Biographie · Génération IV
Brest, janvier 1821 — Cherbourg, 23 octobre 1849
Fils de Louis-François Le Normant de Kergrist · frère de Thomas · et de Céline, épouse d'Édouard Cadiou · oncle de Marie Cadiou

Il porte le nom de son père, et il en suit la route. Né à Brest en 1821, pendant que le capitaine croisait en Méditerranée, Louis-François-Joseph Le Normant de Kergrist entre à l'École navale, part avec la Coquette dans le sillage de la Belle-Poule, et se bat sur le Paraná, pendant la guerre que la France et l'Angleterre mènent au dictateur Rosas : il en revient chevalier de la Légion d'honneur, à vingt-six ans. Officier de l'Africaine aux Antilles, l'année où l'esclavage y est aboli, il rentre en France à l'automne 1849. Il débarque à Cherbourg, demande à rejoindre Brest, où son père l'attend. Douze jours plus tard, le choléra l'emporte en moins de cinq heures. Il avait vingt-huit ans.
En janvier 1821, le capitaine Louis-François Le Normant de Kergrist est à Toulon, à peine rentré d'une longue campagne sur l'Écho, quand il apprend la naissance de son deuxième fils. Mary-Ann, son épouse anglaise, a voulu lui donner le prénom de son père : il s'appellera Louis-François, comme lui — Louis-François-Joseph. Quelques semaines plus tard, le père repart déjà pour le Levant.
L'enfant grandit à Brest, dans une maison pleine : Thomas, l'aîné, né en Angleterre en 1813, Marie-Thérèse, puis, après lui, Céline en 1823 et Marie-Élise en 1827. La maison vit au rythme des départs et des retours du père, des lettres qui arrivent des ports lointains, et de ce français que Mary-Ann apprend à parler aussi bien que sa langue.
Louis est le petit dernier des garçons, celui qui écoute les récits de mer avec des yeux ronds. À onze ans, il ne rêve que de rejoindre son grand frère, déjà parti dans la Marine ; il fabrique de petits navires dans la cour, recopie des cartes marines, et demande dans ses lettres si Thomas, à son âge, avait déjà la même passion. Le père sourit, et rappelle la discipline et les sacrifices qu'exige la mer. Il nourrit pourtant en secret l'espoir de voir un jour ses deux fils servir ensemble sous le même pavillon.
Vers seize ans, Louis se prépare au concours de l'École navale. En 1838, pour la première fois, les deux fils du capitaine sont engagés dans la Marine : Thomas, jeune officier, navigue au loin ; Louis est élève à bord de l'Orion, le vieux vaisseau amarré dans la rade de Brest qui sert d'école. Le père, que le ministère tient à terre, suit de près les progrès de ses fils, interroge leurs instructeurs, lit leurs lettres.
Deux ans à bord de l'Orion : les mathématiques et l'astronomie, la manœuvre et le canonnage, les embarcations dans la rade par tous les temps, puis les premières campagnes d'instruction. Au sortir de l'École, Louis devient élève de première classe — l'officier en apprentissage des vaisseaux de l'époque.

Le 18 mai 1842, la corvette la Coquette, vingt canons, est armée à Brest sous le commandement du capitaine de corvette Larrieu. Parmi ses officiers figure « Le Normant de Kergrist, élève de première classe, faisant fonctions d'officier » : à vingt et un ans, Louis tient le quart comme un officier.
La Coquette a une mission d'honneur : elle navigue en conserve de la Belle-Poule, la frégate du prince de Joinville, le fils du roi Louis-Philippe, celle-là même qui a ramené de Sainte-Hélène les cendres de Napoléon. La campagne mène les deux navires à Lisbonne puis au Brésil, où le prince épouse à Rio de Janeiro, le 1er mai 1843, la princesse Francisca, sœur de l'empereur Pierre II.
Le 16 novembre 1843, Louis est nommé enseigne de vaisseau. Il est de la même promotion que Charles Meryon, qui quittera bientôt la Marine pour devenir le grand graveur de Paris, et qu'Ernest Mouchez, futur directeur de l'Observatoire.


