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Biographie · Génération VI

Jean-Jacques La Biche (Labiche)

Brest, 29 janvier 1739 — océan Indien, nuit du 31 décembre 1788 au 1er janvier 1789

Gendre de Jacques Blondela de Taisy · beau-frère de François Blondela de Taisy · père de Jean-Jacques, lieutenant de l'Uranie · grand-père d'Ange Duval · et de Marcellin Duval

Portrait peint d'un homme à perruque poudrée, habit bleu de roi à parements rouges, jabot de dentelle, la main posée sur un livre près d'une trousse de chirurgien
Jean-Jacques La Biche. Portrait réalisé à partir de la description du personnage.

Fils d'un graveur de l'arsenal, il est entré dans la Marine à seize ans avec une trousse de chirurgien, et n'en est jamais sorti. En trente-quatre ans de service, il a soigné les blessés des combats de la guerre de Sept Ans au large de l'Angola et des Antilles, ceux des trois batailles contre l'amiral Rodney, les scorbutiques d'une frégate partie cartographier l'océan Indien. Il a épousé la fille d'un officier du roi, quitté Brest alors qu'elle attendait leur dernière enfant, qu'il ne vit jamais. Dans la nuit du 31 décembre 1788, un ouragan engloutit sa frégate, La Vénus, au large de l'île Bourbon. On ne retrouva rien.

1739-1755Le fils du graveur

Gravure coloriée du XVIIIe siècle : le port de Brest vu d'une cale de construction, ouvriers, chaloupes, vaisseaux au mouillage dans la Penfeld, grands bâtiments de l'arsenal
Le port de Brest vu de la cale de construction, d'après Nicolas Ozanne, 1776. C'est dans cet arsenal que le fils du graveur a grandi et servi trente-quatre ans.

Jean-Jacques La Biche est baptisé le 29 janvier 1739 en l'église Saint-Louis de Brest. Son père, Jacques-Nicolas, est maître graveur ; il est venu de Sézanne, en Champagne, travailler dans la grande ville de la Marine. Sa mère se nomme Marie-Madeleine Laridon. Son parrain, Jean-Baptiste Moutier, est maître d'équipage ; sa marraine, Marie-Françoise La Biche, est sans doute une parente.

Il grandit au bord de la Penfeld, entre les cales de construction, les magasins, les corderies et les vaisseaux désarmés, dans le bruit des maillets et l'odeur du goudron. Le 5 janvier 1755, à quelques jours de ses seize ans, il est nommé aide-chirurgien auxiliaire de la Marine. Il ne quittera plus jamais le service.

1756-1757La campagne de L'Améthyste

En novembre 1756, la guerre de Sept Ans commence. Le ministre de la Marine fait partir de Brest une petite escadre de trois vaisseaux, deux frégates et une corvette, pour ruiner les établissements anglais d'Afrique. Jean-Jacques, dix-sept ans, embarque comme second chirurgien sur la frégate L'Améthyste, trente canons, commandée par le chevalier d'Herlye, qui navigue avec le vaisseau Le Saint-Michel.

À la côte d'Angola, après une traversée longue et inquiète, L'Améthyste se trouve seule au milieu de quatre navires anglais à l'ancre qui ouvrent le feu sur elle pendant près de deux heures. Les chaloupes des deux bâtiments français s'élancent à l'abordage ; on se bat une demi-heure au sabre ; le second de la frégate, sautant le premier à bord, s'empare d'un des navires, et beaucoup d'hommes tombent blessés autour de lui. À Cabinda, le 7 avril 1757, les officiers signent avec le prince du pays un traité qui promet au roi de France un terrain pour y bâtir un fort. Puis l'escadre remonte vers la Martinique.

