Traduit de l'anglais
Les journaux de bord du Serapis et de l'Alliance (1911), l'encyclopédie Wikipédia en anglais, le Journal of the American Revolution (2018)
Ce que les Américains et les Anglais ont écrit sur Pierre Landais : les journaux de bord tenus dans l'escadre de John Paul Jones, publiés en 1911 avec une longue introduction ; le récit d'un aspirant qui le vit reprendre l'Alliance à Lorient ; l'article de Wikipédia sur les mutineries de 1793, où il était contre-amiral ; et un article récent d'un historien américain. Voici ces pages, en français.
Traduction en français réalisée par le site nosgenerations.fr. Ces textes sont écrits du côté de John Paul Jones, son adversaire : ils le jugent sévèrement, et la traduction ne corrige rien. Sa propre version est dans son Mémoire de 1784 et dans ses lettres, traduits eux aussi sur ce site. Sous chaque extrait, un lien ouvre la page originale, en anglais.
The Logs of the Serapis, Alliance, Ariel, under the command of John Paul Jones, 1779-1780, éd. John S. Barnes, New York, Naval History Society, 1911, p. 22 (récit copié dans le journal du Serapis de la main du lieutenant Henry Lunt) — lire la page originale, en anglais
Les marins comptaient alors la journée d'un midi au suivant : le combat du soir du 23 septembre est inscrit à la date du 24. Le récit est tenu à bord du Bonhomme Richard, le navire de John Paul Jones.
Remarques du vendredi 24 septembre 1779.
Le début de ces vingt-quatre heures, petite brise et temps clair. À 2 heures de l'après-midi, envoyé le bateau-pilote avec le deuxième lieutenant et un certain nombre de soldats de marine armés après un brick au vent, en panne sous son petit hunier. À 3 heures, vu une flotte sous le vent, parmi laquelle paraissaient deux navires de guerre ; fait signal à l'Alliance de donner la chasse ; à 3 heures et demie, tiré un coup de canon pour rappeler le bateau ; il laissa arriver vers nous, et en même temps nous fîmes voile pour chasser les deux navires sous le vent qui paraissaient être des navires de guerre armés. La Pallas et le brick la Vengeance donnèrent aussi la chasse. À 5 heures, la flotte fit route vers la terre et les deux navires de guerre mirent en panne, prêts à nous combattre ; nous laissâmes arriver à leur rencontre et préparâmes le navire au combat (tout le monde étant à son poste). À 6 heures, parlé à la Pallas et lui avons ordonné de se tenir derrière nous ; à 6 heures et demie, hissé un signal pour que le reste de l'escadre forme la ligne.
Au même moment, l'un des navires nous héla ; réponses sans grande importance. Le capitaine du navire qui paraissait le plus grand dit : « Dites-moi sur-le-champ d'où vous venez et qui vous êtes, ou je vous envoie une bordée. » Le trouvant ennemi, nous lui lâchâmes une bordée, qu'il nous rendit ; après trois ou quatre bordées échangées, nous vînmes vergue à vergue, position où les deux navires restèrent tout le reste du combat ; nous amarrâmes le navire ennemi au nôtre. Après environ une heure de combat, l'Alliance arriva et nous prit deux fois en enfilade ; elle tua et blessa un certain nombre de nos hommes. Le combat fut si chaud que les deux navires prirent feu plusieurs fois ; le feu fut éteint aussi vite que possible par les hommes de chaque navire. Pendant tout ce temps, le combat fut extrêmement vif, les deux navires entretenant un feu nourri de canon et de mousqueterie.
Juste avant la fin du combat, nous vîmes l'Alliance arriver sur nous ; nous la hélâmes et lui ordonnâmes d'aborder l'ennemi immédiatement, mais elle ne fit aucune réponse ; elle passa devant nous et prit les deux navires en enfilade. L'ennemi criant alors quartier, le capitaine Jones dit : « Amenez donc vos couleurs » ; ce qui fut fait aussitôt, et nos gens prirent possession du navire. Il tira ensuite trois coups de canon et blessa plusieurs de nos hommes pendant qu'ils le prenaient à l'abordage. Il se rendit à 10 heures et demie du soir. Au même moment, nous le détachâmes de nous, et dès que nous en fûmes dégagés, son grand mât tomba par-dessus bord. C'était le Serapis, de 46 canons. La dernière partie de la nuit, tout le monde fut occupé à éteindre le feu en divers endroits du navire et à pomper, car il n'avait pas moins de trois pieds d'eau dans la cale.
The Logs of the Serapis, Alliance, Ariel, under the command of John Paul Jones, 1779-1780, éd. John S. Barnes, New York, Naval History Society, 1911, introduction de l'éditeur, p. xx — lire la page originale, en anglais
En exécution de cette décision, Jones remit le commandement du Serapis au capitaine Cottineau, qui y hissa le pavillon français le 21 novembre 1779. Landais fut démis du commandement de l'Alliance, sur laquelle Jones transporta son pavillon, après avoir dépouillé le Serapis de tout ce qui était transportable et utile et l'avoir envoyé à bord de l'Alliance.
