question.
Je dis au capitaine Jones qu'il m'avait empêché de chasser ce brick, et que je me serais approché à deux milles de lui, distance d'où j'aurais envoyé mes canots en les protégeant en tout cas ; mais qu'en envoyant des canots à une telle distance, la brume et le vent pouvaient causer la perte des canots et des hommes ; en outre, le navire, s'il était armé, pouvait les prendre, étant à une distance où nous ne pouvions l'empêcher. Je lui dis encore que, dans ces cas-là, je chasserais, et ne risquerais pas mes canots et mes hommes tant que je pourrais y aller avec le navire. Je le quittai en pensant que l'affaire était close.
Le lendemain matin, il me parla et me demanda si j'avais un équipage prêt à armer la prise. (N.-B. : ses canots étaient allés plusieurs fois à bord et revenus au Bonhomme Richard.) Je lui dis que, quand j'aurais à armer une prise, je voulais que mon capitaine de prise fût l'un des premiers à bord, sinon il ne pourrait répondre de ce qui aurait pu être fait. Il me dit qu'il avait perdu un de ses canots avec sept hommes qui s'étaient enfuis avec, et qu'il en avait envoyé un autre avec quinze hommes après eux ; il me pria de venir à bord de son navire. Je lui dis que j'irais dès que le temps le permettrait, mais que pour le moment il y avait trop de brume pour quitter mon navire.
L'après-midi du 25, par temps clair, j'allai comme promis à bord du Bonhomme Richard, et demandai au capitaine Jones ce qu'il me voulait, car je ne pouvais rester longtemps. Il me dit qu'il avait à me parler, mais tarda ; le maître de la prise vint prendre ses ordres, et j'étais là depuis environ une heure sans que le capitaine Jones m'eût rien dit d'important. Je lui souhaitai le bonjour et m'en allais. Il vint après moi, m'arrêta, et me prit par la main à l'entrée de la chambre de dunette ; il me dit qu'il était mon meilleur ami, et me dit pour preuve, en me montrant l'Alliance que j'avais l'honneur de commander, que c'était grâce à lui, car il avait eu l'ordre de Son Excellence le docteur Franklin de me retirer le commandement lors du différend entre mes officiers et moi à Lorient. Je lui dis qu'on m'avait rapporté le contraire ; que plusieurs messieurs américains m'avaient dit de me méfier de lui, etc. ; et que je lui avais dit moi-même, quand le différend devait être examiné par cinq messieurs qu'il avait choisis, lui et mes officiers, sans m'en dire un mot avant le moment où je devais paraître devant eux, qu'il voulait me sacrifier, que j'étais prêt à l'être, mais que j'allais en prévenir M. de Chaumont, ce que je fis. Il me dit que j'étais le plus grand coquin du monde si j'avais cette pensée ; c'était sa manière de me convaincre du contraire. Je fus offensé d'une telle expression ; voyant que j'étais fâché, il essaya de me faire croire qu'une telle expression, en anglais, n'était pas injurieuse ; tout cela se passa entre lui et moi. Je voulais retourner à mon navire, mais il me retint encore et me fit entrer dans la chambre, où le lieutenant-colonel Wibert écrivait.
Alors le capitaine Jones commença à parler de la veille, disant que je l'avais gêné dans sa chasse ; je répondis que ce n'était pas possible, car j'étais assez loin derrière quand je commençai à chasser, et que, avec les mêmes voiles seulement, je l'avais rejoint, et que j'étais en train de mettre toutes les voiles quand on fit le signal de rester en arrière. Il dit qu'aucun signal de ce genre n'avait été fait. Je répliquai que j'en étais sûr, car nous hissions notre bonnette basse de tribord, et que j'étais descendu chercher ce que voulait dire le signal : je vis que c'était de rester en arrière. Il me dit que ce n'était pas vrai, qu'aucun signal de ce genre n'avait été fait ; je me levai et lui dis que ses officiers en témoigneraient ; quand il vit que j'allais m'en informer, il me dit que, s'il avait été fait, c'était à son insu. On fit entrer le capitaine de la prise et on lui demanda quelle route il suivait quand on le chassait ; il répondit : au sud-sud-ouest, mais que, par le calme, il avait eu le cap au nord (c'est alors que je le chassais). Puis le capitaine Jones se remit à parler des canots qu'il avait perdus la nuit précédente. Je lui dis que ce n'était pas ma faute. Il me demanda si c'était la sienne. Je répondis que c'était la conséquence de ne pas m'avoir laissé chasser la veille. Il me dit que ce que je disais était un mensonge. Je fus frappé de stupeur, je ne croyais pas mes oreilles, et lui demandai ce qu'il disait ; il le répéta. Je lui demandai s'il me donnait un démenti. Il me répondit : oui, que le diable vous emporte, en bégayant entre ses dents. Je lui dis que, s'il avait été hors de son navire, il en aurait été puni sur-le-champ ; il me dit : quand vous voudrez. Je ne crois pas que j'aurais pu montrer plus d'égards à aucun général en pareille occasion, dans la colère où j'étais, que de prendre mon chapeau pour m'en aller. Mais il prit la clef qui était posée sur quelque chose et alla pour fermer la porte sur moi ; mais j'étais près de la porte, je l'en empêchai et posai la clef sur la table. Je lui dis que je le ferais traduire en conseil de guerre pour m'avoir traité ainsi à bord de son navire. Je dis aux lieutenants-colonels Wibert et Chamillard de se souvenir de ce qu'ils avaient entendu et vu. Le capitaine Jones, voyant sa faute, dit qu'il allait fermer la porte pour empêcher quelqu'un d'entrer. Je m'en allai, mais jurai en moi-même de ne jamais remonter à bord de ce navire. Le surlendemain, le Bonhomme Richard vint me parler ; le lieutenant-colonel Chamillard avait le porte-voix et demanda comment j'allais, et je fis répondre mon pilote français.