Aux Antilles, L'Améthyste croise au large d'Antigua et s'empare du Prince-de-Galles, vingt-deux canons. Le 24 octobre, de nuit, elle rattrape un corsaire de la Nouvelle-Angleterre, le Hornet, lui abat son mât de misaine et le fait sauter. Le 17 novembre, elle combat pendant six heures, à demi-portée de canon, un corsaire anglais de quarante canons, le Victorieux, tirant plus de huit cents coups ; un de ses canons crève et tue quatre hommes. Le corsaire finit par se rendre. Le 27 novembre 1757, après treize mois de campagne, la division mouille en rade de Brest.

1761-1779De grade en grade

Vue cavalière de Brest au XVIIIe siècle : la ville, la rivière Penfeld, l'arsenal et, sur l'autre rive, le quartier de Recouvrance
Brest, la Penfeld et Recouvrance au XVIIIe siècle. Il se marie à Saint-Sauveur, sur la rive de Recouvrance, et y soignera les ouvriers du port.

Le 1er février 1761, Jean-Jacques est aide-chirurgien entretenu, c'est-à-dire employé en permanence par la Marine. Le 1er avril 1767, second chirurgien, avec huit cents livres par an. Le 1er octobre 1771, il est chirurgien ordinaire de la Marine, son grade pour le reste de sa vie ; à bord, il portera le titre de chirurgien-major, chef du service de santé du navire. En 1776, il est membre de la loge brestoise L'Heureuse Rencontre.

Le 7 janvier 1777, à trente-sept ans, il épouse en l'église Saint-Sauveur, à Recouvrance, Marie-Charlotte Blondela, vingt-deux ans. Née à Saint-Malo le 16 juin 1754, elle a perdu sa mère, Françoise-Marguerite Landais, à onze ans ; son père, Jacques-Yves Blondela, écuyer, sieur de Taisy, est un officier de marine couvert de campagnes, capitaine de brûlot et chevalier de Saint-Louis. Il signe l'acte, avec un médecin du roi, Jean Herlin, et François Blondela, le frère de la mariée.

Un fils, Jacques-Henry, naît le 6 décembre 1777 ; il mourra à deux ans. Une fille, Françoise-Louise, naît le 17 juin 1780.

1780-1784Le Palmier contre Rodney

Gravure : les flottes française et anglaise en ligne de bataille, canonnade et fumée, au large de la Martinique
La bataille du 17 avril 1780 entre Guichen et Rodney, au large de la Martinique. Le Palmier y soutient le feu du vaisseau amiral anglais.
Gravure : la prise de Pensacola en 1781, navires dans la baie, fort et troupes à terre
La prise de Pensacola, en Floride, le 9 mai 1781, par les troupes françaises et espagnoles.

Au début de 1780, le comte de Guichen quitte Brest avec seize vaisseaux et quatre frégates pour escorter jusqu'à la Martinique un convoi de quatre-vingt-trois navires et quatre mille soldats. Jean-Jacques est chirurgien du Palmier, vaisseau de soixante-quatorze canons qui porte le pavillon du chef d'escadre, le baron de Monteil ; son capitaine est Keroullas de Cohars.

Le 17 avril 1780, au large de la Dominique, les deux flottes se canonnent pendant des heures. Le vaisseau amiral anglais, le Sandwich, monté par l'amiral Rodney, s'acharne contre Le Palmier pendant cinq quarts d'heure, puis se retire, très maltraité. On débarque les blessés à la Guadeloupe. Le 15 mai, nouveau combat : le capitaine du Palmier est touché à la jambe droite par la mitraille, et soixante-deux hommes sont blessés dans l'armée. Le 19 mai, troisième bataille. Pendant vingt-cinq jours, l'équipage n'a presque pas pris de repos ; et c'est au chirurgien et à ses aides que reviennent les blessés.

Le Palmier tient ensuite la mer aux Antilles, fatigué, faisant eau, avec un équipage trop réduit. En 1781, Monteil conduit l'escadre française au secours des Espagnols contre Pensacola, en Floride : la place capitule le 9 mai. En 1782, Jean-Jacques est de retour à Brest, chirurgien des ouvriers du port et des gens de mer de Recouvrance, avec quinze cents livres par an. Le 24 février 1784 naît un fils, Jean-Jacques, comme lui.