Le journal continue alors par « Un journal tenu à bord de la frégate de guerre continentale américaine l'Alliance, de 36 canons, sous le commandement de l'honorable John Paul Jones, commençant en rade du Texel en Hollande ».
À partir du 22 novembre, le journal rapporte les événements de chaque jour jusqu'au 12 juin 1780. D'après Jones, le navire était dans un état déplorable, qu'il attribuait à l'incapacité de Landais, qu'il avait supplanté et avec qui il était en mauvais termes : il l'accusait d'être en partie responsable de l'abordage avec le Richard lors de leur première croisière, de lâcheté pendant le combat contre le Serapis, d'avoir tiré exprès sur le Richard, de désobéissance aux ordres, d'irrespect et d'insolence. Jones affirme que l'Alliance n'avait pas un câble ni une voile en bon état ; que les officiers et les hommes étaient intempérants et oisifs ; que la saleté, l'insubordination et les maladies épidémiques régnaient dans l'équipage ; qu'elle était mal pourvue d'armes, et que sa poudre était de mauvaise qualité. Jones combla quelques-uns de ces manques avec ce qu'il prit sur le Serapis.
The Logs of the Serapis, Alliance, Ariel, under the command of John Paul Jones, 1779-1780, éd. John S. Barnes, New York, Naval History Society, 1911, introduction de l'éditeur, p. xxiii à xxv — lire la page originale, en anglais
Landais importunait Franklin à tel point que celui-ci écrivit à Jones qu'il était résolu à ne plus avoir affaire à lui.
Le 4 mars, Franklin écrivit au président du Congrès que Jones ramènerait l'Alliance au pays, et que Landais n'avait pas demandé à y être rétabli ; mais le 17 mars, celui-ci demanda à Franklin à être rétabli dans le commandement de l'Alliance. À cette demande, Franklin répondit qu'il le jugeait un homme si imprudent, si procédurier et si querelleur que, s'il avait vingt vaisseaux de guerre à sa disposition, il ne lui donnerait le commandement d'aucun. Le 18 mars, Franklin déclare qu'il ne voit rien qui empêche Jones de se rendre immédiatement dans la partie de l'Amérique du Nord qu'il pourrait atteindre sans danger.
La question des parts de prise restait en suspens […]. Elle fut, comme le montre l'abondante correspondance de l'époque, une affaire épineuse, source de dissensions, de controverses et d'une insubordination qui alla jusqu'à la mutinerie dans l'équipage. […] Elle fut pourtant la raison qui poussa Jones à se rendre souvent à Paris, sous couleur de hâter le règlement des parts de prise. Pendant qu'il était à terre à Lorient, le capitaine Landais, agissant sur les conseils d'Arthur Lee et du commodore Gillon, de la marine de Caroline du Sud, prit possession de l'Alliance le 12 juin. L'inscription du journal ce jour-là est la dernière du journal de l'Alliance. Elle donne un compte rendu bref mais exact de cette extraordinaire affaire.
Il ressort de la correspondance de M. Franklin qu'on avait fourni à Landais de l'argent pour lui permettre de retourner en Amérique y être jugé sur les accusations portées par Jones, et Franklin s'était étonné, en mai, qu'il restât toujours à Lorient. À quoi Landais répondit tranquillement, le 29 mai, qu'il attendait des ordres pour reprendre le commandement de l'Alliance ! Franklin lui répondit : « Je vous enjoins de ne pas vous mêler du commandement, ni de causer aucun trouble à bord, sous peine d'en répondre à vos risques et périls. »
Arthur Lee, comme le commodore Gillon, s'était déjà brouillé avec Jones et le détestait. Lee, dans un avis écrit qui discutait des questions constitutionnelles sur l'autorité du Congrès et celle de M. Franklin, fit savoir à Landais qu'il pouvait légalement traiter par le mépris les ordres de notre ministre. Comme Jones était constamment absent de son navire, et passait beaucoup de temps à Paris, où on le comblait d'attentions, il ne fut pas difficile à Landais d'agir sur l'esprit de révolte de l'équipage en accusant Jones de négliger ses intérêts touchant les parts de prise qui lui étaient dues ; si bien que les hommes adressèrent à Franklin une lettre, signée de cent quinze d'entre eux, déclarant qu'ils ne lèveraient pas l'ancre et ne quitteraient pas Lorient tant qu'on ne leur aurait pas payé leurs gages et jusqu'au dernier liard de leurs parts de prise, et tant qu'on ne leur aurait pas rendu leur capitaine légitime, P. Landais.
Le matin du 12 juin, à Lorient, Jones rassembla son équipage avant de descendre à terre, et demanda si l'on avait un mot à dire contre lui. On lui répondit que non, et, selon Jones, les hommes montraient toutes les apparences du contentement et de la discipline. Jones descendit alors à terre, et Landais, profitant de son absence, s'empara du commandement dans l'après-midi. Jones l'apprit de Dale, qui lui dit que lui et quelques autres venaient d'être mis à terre.