Le capitaine Landais, dans sa réponse aux vingt-cinq articles, a répondu à l'article 4 ; il y ajoutera seulement que la Vengeance était à deux ou trois milles au vent, vers la voile, qu'elle était plus raide et meilleure marcheuse pour aller après le brick, mais qu'on ne lui fit aucun signal ; que le capitaine Jones et son commis aux vivres voulaient prendre beaucoup de choses dans la prise ; qu'on offrit au capitaine Landais des hardes et d'autres choses, mais qu'il dit que tout ce qu'on trouvait dans la prise devait y rester, au profit du Congrès et de l'équipage, etc. ; qu'il vira lof pour lof pour se rapprocher de la prise afin de récupérer ses canots. Le lendemain matin, il alla parler au Bonhomme Richard, mais la mer étant assez grosse, et ce navire si mal gouverné, le capitaine Landais se tint à l'écart du Bonhomme Richard de crainte d'être abordé, et ne put entendre ce qu'on disait.
Le 5 septembre, à onze heures du matin, l'Alliance gouverna à l'ouest-nord-ouest, sept lieues, le vent au sud-ouest, jusqu'à six heures, où il passa à l'ouest ; il prit alors les amures à tribord. À trois heures le lendemain matin, il chassa et prit un sloop sur lest allant de Leith aux Shetland ; on y mit un aspirant et deux matelots, avec ordre d'aller au Bonhomme Richard, qui était au nord-est de Fair Isle ; à quatre heures, vu un autre sloop ; chassé et pris à huit heures ; il était chargé de charbon, de Greenock pour les Shetland ; je l'envoyai aussi au Bonhomme Richard, ayant appris que le capitaine Jones s'était plaint que j'avais donné des ordres aux autres navires ; mais, tout jaloux qu'il était de donner les ordres, lui et la Pallas ont eu ces deux sloops deux jours en remorque sans leur donner aucun ordre, et Dieu seul sait ce que sont devenus les deux sloops et les hommes. Je me suis risqué à donner des ordres à la Betsey de ma propre autorité, en vertu de ce que j'étais capitaine et séparé de tous les autres navires quand je la pris ; et l'ordre que je donnai fut de me suivre, mais, si elle était séparée par force, d'aller à Bergen, etc. Quant à l'Union, il me fit dire que je pouvais tout faire pour elle ; je l'armai donc, donnai au capitaine de prise les mêmes ordres et lui dis de nous suivre, et, si le capitaine Jones lui envoyait des ordres, de les recevoir. Je ne donnai pas d'autres ordres, et si je ne les avais pas donnés, elles seraient, je crois, parties comme les deux sloops, sans aucun ordre, bien qu'elles aient été en compagnie quatre jours de plus.
Le soir, je refusai d'aller à bord du Bonhomme Richard, comme je l'avais dit, à cause de ce qui s'était passé le 25 [août], et je lui envoyai une réponse à la mesure du message qu'il m'avait envoyé. En cela, je le regardais comme un capitaine de vaisseau de guerre au service américain, comme je l'étais moi-même. Ainsi je nous considérais tous deux comme égaux ; mais si je nous avais considérés tous deux intrinsèquement, comme nous étions devenus capitaines de vaisseaux de guerre depuis le début, selon nos caractères différents, et selon ce qu'on disait de nous deux dans notre pays d'origine, je l'aurais traité en conséquence.
Le 23 septembre, que l'Alliance n'ait pas vu le signal de former la ligne de bataille n'a rien de surprenant (car le Bonhomme Richard faisait ordinairement ce signal au pic d'artimon quand les navires étaient devant lui) ; ce qui l'est, c'est que ni le capitaine Cottineau ni les deux lieutenants du Bonhomme Richard ne l'aient vu, du moins ils n'ont pas signé l'article 10.
J'ai répondu longuement à ce qu'il dit de ce même jour, outre le certificat donné par les officiers de l'Alliance en réponse sur ce sujet.
L'Alliance n'avait plus la force, et on ne lui fit pas de signal, de poursuivre la flotte pour prendre quelques navires. Le Serapis tira sur l'Alliance, et cette frégate tira si bien sur l'ennemi que la Countess of Scarborough reçut trois boulets à moins de deux pieds l'un de l'autre à sa flottaison de bâbord, sous l'amure de la grand-voile. À vrai dire, je ne pense pas que plus de cinquante ou soixante boulets ou boulets ramés soient venus dans la coque ou le gréement de l'Alliance, mais quelques boulets sont encore dans le flanc de l'Alliance. Elle tira si vivement dix bordées sur la Countess of Scarborough que celle-ci ne put viser aussi bien que si l'Alliance avait été silencieuse ; deux balles de mousquet seulement traversèrent sa voile d'étai d'artimon. Si l'Alliance avait tué un seul homme à bord du Serapis, le capitaine Jones aurait certainement été emmené en Angleterre, où il aurait (comme disent les journaux) été récompensé de sa conduite passée dans ce pays.
Somme toute, le capitaine du Bonhomme Richard s'est si bien conduit à tous égards pour ne pas prendre ni détruire toute la flotte ennemie, que je dois dire hautement que le roi d'Angleterre devrait l'en récompenser.
(Signé) P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Paris, 9 janvier 1780 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 31, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Cette lettre, écrite en français, n'est pas reproduite par l'édition des papiers de Franklin, qui n'en donne qu'un résumé, en anglais. Le voici, traduit.