La Coquette ne rentre pas en France avec la Belle-Poule : elle reste en station sur les côtes du Brésil et de la Plata. Louis y passe près de quatre ans, entre Rio, Montevideo et l'estuaire immense du Río de la Plata.
En 1845, la France et l'Angleterre entrent en guerre contre le gouverneur de Buenos Aires, Juan Manuel de Rosas, qui assiège Montevideo et ferme les fleuves au commerce étranger. Le 20 novembre 1845, l'escadre anglo-française force le passage de la Vuelta de Obligado, sur le Paraná, et escorte un grand convoi de navires marchands jusqu'à Corrientes. Tout au long du fleuve, les troupes du général Mansilla les harcèlent depuis les hautes berges, les barrancas.
Au retour, en 1846, le convoi de plus de cent navires doit redescendre le Paraná sous les canons que Mansilla a postés à San Lorenzo. Les marins de l'escadre dressent une batterie sur une île, en face, pour couvrir le passage ; le convoi passe, au prix de quelques navires échoués et brûlés. Louis-François-Joseph est de ceux qui s'y distinguent.
Le 3 juillet 1847, une ordonnance du roi le nomme chevalier de la Légion d'honneur, avec les officiers et marins qui se sont « particulièrement distingués » dans l'affaire des barrancas de San Lorenzo. Il a vingt-six ans. Le Moniteur publie son nom le 10 juillet : « Le Normand de Kergrist (Louis-François-Joseph), enseigne sur la Coquette ».

À peine rentré, Louis repart. Le 23 septembre 1847, la frégate l'Africaine, quarante canons, est armée sous le commandement du capitaine de vaisseau Fabvre ; elle porte le pavillon du contre-amiral Kerdrain, qui commande la station des Antilles. Louis est l'un de ses enseignes. Il sera loin de France vingt-deux mois.
C'est là, à la Martinique et à la Guadeloupe, qu'il vit l'année 1848. En février, la révolution renverse Louis-Philippe, dont il a escorté le fils six ans plus tôt ; le 27 avril, la République abolit l'esclavage dans toutes les colonies. Aux Antilles, les esclaves n'attendent pas l'arrivée du décret : à Saint-Pierre de la Martinique, le soulèvement du 22 mai 1848 arrache l'abolition dès le lendemain, et la Guadeloupe suit quatre jours plus tard.
Le 1er mai 1849, à vingt-huit ans, Louis est promu lieutenant de vaisseau. Vingt-six ans plus tard, son frère Thomas deviendra gouverneur de cette même Martinique.

À l'automne 1849, Louis rentre enfin, passager du brick le Griffon, qui revient des Antilles. Le 11 octobre, à peine débarqué à Cherbourg, il écrit au major de la marine pour demander à regagner Brest à ses frais : son père, qui vient de prendre sa retraite, l'y attend avec impatience, rue de la Rampe.
Mais le choléra est à Cherbourg. Le lundi 22 octobre, il emporte un enseigne du Griffon, Emmanuel Boëlle, vingt et un ans, né à Brest lui aussi. Le lendemain, mardi 23 octobre 1849, c'est le tour de Louis. « Il a succombé en moins de cinq heures à une attaque foudroyante de l'épidémie », écrit le journal de la ville. Il meurt quai Ouest du Bassin, à vingt-huit ans, sans avoir revu les siens.
À Brest, Mary-Ann guettait chaque bruit de pas dans la rue. C'est Louis-François qui entre, une lettre à la main, et qui ne peut que dire : « C'est de Cherbourg… notre fils… » Ce soir-là, elle garde longtemps entre ses mains le petit portrait de Louis peint à l'aquarelle.
Au début de novembre, le vapeur le Phénix quitte Cherbourg en emportant à Brest les restes du lieutenant de vaisseau Le Normant de Kergrist et de l'enseigne Boëlle. Louis revient dans sa ville, comme il l'avait demandé, mais trop tard. Son père lui survivra dix ans ; Thomas deviendra amiral ; Céline, qui a épousé Édouard Cadiou deux ans plus tôt, élèvera à Brest leurs trois enfants, Marie, Louis et Paul.
Élève de l'École navale, enseigne sur la Coquette au Brésil et sur le Paraná, chevalier de la Légion d'honneur en 1847, officier de l'Africaine aux Antilles, mort du choléra à Cherbourg le 23 octobre 1849 : Louis-François-Joseph Le Normant de Kergrist (1821-1849), fils du capitaine de vaisseau du même nom.
Sources : livre « Louis-François Le Normant de Kergrist » ; État général de la marine (1843-1849) ; Le Moniteur universel, 10 juillet 1847 ; Léonore, LH/1590/8 ; Le Phare de la Manche, octobre-novembre 1849. Sa biographie complète est sur cette bibliothèque.