Jones envoya aussitôt par exprès un rapport à Franklin. Dès qu'il l'eut reçu, Franklin obtint de Versailles un ordre d'arrêter et d'emprisonner Landais, en tant que Français soumis aux lois françaises. Lee, sur l'avis juridique de qui Landais avait agi, écrivit à Jones une longue lettre, où il soutenait qu'il était clair que Landais commandait l'Alliance en vertu de l'ordre plein et exprès du Congrès, et qu'aucune autre autorité n'avait le pouvoir de le démettre de son commandement.
Le commandant du port tenta d'arrêter Landais et d'empêcher le départ de l'Alliance. Jones refusa d'employer les moyens de l'en empêcher, s'interposant, dit-il, « pour éviter que le sang ne coule entre sujets de puissances alliées ». L'Alliance sortit en hâte du port avec un équipage mutiné — beaucoup aux fers —, emmenant Arthur Lee et un certain nombre de civils comme passagers. Pendant la traversée, les officiers et l'équipage se mécontentèrent de la conduite de Landais et l'obligèrent à abandonner le commandement. M. Arthur Lee était particulièrement irrité contre lui, et c'est principalement sur son témoignage, lors de son jugement en conseil de guerre, que Landais fut renvoyé du service, au motif qu'il n'avait pas toute sa raison.
La conduite de Jones, qui abandonna ainsi son commandement, a été longuement commentée par ses biographes et diversement expliquée. L'opinion commune est que, s'il avait vraiment voulu reprendre son commandement, il aurait pu monter à bord de l'Alliance avec ses officiers dès qu'il apprit que Landais s'en était emparé ; il n'aurait rencontré aucune résistance de Landais, ou, si celui-ci s'était risqué à la violence, Jones, étant dans son droit, n'aurait pas été blâmable des conséquences. La conduite de Jones pendant cette extraordinaire affaire semble peu conforme à son caractère de combattant hardi et résolu, et n'ajoute rien à sa réputation.
L'éditeur ajoute en note : Landais et son premier lieutenant, Degge, furent tous deux jugés par un conseil de guerre tenu à bord de l'Alliance en novembre 1780, sous la présidence du capitaine John Barry ; tous deux furent condamnés « à être cassés, renvoyés et déclarés incapables de servir désormais dans la marine américaine ».
The Logs of the Serapis, Alliance, Ariel, under the command of John Paul Jones, 1779-1780, éd. John S. Barnes, New York, Naval History Society, 1911, p. 89 à 92 (la fin du journal de l'Alliance, puis le début de celui de l'Ariel) — lire la page originale, en anglais
Le journal écrit « Landy » : c'est ainsi que les marins américains prononçaient son nom.
Commence modéré et clair ; occupés à haler le brick depuis le bord jusqu'au quai ; la marée descendante se faisant, n'avons pu l'y amener. Revenus avec le canot et les hommes. Le capitaine Landy vint à bord et prit le commandement, par ordre du Congrès, dit-il ; ses ordres furent lus aux officiers et à l'équipage. Le capitaine Landy ordonna à tous les officiers qui appartenaient au défunt Bonhomme Richard, du capitaine Jones, de descendre à terre, ainsi qu'à tout autre officier qui ne le reconnaîtrait pas pour capitaine de l'Alliance. Les officiers du capitaine Jones descendirent à terre. Le capitaine Jones partit pour Paris.
Fin du journal de l'Alliance.
Beau temps clair ; tous les officiers à terre attendent des ordres. […] Le 16, ordre aux officiers de se rendre à bord de la frégate l'Ariel, dans le port de Lorient, prise au service des États-Unis.
Commence par un temps clair et modéré. Allé à bord du navire l'Alliance avec un ordre du commandant pour le capitaine Landy, au sujet des hommes qui appartenaient au défunt Bonhomme Richard ; mais le capitaine Landy refusa de les laisser descendre à terre sans un ordre du capitaine Jones. À 3 heures de l'après-midi, l'Alliance tira un coup de canon et hissa un pavillon américain en tête du petit mât de hune, signal pour demander un pilote afin de descendre à Port-Louis ; à 5 heures de l'après-midi, l'Alliance tira un salut de 15 coups.
Le 19, MM. Lunt et Stacey allèrent à bord de l'Alliance et rapportèrent leurs effets à terre ; l'Alliance tira un coup de canon et hissa un signal pour qu'un pilote la conduise à l'île de Groix. Le 20 au matin, l'Alliance fut halée jusqu'à Port-Louis ; à 7 heures et demie, le capitaine Jones arriva de Paris. Le 21 au matin, l'Alliance fut halée hors de Port-Louis et appareilla toutes voiles dehors ; M. Lunt et moi-même allâmes à bord de l'Alliance chercher les hommes du défunt Bonhomme Richard ; le capitaine Landy refusa de laisser descendre les hommes, comme aussi les provisions du capitaine Jones et son canot.