Paris, le 9 janvier 1780 : il prie Franklin de certifier conformes les extraits suivants de la lettre que lui a adressée J. P. Jones, datée du Texel le 3 octobre 1779. Il est désolé d'importuner encore Son Excellence, mais, le jugeant nécessaire, il espère que cela lui sera accordé.
Landais à Benjamin Franklin, Paris, 13 janvier 1780 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 31, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Paris, le 13 janvier 1780.
Plaise à Votre Excellence,
J'ai reçu votre lettre du 10 de ce mois, que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le même jour ; je suis très fâché de ne pouvoir avoir avant la semaine prochaine les extraits que je demandais à Votre Excellence dans ma lettre du 9 ; mais puisque vos affaires demandent qu'on attende jusque-là, je me contenterai de cette nouvelle faveur.
Selon votre ordre, j'ai lu les mémoires de l'ambassadeur de Suède au sujet des deux navires de sa nation, etc. J'ai eu l'honneur d'informer à temps Votre Excellence de l'événement et de ses circonstances, et j'ai envoyé à M. Schweighauser, agent à Nantes, la copie de leurs papiers, que m'avaient remis les deux capitaines, en indiquant ceux qui manquaient pour justifier qu'ils étaient propriété suédoise.
En outre, à mon arrivée ici, je vous ai dit que je n'avais apporté que peu de vêtements et les papiers de ma justification, pensant que l'un d'eux, certifié par tous les officiers de l'Alliance, suffirait à me laver de l'accusation portée contre moi par ce que le ministre français avait écrit à Votre Excellence au sujet du combat du 23 septembre ; et quant à la désobéissance aux ordres, je pense que je n'étais pas sous les ordres du capitaine Jones, d'après les vôtres, et, comme je vous l'ai montré, pour le bien de la cause, je me suis soumis à l'être (sauf pour aller à bord de son navire, où j'avais été insulté), s'il avait voulu me donner des ordres écrits pour me justifier devant Votre Excellence ; et vous pouvez juger, par la lettre de M. de Cottineau du 15 novembre dernier à M. de Chaumont, que vous avez entre les mains, que si je n'avais pas été séparé des autres navires par une tempête, et si j'avais suivi le Bonhomme Richard, j'aurais désobéi à vos ordres ; de plus, si, en entrant sans pilote dans la baie de Buigburg, ou ailleurs, j'avais perdu la frégate, et s'il était arrivé quelque chose à Votre Excellence dans le même temps, je n'aurais rien eu pour justifier ma conduite devant le Congrès. Quand M. de Chaumont m'a dit que le capitaine Jones avait pris le commandement de l'Alliance, j'ai prié Votre Excellence de bien vouloir faire mettre mes malles à terre, car je ne pouvais écrire au capitaine Jones dans les circonstances présentes, et on ne pouvait les sortir du navire sans son consentement.
Quand j'ai quitté le navire, je pensais être de retour dans quinze jours ; et quand je suis allé à Passy, les accusations n'étaient pas encore arrivées ; vous m'avez dit d'y revenir le lundi suivant, ce que je fis ; vous m'avez dit alors que j'étais accusé de désobéissance aux ordres, d'avoir tiré sur le Bonhomme Richard, de n'être pas allé à son secours aussi tôt que possible, et de n'être pas allé prendre la flotte. Votre Excellence m'a dit depuis que c'est par une lettre du ministre français que j'avais été accusé et que vous aviez commencé l'enquête sur ma conduite (je vous prie de bien vouloir me faire la faveur de me donner copie de cette lettre, afin que je puisse me justifier devant M. de Sartine, puisque M. de Chaumont m'a dit qu'il ne lui avait pas montré tous mes papiers, comme j'espérais qu'il le ferait), et que c'est quelque temps après que vous aviez reçu les accusations du capitaine Jones contre moi. Vous avez été malade, et avez eu tant à faire avec vos occupations de ministre que l'affaire pour laquelle je suis venu n'est pas encore examinée.
Il n'est plus en mon pouvoir, privé des papiers du navire, de donner d'autres observations sur les navires suédois que les suivantes : que ma réputation et mon caractère sont de nouveau injustement attaqués ; que les deux capitaines suédois étaient à la même table que M. le marquis de La Fayette, les autres messieurs et moi, et avaient tous deux un lit dans la grand-chambre ; que ceux de leur équipage qui étaient à bord étaient nourris comme mon propre équipage ; qu'on les avait mis à part, derrière une cloison, pour deux raisons : l'une, pour qu'ils n'aient rien à faire avec les mutins ; l'autre, pour qu'ils ne soient pas pillés ou maltraités par quelque mauvais garçon de l'entrepont ; que je n'ai jamais entendu de plaintes des capitaines ni des équipages, lesquels, de bon gré, pour le bon traitement qu'ils recevaient, aidèrent plusieurs fois à la manœuvre du navire. Quant à la validité de la prise des deux navires, j'avais des doutes ; j'en ai donc parlé à M. le marquis de La Fayette, et l'ai prié de venir, avec plusieurs autres messieurs, dans la grand-chambre, d'où j'ai fait appeler mes officiers ; je leur ai remis les papiers des navires pour qu'ils les examinent, et leur ai demandé leur avis : tous ont dit qu'ils étaient au moins en partie propriété anglaise, et me l'ont donné par écrit. (Je vous ai dit à mon arrivée ici que M. le marquis de La Fayette pourrait vous dire ce qui s'était passé alors.) Je serais allé présenter mes respects à M. le marquis en toute autre occasion, et le prier de vous dire ma conduite au sujet des deux navires, mais j'ai différé de le voir jusqu'à présent, pensant que je serais justifié avant ce moment, et qu'il ne fallait rien d'autre que votre examen de cette affaire pour reconnaître la fausseté des accusations portées contre moi.
Au début des mémoires, vous pouvez voir les calomnies qu'on y porte contre moi, aussi fausses que tout le reste, à savoir l'extrait : « le pillage commis par un soi-disant Américain, quoique originairement Français, nommé Londy, qui, muni de lettres de marque des États-Unis, attaqua, etc. » Votre Excellence sait, par la commission de capitaine de vaisseau de guerre au service américain, et par l'acte de naturalisation de l'État de la baie du Massachusetts que j'ai eu l'honneur de vous montrer le premier jour de l'enquête, que j'avais le droit de visiter tous les navires, et, quand ils n'avaient pas les papiers nécessaires pour prouver leur neutralité, de les conduire dans un port pour y être examinés ; quant au pillage, je n'ai jamais fait ce dont on m'accuse. Je suis désolé de ne pouvoir vous donner de meilleures informations sur ce sujet.
Je vous prie comme une faveur de m'accuser réception de cette lettre et du mémoire ci-joint par le porteur.
Je suis, avec respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Paris, 10 février 1780 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 31, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Paris, le 10 février 1780.
Plaise à Votre Excellence,
J'attends depuis le 15 janvier la faveur de votre réponse à la lettre que j'ai eu l'honneur de vous adresser ce même jour, ainsi que la copie de la lettre de M. de Sartine à vous, en conséquence de laquelle vous m'avez ordonné de venir à Paris, que vous aviez eu l'obligeance de me promettre, car j'en ai besoin pour écrire ma justification à ce ministre. Je vous prie de me l'envoyer avec votre ordre de rester à Paris jusqu'à ce que vous me procuriez un passage convenable pour l'Amérique pendant que la frégate l'Alliance y sera, afin d'être jugé par un conseil de guerre, seuls juges que je puisse avoir en pareille occasion.
Voilà trois mois, je le constate, que l'on me retient ici pour rien. Quand je suis venu de Hollande, je m'attendais à ce que justice me fût rendue, et à être renvoyé ensuite (avec la gloire méritée d'avoir, par ma conduite dans le combat du 23 septembre dernier, non seulement empêché le Bonhomme Richard d'être pris par le Serapis, mais aussi réduit et fait amener le dernier navire, etc.) reprendre le commandement de l'Alliance, et à ce que le malveillant fût puni de m'avoir calomnié ; mais c'est tout le contraire ! À quoi le doit-on ? On m'a ôté le commandement de la frégate, etc.
Quand je suis parti du Texel pour Paris selon votre ordre, je n'ai emporté que les papiers nécessaires à ma justification et quelques vêtements ; j'ai laissé à bord de la frégate quatre malles contenant mes vêtements, mon linge, mon lit, mes livres, mes cartes marines, mes cartes, mes instruments de mathématiques, d'optique et d'astronomie, tous les papiers du navire, mes papiers personnels et un grand nombre de plans. Comme je dois partir au plus tôt pour demander justice, et que je ne puis y aller sans le plus nécessaire de ces choses, j'espère que vous me procurerez l'argent nécessaire pour les acheter, ayant été privé de celles que j'avais en suivant votre ordre ; en outre, il me faut de l'argent, comme je vous l'ai dit la dernière fois, pour mes dépenses journalières.
Je vous prie comme une faveur de m'envoyer la réponse par le porteur.
Je suis, avec respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Paris, 28 février 1780 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 31, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Paris, le 28 février 1780.
Plaise à Votre Excellence,
Dans la réponse dont vous m'avez favorisé, datée du 12 février, vous dites qu'il me plaît de vous blâmer. Je vous demande pardon, il ne m'appartient pas de blâmer ; mais je puis dire que j'ai été retenu ici par l'ordre de Votre Excellence, et que je demande un passage pour l'Amérique. Je demande en même temps votre ordre de rester ici tout ce temps, puisque vous avez entre les mains le premier ordre que vous m'avez donné à cet effet.
Quand j'ai demandé à Votre Excellence la faveur de faire mettre à terre mes malles, etc., puisqu'il vous avait plu de donner au capitaine Jones le commandement de la frégate l'Alliance, qui m'avait été confié par le Congrès, Votre Excellence m'a dit de les réclamer moi-même par écrit. Je vous ai fait observer l'impossibilité où j'étais d'écrire au capitaine Jones dans les circonstances présentes, et qu'on ne pouvait les débarquer sans son consentement. La même difficulté demeure encore aujourd'hui.
Votre Excellence dit que j'ai reçu une somme considérable ; quant à cet argent, ce que j'ai dépensé soit pour venir de Hollande, soit pendant le temps que j'ai passé à Paris depuis que j'y suis venu par votre ordre, ne fait que cinquante louis d'or, outre ce que j'ai reçu en Hollande.
Quant à l'argent, Votre Excellence sait que je n'en ai reçu aucun, pas même un habit qui m'était offert à Brest par M. John Adams de la part de Votre Excellence sur ce qui m'était dû, et que je n'ai pas cru pouvoir accepter. J'ai payé de ma poche les dépenses du service du navire, le port des lettres, etc., et n'ai jamais rien porté en compte ni reçu un liard à aucun titre ; j'ai donc beaucoup dépensé pour ces bagatelles et pour mes propres frais. Je vous prie donc comme une faveur de recevoir ce qui m'est dû, en parts de prise et en solde mensuelle depuis que je suis en Europe, afin de rembourser l'argent que j'ai dépensé depuis ce temps là où je l'ai pris.
Votre Excellence voit par ce qui précède que je demande :
Je suis, avec respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Paris, 10 mars 1780 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 32, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Paris, le 10 mars 1780.