The Logs of the Serapis, Alliance, Ariel, under the command of John Paul Jones, 1779-1780, éd. John S. Barnes, New York, Naval History Society, 1911, annexe H, p. 137 et 138, d'après le récit de Nathaniel Fanning (1806) — lire la page originale, en anglais
Nathaniel Fanning était aspirant à bord de l'Alliance, du côté de Jones. Il écrit « le capitaine L—— » sans donner le nom en entier, et se trompe sur la date : c'était le 12 juin, et non le 23.
Les charpentiers firent alors de grands changements à bord de la frégate l'Alliance, dans presque toutes les parties du navire, ce qui coûta aux États-Unis une dépense énorme et inutile. […] L'Alliance fut cependant prête à prendre la mer vers la mi-juin 1780, et n'attendait plus qu'un vent favorable pour partir pour l'Amérique.
Vers ce temps-là, nous apprîmes que le capitaine L——, qui avait commandé ce navire, était arrivé à Lorient, mais il paraît qu'il y circulait incognito. Malgré cela, il ne tarda pas à paraître publiquement sur la scène et à y jouer un premier rôle, comme on va le voir. Un jour (c'était, je crois, le 23 juin), à 2 heures de l'après-midi, les officiers du capitaine Jones (ceux qui n'étaient pas à terre) étaient en bas à dîner, et le capitaine Jones était descendu à terre dîner chez le commandant de la place. Les officiers de L—— étaient alors presque tous sur le gaillard d'arrière (étant sans doute du complot) ; la première chose que nous en sûmes, nous qui étions en bas, fut que nous entendîmes au-dessus de nous trois hourras retentissants. Une manœuvre si soudaine nous surprit, et nous montâmes sur le gaillard d'arrière aussi vite que nos jambes pouvaient nous porter. Là, L—— se promenait de long en large, un papier à la main, et les vergues étaient garnies de monde. Il ordonna aussitôt à M. Degge, autrefois son premier lieutenant, de faire monter sur le pont tous les officiers du capitaine Jones, car il avait quelque chose à leur dire. Ils furent tous rassemblés, et dès qu'ils parurent, tenant en même temps sa commission à la main, il leur parla à peu près en ces termes (car il ne parlait pas très bien l'anglais) :
« Voyez ici, messieurs, la commission que le Congrès m'a donnée pour cette frégate ; et vous voyez que je la commande maintenant ; et qu'il n'y a pas un homme en France qui ait le droit de m'ôter cette commission ; donc, messieurs, vous tous qui ne me reconnaissez pas pour capitaine de ce navire, vous devez aller à terre tout de suite, en emportant vos bagages et tout ce qui vous appartient. »
Il ne nous restait donc qu'à obéir à ces ordres ; de sorte que tous les officiers qui avaient servi à bord du Bonhomme Richard sous le capitaine Jones furent obligés de quitter l'Alliance, à l'exception d'un ou deux qui choisirent de rester à bord. Mais L—— interdit à tout homme de l'équipage de quitter le navire. Environ trois quarts d'heure plus tard, l'Alliance, avec l'aide d'une partie des équipages de plusieurs vaisseaux de guerre qui se trouvaient dans le port, leva ses ancres, fit voile, passa devant la citadelle sans être inquiétée, et vint mouiller sous l'île de Groix, hors de portée de canon des fortifications françaises.
Jones était à terre quand cette singulière manœuvre eut lieu, et n'en sut rien avant que l'Alliance fût à l'ancre en sûreté, comme je viens de le dire. Jamais, j'en suis sûr, homme ne fut dans une si terrible colère. […] Il obtint du commandant et du général français la permission de s'emparer d'une galère à rames qui était au quai, armée de deux canons de dix-huit livres à l'avant et d'un à l'arrière, avec seize avirons et des voiles latines. On lui donna aussi pour cette expédition trois cents soldats français (si je ne me trompe), embarqués en partie sur la galère, le reste dans des canots. […] Tout étant prêt, la petite escadre sortit du port sous pavillons américain et français et fit route vers l'île de Groix, où l'Alliance était au mouillage. Le capitaine de celle-ci envoya un parlementaire au commandant de l'expédition, avec ce message : « S'ils viennent à portée de mes canons, je les coulerai. » La petite flotte resta alors quelques minutes sur ses avirons, après quoi elle fit demi-tour et rentra au port, sans en savoir plus qu'au départ.
Fanning précise en note que L—— avait été prévenu de leur venue et se tenait prêt à les recevoir chaudement, tout l'équipage à son poste de combat ; la flottille s'était arrêtée à environ un mille de l'Alliance.
Trois vaisseaux de ligne français étaient alors dans le port, et Jones, avec l'aide du commandant, essaya d'obtenir de l'amiral français qu'il fît sortir un ou deux de ces vaisseaux pour forcer l'Alliance à rentrer au port. Mais l'amiral refusa, et dit au capitaine Jones qu'il ne se mêlerait pas de la querelle entre lui et le capitaine L——. […] Le fait est que ce même amiral français était, à ce moment même, aussi avant dans l'affaire que L—— lui-même, de même que le commandant de la citadelle, qu'on appelait le fort Louis. L—— était allé plusieurs fois dans ce dernier endroit, comme à bord de l'amiral français, où le complot, ou la conspiration, d'enlever l'Alliance des mains de Jones fut d'abord agité, puis mûri, et réussit comme je l'ai raconté.