Plaise à Votre Excellence,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 1er de ce mois, et le certificat qui y était joint ; il se peut qu'il ait été sur votre table quand j'étais chez vous, mais je ne me souviens pas de l'avoir vu du tout. Je dois observer que, longtemps avant, j'avais demandé de l'argent à Votre Excellence, ayant dépensé ce qui restait des cinquante louis d'or que j'avais d'abord reçus pour mes dépenses, après m'être remboursé de l'argent que j'avais pris sur le mien pour venir à Paris.
Je n'ai plus d'officiers à bord de la frégate l'Alliance, qui est maintenant sous mes ordres, ni d'amis assez proches pour les prier de prendre la peine de faire remettre mes malles, etc., à mon adresse ; d'ailleurs ils ne savent pas, ni moi-même à présent, ce qu'elles contiennent ; tout ce que je sais, c'est que tous les papiers du navire y étaient, et je ne veux pas répondre des dépenses du navire si j'en suis privé ; en outre, toutes mes affaires ont pu être pillées et les malles seules laissées. Mais tous, capitaine et officiers, sont sous vos ordres et y obéiront dès que Votre Excellence prendra la peine de leur écrire de faire sceller lesdites malles, etc., et de les remettre à l'agent de Lorient, où je compte aller les examiner et voir si elles sont toutes comme je les ai laissées (car j'ai affaire à des gens qui n'ont pas la meilleure réputation en Angleterre, d'après leurs papiers ; je n'étais pas ainsi, ni en Angleterre ni en France, avant que Votre Excellence, votre petit-fils et votre neveu aient fait imprimer une fausse lettre du capitaine Jones contre la mienne ; pour ma part, je ne juge pas dans les circonstances présentes, mais je ne me fierai plus à personne). Si Votre Excellence m'avait écrit au Texel que le commandement de la frégate devait m'être retiré et donné à un autre, je vous aurais épargné, et à moi-même, ces ennuis ; mais je suis venu comme vous me l'ordonniez, confiant dans votre justice.
Quant à l'argent hollandais que j'ai reçu en Hollande et depuis que je suis à Paris, je vais faire un court compte de ce que j'en ai dépensé. Pour aller du Helder à Amsterdam, et revenir une fois au Helder, et voyager à travers la Hollande, j'ai dépensé tout l'argent que j'avais eu dans ce pays (mes dépenses d'Amsterdam comprises) ; pour voyager en Flandre et en France, j'ai dépensé dix-neuf louis d'or de mon propre argent ; il ne reste donc que trente et un des cinquante premiers louis d'or que j'ai reçus pour mes dépenses journalières ici. Je suis ici depuis quatre mois, obligé d'aller à Passy au moins vingt fois, et j'ai eu une voiture, ce qui fait environ quinze louis d'or ; ma dépense pour moi-même et un domestique, pour la nourriture, le chauffage, le logement, etc., pendant quatre mois, monte à soixante louis d'or ; je trouve que j'ai dépensé dix louis d'or en autres menus frais. Il ne me reste donc que soixante-quatre louis d'or, dont je dépenserai environ vingt-cinq pour aller au lieu d'embarquement ; il restera alors vingt-neuf louis d'or pour ma dépense en attendant le départ du navire, et pour mes provisions, etc. ! Je prie donc Votre Excellence, comme une faveur, d'avoir la bonté de me dire ce que je dois faire pour mon passage si j'en trouve un, ce que je lui ai demandé par écrit ; car je crois qu'il devrait m'être procuré par l'ordre de Votre Excellence, comme il est d'usage chez toutes les nations de fournir les moyens convenables à un officier qui va être jugé, quand il est accusé, même s'il a été puni d'avance (sans les formes requises) de ce dont on l'accuse.
Je suis désolé de voir Votre Excellence dire qu'il n'est pas en son pouvoir de me donner un passage pour l'Amérique. Je prie Votre Excellence de considérer son pouvoir, et de se souvenir que c'est par lui que vous m'avez fait retirer, par votre ordre, du navire que l'honorable Congrès m'avait confié, et que vous l'avez donné et laissé à mon accusateur, qui est lui-même accusé par une lettre du capitaine Cottineau que vous avez eue entre les mains ; souvenez-vous aussi, s'il vous plaît, que je vous ai montré ma commission et ma naturalisation d'Amérique, où je dois donc être jugé.
Si Votre Excellence ne veut pas me procurer un passage, je dois au moins lui rendre mes humbles remerciements pour son avis sur les nombreux navires qui, dit-elle, partent pour l'Amérique.
Quant à ma part de prise, je souhaite que Votre Excellence ait l'obligeance de me faire savoir à qui je dois m'adresser pour la recevoir, afin de rembourser l'argent que j'ai dépensé depuis mon retour en Europe. Je n'imagine pas que Votre Excellence veuille me faire recevoir en Amérique, en papier-monnaie, ce qui me revient pour des prises vendues en Europe en espèces sonnantes ; ce serait un pauvre marché, et je doute que mes amis l'acceptent en retour de l'argent que j'ai tiré sur eux. Excusez mon erreur, s'il vous plaît, mais on m'avait dit que le Bonhomme Richard, etc., appartenaient au Congrès ; j'imaginais donc que la part du Congrès et de l'équipage était à votre disposition.
Quand j'ai demandé à Votre Excellence ma solde mensuelle, je croyais cela juste, puisque je n'en ai reçu aucune, ni aucun argent, pas même le port des lettres, depuis mon arrivée, et que ce que j'ai dépensé l'a été surtout pour le service du navire ; mais Votre Excellence ne juge pas à propos de l'accorder.
Je prie Votre Excellence de m'honorer d'une réponse au plus tôt et de m'envoyer par le porteur l'accusé de réception de cette lettre.
Je suis, avec respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Paris, 11 mars 1780 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 32, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Paris, le 11 mars 1780.
Plaise à Votre Excellence,
Vous m'avez, par votre ordre, rappelé du commandement de la frégate américaine l'Alliance, que l'honorable Congrès m'avait confié, sur des accusations que seul un conseil de guerre peut juger, et vous avez donné ledit commandement à mon accusateur. Vous m'avez gardé ici ces quatre derniers mois, je ne sais pourquoi. Comme on pourrait dire en Amérique que c'est ma faute si je n'ai pas retrouvé ce même commandement, faute de l'avoir redemandé — peut-être me l'aurait-on offert —, je prie donc Votre Excellence, comme un droit, de me rendre le commandement de l'Alliance, ou de me donner son refus écrit de sa main, afin que je puisse le montrer au Congrès. Je sais que les officiers et l'équipage de l'Alliance me souhaitent, et haïssent leur commandant actuel, qui ne l'est pas légalement.
Je vous prie comme une faveur d'avoir la bonté de m'envoyer une réponse positive et claire sur ce sujet.
Je suis, avec respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, [Lorient], [29 mai 1780] — The Papers of Benjamin Franklin, t. 32, Founders Online — lire la page originale, en anglais
[29 mai 1780]
Plaise à Votre Excellence,
J'attends depuis mon arrivée à Lorient votre ordre de reprendre le commandement de la frégate l'Alliance, pensant que vous réfléchiriez à la façon dont elle m'a été retirée.
Je me regarderais comme coupable de rester spectateur docile pendant qu'un autre usurpe mon autorité à bord, puisque j'ai été placé à ce commandement par une résolution de l'honorable Congrès.
Il m'apparaît, à la réflexion, que rien ne peut autoriser Votre Excellence à ce procédé de me déplacer ; je suis persuadé que le Congrès lui-même ne prétendrait jamais exercer un pouvoir si arbitraire que de renverser ses officiers sans jugement, ses raisons fussent-elles les mieux fondées du monde, et bien moins encore sur un tas d'accusations scandaleuses destinées à couvrir l'ignorance et la mauvaise conduite d'un homme qui sacrifierait volontiers la réputation des officiers et des hommes de toute une escadre pour s'établir lui-même.
Je considère comme mon devoir de retourner à mon poste à bord ; je ne sais rien de ce que j'aurais fait qui puisse justifier que vous m'en teniez éloigné ; je dois répondre, devant ceux qui m'ont confié le navire, de le leur ramener.
Si vous avez un pouvoir exprès pour me priver de mon commandement, je vous prie de m'en donner copie, et j'y obéirai comme il convient ; sinon, je dois me considérer comme capitaine du navire, et je prie le docteur Franklin de n'encourager personne à s'interposer dans mon service, mais de me donner toute l'aide qui est en son pouvoir. Il apparaît en outre que je suis considéré comme capitaine de l'Alliance par le bureau de l'Amirauté des États-Unis, dont j'ai l'honneur d'adresser copie de la lettre à Votre Excellence. Je dois vous prier d'une prompte réponse, et, si Votre Excellence est toujours décidée à me tenir éloigné de mon poste, vous devrez répondre de toutes les conséquences fâcheuses qui pourraient s'ensuivre, et que je voudrais éviter.
Je suis, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
P.-S. Je sais que les officiers comme les hommes souhaitent me voir revenir à mon commandement.
Landais à John Adams, Lorient, 14 juin 1780 — Papers of John Adams, t. 9, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Lorient, le 14 juin 1780.
Monsieur,
Je crois de mon devoir de vous informer que j'ai écrit plusieurs lettres à Son Excellence le docteur Franklin pour savoir par quelle autorité j'étais tenu éloigné de mon navire. Je lui ai adressé un ordre du secrétaire de l'honorable Bureau de la Marine de Philadelphie, qui portait de prendre à bord quelques marchandises pour son usage, le navire étant rappelé au pays par le Congrès. Mes officiers et mon équipage m'apprennent qu'ils ont aussi écrit à Son Excellence, la priant de leur rendre leur commandant légitime, puisqu'ils ne connaissaient d'autre commandant que moi ; ils m'apprennent qu'aucune réponse ne leur est parvenue.
J'ai, Monsieur, sur l'avis des principaux Américains et selon le désir de mes officiers et de mon équipage, repris hier le commandement, comme mon droit, et je suis résolu à le garder et à conduire la frégate en Amérique, comme le demande le Congrès dans la lettre du secrétaire de l'honorable Bureau de la Marine. J'ai écrit à Son Excellence le docteur Franklin pour le prier de bien vouloir payer aux officiers et à l'équipage leurs parts de prise, et de m'envoyer ses dépêches afin que j'exécute les ordres du Congrès.
En montant à bord hier, j'ai été reçu avec la plus grande allégresse par mes officiers et mon équipage, qui m'ont reconnu pour leur commandant légitime, et nul autre tant qu'ils n'auront pas vu une résolution du Congrès plaçant un autre à mon poste. Je lui ai aussi fait savoir que je suis prêt à appareiller dès qu'il lui plaira de payer mes officiers et mon équipage et de m'envoyer ses dépêches ; et si vous en avez à envoyer, j'en prendrai le plus grand soin.
Je suis, Monsieur, avec le plus grand respect, votre très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Lorient, 14 juin 1780 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 32, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Lorient, le 14 juin 1780.
Plaise à Votre Excellence,
Je vous ai écrit une lettre du 29 mai, avec des duplicatas, et n'ai reçu aucune réponse. Je priais Votre Excellence de m'apprendre par quelle autorité j'étais tenu éloigné de mon navire ; j'y joignais la copie d'une lettre du secrétaire de l'honorable Bureau de la Marine, à Philadelphie, qui portait de prendre à bord quelques marchandises pour son usage, le navire étant rappelé au pays par le Congrès. Mes officiers et mon équipage m'apprennent qu'ils ont aussi écrit à Votre Excellence, la priant de leur rendre leur commandant légitime, puisqu'ils ne connaissaient d'autre commandant que moi ; ils m'apprennent qu'aucune réponse ne leur est parvenue.