Wikipédia en anglais, article « Quibéron mutinies », version du 14 août 2026 — lire la page originale, en anglais
Les mutineries de Quiberon sont une série de mutineries survenues dans l'escadre de Brest de la marine française en septembre 1793, au plus fort de la Terreur. Elles fournirent aux Jacobins des raisons et des prétextes pour épurer la Marine de la plupart de ses officiers issus de l'aristocratie. L'événement fut interprété à la fois comme l'aboutissement de la désorganisation de la marine française depuis 1790, et comme une cause de sa désorganisation dans les années suivantes.
Après plusieurs mois de croisière, une grande escadre stationnée devant Quiberon se mutina et exigea de rentrer au port. Les mutins prirent prétexte de la reddition de Toulon à une force anglo-espagnole, arguant que leur présence à Brest était nécessaire pour empêcher des conspirateurs royalistes de livrer Brest à son tour ; devant une rébellion ouverte, et incapable de maintenir la discipline et l'ordre, le vice-amiral Morard de Galles prit sur lui d'ordonner le retour à Brest.
En conséquence, le représentant en mission Jeanbon Saint-André, l'expert naval de la Convention nationale, fut appelé à Brest pour rétablir l'ordre et réorganiser la Marine. La répression qui suivit fit relativement peu de victimes dans la Marine, mais invoqua un prétendu complot royaliste d'officiers de marine fidèles à l'Ancien Régime pour expliquer l'incident. Plusieurs officiers furent relevés de leurs fonctions et arrêtés, dont deux amiraux.
L'effondrement de la monarchie absolue avec la Révolution française eut un effet considérable sur la marine française : la Marine était étroitement liée à la monarchie par son corps d'officiers, largement recruté dans la noblesse et formé à des disciplines très techniques ; elle dépendait aussi énormément des fonds et des approvisionnements nécessaires à l'entretien des navires et des équipages. L'effondrement du pouvoir royal déplaça l'autorité vers les pouvoirs locaux, les municipalités révolutionnaires, à la fois rivales des anciens centres d'autorité de l'Ancien Régime et rivales possibles du pouvoir central à Paris.
La flotte était affaiblie par les difficultés d'approvisionnement, comme un manque chronique de vêtements, qui faisait beaucoup souffrir les équipages en mer. À Quiberon, les équipages étaient coupés de la terre et commencèrent à manquer de vivres. Après quatre mois de mer, on ne les nourrissait presque plus que de salaisons.
Une indiscipline chronique régnait dans les équipages : des marins quittaient leur navire après les revues, ou refusaient de partir, disant qu'on les faisait naviguer pour livrer les navires aux Anglais ; les municipalités devaient intervenir pour aider la Marine à les convaincre d'obéir. Le climat se dégrada au point que, dans la nuit du 6 août, une partie du gréement dormant du Northumberland fut sabotée. En mars, après l'envoi du Jean-Bart et du Trajan à Vannes, une part importante de leurs équipages déserta. En mai, devant la dépréciation rapide de la monnaie, les hommes des frégates l'Engageante et la Proserpine refusèrent d'embarquer à moins d'être payés d'avance ; le 17 mai, 150 hommes de la Proserpine, sur un effectif de 260, manquèrent à l'appel. Certains marins estimaient de leur devoir de surveiller leurs propres officiers, et se considéraient, en tant que représentants du peuple français, comme des sources légitimes d'autorité.
Les marins avaient perdu confiance dans leurs officiers, qui se méfiaient d'ailleurs les uns des autres. Les officiers issus de la marine royale de l'Ancien Régime, les « officiers rouges », méprisaient ouvertement le nouvel ordre social de la Première République, et étaient particulièrement exaspérés par le manque de discipline qu'engendrait la philosophie de l'égalité, qu'ils jugeaient très nuisible à l'organisation de la Marine. Pourtant, certains d'entre eux, Morard de Galles le premier, étaient réellement attachés à la République et à ses principes égalitaires — d'autant plus qu'ils espéraient que l'avènement de la République comblerait le vide d'autorité laissé par l'effondrement de la monarchie. D'autres, comme Kerguelen ou Lemarant-Boissauveur, avaient subi des humiliations de la part de l'institution navale de l'Ancien Régime, et doublaient la fidélité républicaine de leurs convictions politiques d'un ressentiment personnel contre l'ordre ancien. Le contre-amiral Landais pousserait la ferveur et la suspicion révolutionnaires jusqu'à dénoncer Lelarge et Morard de Galles comme suspects, et serait jugé paranoïaque par Jeanbon Saint-André.
De leur côté, les officiers venus de la marine marchande se sentaient insultés par l'arrogance qu'ils prêtaient à leurs camarades, et doutaient de la sincérité de leur attachement à la République. Le capitaine Coëtnempren serait arrêté puis envoyé à la guillotine sur la dénonciation d'un officier subalterne qui l'accusait de retarder son avancement parce qu'il était un roturier de la marine marchande. En raison des désertions d'officiers supérieurs d'origine noble ou de convictions royalistes, ces officiers marchands furent promus très vite pour combler les rangs ; cela transforma la composition sociale de l'état-major de la marine, et porta au commandement des officiers de peu d'expérience.
En janvier 1793, Morard de Galles fut promu vice-amiral et reçut le commandement de l'ensemble des forces navales de Brest. Conscient du triste état de sa flotte, il écrivit au Comité de salut public pour exprimer ses inquiétudes, mais ne fut pas écouté.
La France déclara la guerre à la Grande-Bretagne le 1er février 1793, et les Anglais prirent très vite contact avec les forces de la guérilla royaliste en Vendée et en Bretagne. Il fallut donc non seulement protéger les convois marchands français dans la Manche, mais aussi patrouiller le long des côtes de France pour empêcher tout secours anglais d'atteindre les Chouans.
Le 8 mars, Morard de Galles reçut l'ordre de sortir de Brest avec une division de trois vaisseaux et sept frégates. Peu après leur départ, une tempête dispersa la division et la força à rentrer au port, où elle arriva le 19. La même tempête obligea une autre division, sous le capitaine Duval, à rebrousser chemin ; Duval était en fait mort à bord du Tourville, tué par une poulie détachée alors qu'il tentait d'assurer une voile, ses hommes ayant refusé d'obéir à ses ordres.
À la mi-septembre, le capitaine Villaret-Joyeuse mouilla à Quiberon les vaisseaux de 74 canons le Trajan et le Jean-Bart, pour empêcher les communications entre les Anglais et les Chouans. Ces forces furent bientôt jugées insuffisantes, et des vaisseaux venus de Brest, de Lorient et de Rochefort vinrent peu à peu renforcer l'escadre de Villaret. Le 22 mai, les forces réunies à Quiberon étaient si considérables que Morard de Galles fut envoyé en prendre le commandement, avec quatre vaisseaux de ligne de plus. En juin, les trois-ponts le Terrible et la Bretagne se préparèrent à partir sous le contre-amiral Lelarge, mais les équipages refusèrent d'appareiller, et les officiers durent demander l'aide des municipalités pour imposer leur autorité à leurs propres hommes. Au début de septembre 1793, Morard commandait une escadre de 22 vaisseaux de ligne et 13 frégates.
Note du site : l'article écrit « à la mi-septembre », sans doute par erreur, puisque la suite du récit se déroule en mai et en juin.
La mission de Morard était double : protéger les convois qui rentraient contre les déprédations de la Royal Navy, et surveiller et bloquer les départements tentés par la chouannerie. Ces instructions étaient en réalité contradictoires : protéger les convois exigeait de croiser au large, alors que bloquer les Chouans demandait des navires aussi près de la côte que possible ; Morard ne pouvait donc remplir les deux missions sans diviser ses forces, et, de la station qu'on lui avait fixée devant Quiberon, entre Groix et Belle-Île, il ne pouvait remplir ni l'une ni l'autre. Morard écrivit en vain au ministre de la Marine, Jean Dalbarade, pour plaider en faveur d'un blocus des côtes d'Angleterre. Le contre-amiral Kerguelen écrivit :
La station donnée à notre armée était mauvaise politiquement et militairement. L'armée navale de la République n'y pouvait faire aucune prise. Elle pouvait au contraire y être attaquée par des forces supérieures, sans qu'aucune retraite lui permît de s'y soustraire, vu que la côte forme un golfe, sans la ressource d'aucun port ; que celui de Lorient ne peut abriter dix vaisseaux de ligne, et qu'en tout cas on n'y peut entrer qu'à pleine mer, ce qui est un grand inconvénient pendant un combat comme pendant une tempête. Il était donc absurde de tenir dans cette position dangereuse, pour la Marine et pour l'État, la totalité de nos forces navales de l'Océan.
Kerguelen écrivait en français ; le passage est ici retraduit de l'anglais, faute du texte original sous la main.
Morard écrivit à plusieurs reprises à Dalbarade pour lui demander d'éclaircir ses ordres, se plaignant qu'ils « se contredis[aient] à chaque paragraphe » ; il demanda même à être remplacé, mais en vain. Le 10 août, un conseil de guerre se tint à bord du Terrible, où tous les officiers supérieurs convinrent que l'état de la flotte devenait critique et qu'il était urgent de rentrer à Brest ; mais Dalbarade ne se laissa pas fléchir.