J'ai, Monsieur, sur l'avis des principaux Américains et selon le désir de mes officiers et de mon équipage, pris hier le commandement, comme mon droit, et je suis résolu à le garder et à conduire la frégate en Amérique comme le demande le Congrès, dans la lettre du secrétaire de l'honorable Bureau de la Marine que je vous ai adressée. Je vous prie donc de faire payer aux officiers et à l'équipage leurs parts de prise, et de m'envoyer vos dépêches afin que j'exécute les ordres du Congrès. En montant à bord, mes officiers et mes hommes m'ont reçu de très bon cœur et m'ont reconnu pour leur commandant légitime, et nul autre tant qu'ils n'auront pas vu une résolution du Congrès nommant un autre capitaine. Je suis prêt à appareiller dès qu'il vous plaira de payer les gens et de m'envoyer vos dépêches.
Je suis, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, Lorient, 16 juin 1780 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 32, Founders Online — lire la page originale, en anglais
Lorient, le 16 juin 1780.
Plaise à Votre Excellence,
Ma dernière lettre était du 14 de ce mois ; j'y informais Votre Excellence que j'avais repris le commandement de l'Alliance, que j'ai laissée à la garde de mon lieutenant.
Il y a à bord de ce navire soixante-sept caisses d'armes légères et deux cent seize barils de poudre, que réclame M. Thévenard, commandant du port de Lorient. Je ne sais pour le compte de qui, à qui ils appartiennent, ni par l'ordre de qui ils ont été placés là. Il y a aussi à bord quelques canons dans le même cas, sauf qu'ils n'ont pas été réclamés. Si c'est par votre ordre, vous voudrez bien m'en informer et me faire savoir ce que je dois en faire.
J'ai demandé à plusieurs reprises à Votre Excellence de faire payer à mes gens leurs parts de prise, mais je n'ai jamais eu l'honneur de recevoir de réponse ; j'ajouterai seulement aujourd'hui que je suis sûr qu'il serait de l'intérêt des États-Unis de ne plus perdre de temps par ce retard.
Comme je n'avais fait que montrer ma commission à Votre Excellence, j'ai maintenant l'honneur de vous en adresser copie, avec des pièces suffisantes pour convaincre Votre Excellence que j'ai seul le droit de commander la frégate l'Alliance, et si Votre Excellence a des ordres ou des dépêches pour l'Amérique à me confier, je suis prêt à les recevoir, si les circonstances me permettent de les attendre. Il me faudra recevoir de Votre Excellence les autorisations pour les messieurs à qui vous jugerez bon de donner passage sur ce navire. J'écris à Votre Excellence en double exemplaire et désire qu'on me réponde de même, pour être sûr de recevoir vos lettres.
J'ai l'honneur d'être, avec le respect qui vous est dû, de Votre Excellence, le très humble serviteur,
P. Landais.
Landais à Benjamin Franklin, à bord de l'Alliance, sous Groix, 2 juillet 1780 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 33, Founders Online — lire la page originale, en anglais
À bord de l'Alliance, sous Groix, le 2 juillet 1780.
Plaise à Votre Excellence,
Je vous écris en réponse à votre lettre du 24 juin, comme dans la précédente, pensant qu'il n'était que juste de demander que mes gens fussent payés de leur dû. Et en vérité, s'il y a du temps perdu, c'est par le retard de leur paiement. Mes deux premières prises, des navires suédois, ont été amenées parce que leurs capitaines ne fournissaient pas de preuves suffisantes de leur neutralité ; je vous ai envoyé copie des papiers que les capitaines m'avaient remis, et compté ceux qui manquaient ; je pense donc que si les navires sont restés si longtemps au port avant d'être jugés, et si des dommages ont été accordés, c'est la faute de ceux qui devaient faire juger les navires. Un autre brigantin, de Bordeaux pour l'Irlande, sous la protection du passeport du roi, mais non du vôtre, a été amené, et je vous ai informé de la capture en conséquence, mais n'ai jamais reçu de réponse. Pour les trois prises envoyées en Norvège, j'ai dit à mes officiers et à mon équipage, à mon arrivée, que vous aviez envoyé un mémoire à la cour de Danemark pour en demander le paiement.
Je dois vous rappeler qu'il y a eu deux autres prises envoyées au port de Lorient, à savoir le brigantin May Flower, chargé de vivres, et le brigantin Fortune, chargé d'huile et de graisse de baleine, qui ont été vendues, et l'argent remis à Passy par M. Montplaisir, sur lequel mes officiers et mon équipage ont quelque droit. Je ne sais si vous en avez le produit entre les mains, ou M. de Chaumont, ce qui peut revenir au même. Vous avez ordonné que les prises faites de conserve soient remises à M. de Chaumont ou à son agent. Le retard de l'appareillage de l'Alliance vient de ce qu'ils n'ont pas vendu les prises ni payé l'argent, ce qu'il était certainement en votre pouvoir de les contraindre à faire. Chacun a travaillé dur depuis que je suis à bord.