Au début de septembre, Morard reçut une troisième mission : intercepter un convoi hollandais, ce qui l'obligeait à détacher une division de cinq vaisseaux, divisant et exposant ses forces. Avant le départ de la division, le 12 septembre, les équipages apprirent la reddition de Toulon à une force anglo-espagnole, et le bruit commença à courir que Brest elle-même risquait d'être livrée par des conspirateurs royalistes ; les marins se mirent à soupçonner leurs officiers de prolonger la croisière pour communiquer avec les Chouans et les royalistes. Une députation des équipages, composée des aspirants Crevel et Baron, de l'Auguste, alla trouver Morard pour exiger qu'il fît aussitôt voile pour Brest. Morard répondit qu'il ne rentrerait que sur ordre du gouvernement.
Le 14 septembre, Morard découvrit les huniers parés au départ sur le Suffren, le Tourville, la Convention, l'Achille, le Superbe, l'Auguste, le Northumberland et la Révolution. Jugeant que ses officiers ne pouvaient plus exercer leur autorité sur leurs propres équipages, et craignant qu'une partie de ses forces ne parte en laissant le reste encore plus exposé, Morard fit le tour de ses vaisseaux les moins sûrs avec Kerguelen et Landais, et organisa un conseil : pour ménager les hommes, une assemblée de la flotte se tiendrait à bord du Terrible, en présence de tous les amiraux et capitaines, chaque navire y étant représenté par un marin.
Le conseil demanda à l'unanimité le retour à Brest, mais Morard lut les ordres de la Convention et prononça un discours qui le convainquit de demander de nouveaux ordres à la Convention nationale. On décida que l'escadre appareillerait pour escorter un convoi mouillé depuis plusieurs jours devant le Morbihan. La frégate la Bellone, qui l'escortait, s'était échouée en arrivant, et son équipage avait refusé d'exécuter les ordres, empêchant ses officiers de la renflouer. Cependant, dans sa lettre à la Convention, Morard avait ajouté que, l'ordre ne devant durer que jusqu'à ce que les vents deviennent favorables au retour à Brest, il était résolu, pour sauver l'apparence de l'autorité, à rentrer à Brest au plus tôt en tout état de cause.
La flotte partit le 19 septembre, dès que les vents furent favorables. Le lendemain, elle rencontra une frégate qui portait le député Tréhouart de Beaulieu ; il fut accueilli à bord et tint un nouveau conseil. Là encore, on jugea que la flotte n'était pas en état de poursuivre sa mission et devait rentrer à Brest ; Tréhouart en donna l'ordre, dans l'intérêt de la sûreté des navires et pour sauver l'apparence du commandement. La flotte arriva à Belle-Île le 26, et en rade de Brest le 28 septembre.
Au retour de la flotte, plus de 600 hommes furent hospitalisés, atteints du scorbut à cause de la mauvaise nourriture qu'ils avaient eue à bord. Toute communication d'un navire à l'autre ou avec la terre fut strictement interdite, et Tréhouart ouvrit aussitôt une enquête sur les faits ; en quatre jours, il fit arrêter trente hommes et les envoya en détention au château de Brest.
Tréhouart usa ensuite de tout le pouvoir de la loi des suspects, votée depuis peu. Cette loi ordonnait d'arrêter non seulement quiconque était coupable de déloyauté, mais aussi ceux qui n'avaient pas constamment montré leur attachement à la République, et même ceux qui avaient émigré entre le 1er juillet 1789 et le 8 avril 1792, fussent-ils rentrés en France dans les délais fixés par la loi ; ce dernier point prit au piège beaucoup d'officiers de l'ancienne marine royale. Un grand nombre de marins et d'officiers furent ainsi arrêtés.
Le 3 octobre, les représentants en mission Joseph Laignelot et Joseph Lequinio destituèrent le contre-amiral Latouche-Tréville, qui venait d'être nommé au commandement de l'escadre de Brest. Le lendemain, les représentants en mission Jeanbon Saint-André et Prieur de la Marne arrivèrent à Brest. Ils rattachèrent les mutineries aux révoltes fédéralistes et les comparèrent à la reddition de Toulon, déjà invoquée par les mutins pour justifier leur volonté de rentrer à Brest ; ils en déduisirent l'existence d'un complot royaliste ou girondin pour détruire la flotte.
Jeanbon Saint-André et Prieur de la Marne lancèrent l'épuration des officiers nobles, destituant les vice-amiraux Kersaint et Girardin, les contre-amiraux Lavilléon et Lelarge, et 71 capitaines de vaisseau. Parmi ceux qui étaient directement mêlés aux mutineries de Quiberon, le vice-amiral Morard de Galles, le contre-amiral Lelarge, le contre-amiral Kerguelen et le capitaine Boissauveur furent relevés de leurs fonctions ; Morard de Galles fut arrêté et détenu dix-huit mois. Les capitaines Thomas, Duplessis-Grenédan et Coëtnempren furent envoyés devant le Tribunal révolutionnaire, et les capitaines Bonnefoux et Richery furent arrêtés. Les capitaines Coëtnempren, Gras-Préville, Brach, Cuers de Cogolin, Duplessis de Grenédan et plusieurs autres officiers furent plus tard condamnés à mort et exécutés, sous prétexte qu'ils auraient fait échouer un plan pour intercepter un convoi hollandais.
Par le même décret, le capitaine Villaret-Joyeuse, qui avait su maintenir l'ordre à bord du Trajan et entretenait de bonnes relations avec Jeanbon Saint-André, fut promu contre-amiral et reçut le commandement de la flotte de Brest. Vanstabel, Cornic et Martin furent promus contre-amiraux. Ces dispositions préparèrent la campagne de l'Atlantique de mai 1794 et la bataille du 13 prairial an II (1er juin 1794).
L'article s'appuie notamment sur William S. Cormack, Revolution and Political Conflict in the French Navy 1789-1794 (Cambridge, 2002), sur Léon Guérin, Prosper Levot et Onésime Troude, sur la relation de Kerguelen (1796), et sur le rapport de Jeanbon Saint-André (1793), où figure le mémoire du contre-amiral Landais sur les signaux suspects.
Louis Arthur Norton, « The Revolutionary War's Most Enigmatic Naval Captain: Pierre Landais », Journal of the American Revolution, 17 juillet 2018 — lire la page originale, en anglais
L'historien américain Louis Arthur Norton dresse de Pierre Landais un portrait très sévère, écrit presque entièrement d'après ses adversaires : John Paul Jones, John Adams, Nathaniel Fanning et les officiers de l'Alliance.
Avant l'Alliance. Ancien officier de la marine marchande, Landais a d'abord transporté des armes pour Beaumarchais, dont la maison de commerce fictive, Hortalez et Cie, faisait passer des armes françaises aux Américains par les Antilles. Devenu citoyen d'honneur du Massachusetts, il reçoit le commandement de l'Alliance le 18 juin 1778. John Adams, qui voyage avec lui, le décrit dans son journal (12 mai 1779) comme un homme jaloux de tout, qui ne sait pas traiter ses officiers, indécis et persuadé qu'on complote contre lui.
La brouille avec Jones. Le 25 août 1779, au large de l'Irlande, Landais veut poursuivre une prise dans la brume ; Jones le lui interdit ; Landais l'accuse d'avoir fait perdre les canots, et le provoque en duel à l'épée — Jones propose de remettre le duel à la terre ferme. L'auteur rappelle aussi l'abordage accidentel entre le Bonhomme Richard et l'Alliance dans le golfe de Gascogne, où Landais, croyant à une mutinerie, serait descendu s'armer au lieu de changer de route.
Le combat du 23 septembre 1779. Selon l'auteur, Landais ignore d'abord le signal de Jones, puis l'Alliance tire à mitraille à trois reprises sur les deux navires accrochés l'un à l'autre, faisant surtout des victimes à bord du Bonhomme Richard. Il cite un témoignage selon lequel Landais aurait confié à un colonel français qu'il voulait laisser le Serapis couler le Richard pour prendre ensuite la frégate anglaise et apparaître comme le vainqueur.
De Hollande à Lorient. Au Texel, Jones l'accuse d'incompétence et lui prend l'Alliance ; Landais lui rappelle le duel promis, puis se bat à l'épée avec le capitaine Cottineau, de la Pallas, qu'il blesse gravement. Soutenu par Arthur Lee, rival de Franklin, il reprend son navire à Lorient le 13 juin 1780 [le journal de bord dit le 12], pendant que Jones est à terre. Jones reçoit un ordre d'arrestation, une flottille et des soldats, mais n'accompagne pas l'expédition, qui se retire quand Landais menace de la couler ; Jones fait alors lever le barrage du port, pour éviter, dit-il, de verser le sang entre alliés. L'Alliance prend la mer le 8 juillet.
La traversée. L'auteur raconte une traversée faite de disputes : avec le capitaine des soldats de marine, Matthew Parke, qu'il fait consigner ; avec Arthur Lee, qu'il menace d'un duel ; avec son lieutenant Degge, qu'il poursuit sur le pont. Le 5 août, l'équipage refuse ses ordres ; sur les bancs de Terre-Neuve, il fait rejeter à la mer le poisson pêché, malgré le chirurgien. Les officiers finissent par confier le commandement au lieutenant Degge ; Landais reste dans sa chambre jusqu'à l'arrivée à Boston, d'où on l'emmène de force.
Le jugement et la suite. Le conseil de guerre le reconnaît coupable de quatre chefs d'accusation : sa commission est révoquée et il est déclaré inapte au service de la marine américaine. L'auteur termine par son retour en France, son commandement de 1792, les mutineries qui ramènent son escadre à Brest et la révocation de sa commission le 26 octobre 1793, puis son retour à New York en 1797 pour réclamer ses parts de prise ; le Congrès lui verse 4 000 dollars en 1806, le Sénat refuse la suite en 1815, et il finit ses jours pauvre à New York.
Note du site : l'article ne donne que la version de ses adversaires. Pierre Landais a répondu point par point à ces accusations dans son Mémoire imprimé à Boston en 1784 et dans ses lettres à Franklin, dont la traduction est sur ce site.