Quant aux déclarations séditieuses de mes gens, je n'en ai jamais entendu parler, sinon qu'ils réclament leur droit ; et s'il y a eu mutinerie ou désordre à bord de mon navire, c'était au Texel, et depuis lors jusqu'au 13 du mois dernier, date à laquelle j'ai pris le commandement ; depuis, j'ai tout réglé pour le mieux. Mais on me rapporte que le capitaine Jones a tenu des propos à mes gens pour semer le mécontentement et la mutinerie à bord, et qu'en même temps il a prié l'un d'eux d'aller aussitôt à bord répéter à l'équipage ce qu'il avait dit. J'espère, s'il est au service américain, que vous le réprimanderez pour une conduite impardonnable chez un capitaine : tenir de tels propos au préjudice de la marine des États-Unis. Si Votre Excellence entendait parler d'autres faits de ce genre, veuillez m'en informer.
Dès que mes gens seront payés, j'appareillerai, et s'il y a désormais quelque retenue du navire, le Congrès jugera à qui en est la faute. Si mes gens ne sont pas payés, ou si des vents contraires me retiennent, vous voudrez bien envoyer vos ordres directement en Amérique : ce sont les seuls ordres que je recevrai ; et si j'ai commis quelque faute, je vais devant ceux qui m'ont donné le commandement de ce navire répondre de ma conduite.
Je suis, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très obéissant et très humble serviteur,
P. Landais, capitaine de l'Alliance.
Landais à Benjamin Franklin, l'Alliance, à Groix, 7 juillet 1780 — The Papers of Benjamin Franklin, t. 33, Founders Online — lire la page originale, en anglais
L'Alliance, à Groix, le 7 juillet 1780.
Plaise à Votre Excellence,
J'ai attendu jusqu'à présent votre ordre d'appareiller, puisque vous m'annonciez, dans votre lettre du 24 juin, une autre lettre qui devait venir par le prochain courrier ; mais puisque vous ne m'avez rien écrit, que vous m'avez chargé dans cette lettre du retard préjudiciable de l'appareillage de l'Alliance, et que vous n'avez donné aucun espoir de voir mes gens payés de leur dû, je les ai décidés à aller dans notre propre pays chercher justice.
J'ai été pour ma part fort maltraité, et mon commis aux vivres a été mis en prison ; mais j'espère que nous aurons satisfaction de cette injure, et je vous fais savoir à présent que je mets à la voile pour aller en Amérique.
J'ai l'honneur d'être votre très obéissant et humble serviteur,
P. Landais, capitaine de l'Alliance.
Pierre Landais à Thomas Jefferson, Washington, 10 janvier 1806 — Papers of Thomas Jefferson (textes en accès anticipé), Founders Online — lire la page originale, en anglais
Washington, le 10 janvier 1806.
Plaise à Votre Excellence,
Permettez-moi de vous demander comme une faveur un comité de trois membres, connaissant chacun les principes de la géométrie et des mathématiques, les principes de la physique, les diverses situations et les divers cas des navires, soit à la voile, soit à la cape en mer, soit à l'ancre au port, et les qualités requises pour qu'ils soient aussi parfaits que possible. Je pourrais d'abord leur démontrer que la méthode dite géométrique, attribuée à M. de L'Hôpital, que les constructeurs de navires suivent et emploient généralement pour dresser leurs plans, est si défectueuse qu'il est impossible de jamais faire par elle un navire parfait ; puis démontrer que les plans que je soumettrai à leur examen sont combinés par ma méthode nouvelle, inconnue des autres, de sorte que les navires construits sur eux seront aussi parfaits à tous égards que puisse jamais l'être un navire de mêmes dimensions principales.
Si donc ma prière est exaucée, je pense que le lieu convenable pour le faire serait une grande salle de l'hôtel du secrétaire du département de la Marine, pourvue d'un nombre suffisant de tables pour y placer à la fois mes plans, outre plusieurs feuilles de papier portant des figures et des calculs qui s'y rapportent ; et parce qu'on y trouverait des modèles de navires qui aideraient à illustrer et à expliquer plus facilement et mieux lesdites démonstrations. Et qu'un samedi soit fixé pour ces démonstrations, pour la commodité des honorables membres du Congrès de toutes tendances qui y assisteraient, ainsi que de tous les autres officiers des États-Unis, principalement les officiers de marine et les constructeurs de navires, comme auditeurs.
Et qu'il plaise à Votre Excellence de me faire connaître son approbation et les changements qu'elle jugera à propos d'apporter à ces dispositions, si ma prière est exaucée, ou son refus, si elle ne l'est pas.
Je suis, avec le plus grand respect, de Votre Excellence, le très humble et très dévoué serviteur,
P. Landais, logé à la City Tavern, tenue par William Rhodes, Washington.
Pierre Landais à Thomas Jefferson, Washington, 10 janvier 1806 — Papers of Thomas Jefferson (textes en accès anticipé), Founders Online — lire la page originale, en anglais
10 janvier 1806.
Moi, Pierre Landais, autrefois capitaine de la frégate l'Alliance, j'ai écrit il y a trois ans à l'honorable Thomas Paine mon avis contre l'établissement des arsenaux militaires et des ports des vaisseaux de guerre des États-Unis, soit à Brooklyn, près de New York, soit à Washington ; et Thomas Paine m'a dit avoir remis cette lettre à Son Excellence Thomas Jefferson, président des États-Unis.
J'ai un système d'organisation fait pour la marine d'une république démocratique, quelle qu'elle soit, qui contribuera à la rendre aussi parfaite que possible. J'ai travaillé ces cinquante dernières années sur la forme que devrait avoir la carène, ou fond, des vaisseaux de guerre pour être aussi parfaite que possible ; et j'ai trouvé que, par les méthodes connues, décrites dans l'Encyclopédie et chez les auteurs qui en traitent, il est impossible d'y parvenir. Mais j'ai trouvé la méthode pour le faire par une suite de combinaisons, dont j'ai la présomption de me croire le seul possesseur, et bien des siècles pourront s'écouler avant qu'un autre ne la découvre.