1784-1788La Vénus

Portrait gravé de François-Étienne de Rosily-Mesros en uniforme d'officier de marine
François de Rosily, le commandant de La Vénus, futur vice-amiral.

Le 25 décembre 1784, Jean-Jacques est nommé chirurgien-major de La Vénus, frégate de trente-huit canons commandée par François de Rosily, un jeune capitaine de vaisseau. La mission est longue et multiple : montrer le pavillon, ouvrir des routes de commerce, lever des plans et rectifier les cartes de l'océan Indien. Le 18 février 1785, La Vénus appareille de Brest. Marie-Charlotte est enceinte.

Deux jours après le départ, par un soir humide et froid où tous les cordages glissent, un gabier, Cahu, tombe de la grande vergue et s'écrase sur les passavants. On le porte à l'infirmerie ; le chirurgien-major le soigne de son mieux. On le croyait perdu : il s'en tire avec une cuisse cassée. Au Cap, où la frégate relâche six jours, sept matelots désertent, mais l'équipage se porte bien, grâce à la surveillance du second et du chirurgien-major sur les vivres et leur préparation.

Le 19 juillet 1785, à Brest, naît sa fille, Marie-Jacquette. Son grand-père Blondela la tient sur les fonts. Jean-Jacques ne la verra jamais.

La Vénus touche l'île de France, contourne Madagascar, mouille à Anjouan, à Quiloa, entre à Mascate devant les canons du fort, remonte le golfe Persique jusqu'à Bouchir et Karak, longe les côtes de Perse et du Sind. Les vivres frais manquent ; le biscuit est mouillé. Le 20 décembre 1785, à Mahé, sur la côte de l'Inde, on débarque soixante-quatre malades, presque tous sur leurs cadres, rongés par le scorbut ; après quarante jours de bons vivres, il n'en reste que cinq. En 1786, la frégate gagne Pondichéry et Chandernagor, sur le Gange. Cette année-là, les revues notent le chirurgien-major : « bon sujet, toujours à la mer ».

En 1787, La Vénus passe le détroit de Bab-el-Mandeb, touche Moka, remonte la mer Rouge jusqu'à Suez, où l'équipage, nourri de viandes salées dans une rade surchauffée, retombe dans le scorbut. Le 7 juillet 1787, au large de Socotra, les haubans cèdent : beaupré, mât de misaine, puis les deux autres mâts tombent à la mer. Personne n'est blessé. La frégate rejoint Pondichéry en vingt-trois jours, puis l'île de France, où elle reste six mois en réparation.

1788-1789L'ouragan

Gravure : la corvette l'Uranie au mouillage devant l'île de Rawak, pirogues et végétation tropicale
L'Uranie au mouillage à Rawak, en 1818. Son fils, lieutenant de vaisseau, y servait ; il mourra à bord quelques jours plus tard.
Planche botanique : rameau fleuri de Labichea lanceolata, fleurs jaunes et feuilles lancéolées
Labichea lanceolata : le genre de plantes d'Australie que le botaniste Gaudichaud dédia à son fils en 1825.

Le 17 avril 1788, à Brest, son beau-père Jacques-Yves Blondela meurt. La nouvelle ne l'atteindra pas. Au printemps, La Vénus est de nouveau dans le golfe du Bengale. À Pondichéry, le 18 juin 1788, Rosily échange son commandement avec M. de Tanouarn, malade, qui a besoin de rentrer en France. Plusieurs hommes suivent Rosily. Le chirurgien-major reste à bord de La Vénus, qui doit ramener Tanouarn en Europe.

À la fin de décembre, La Vénus quitte Port-Louis avec la frégate La Résolution. Elle emporte quatorze ou quinze enfants des meilleures familles de l'île de France. Le matin du 31 décembre 1788, les deux frégates quittent Saint-Paul, à l'île Bourbon. Dans la nuit, un ouragan les surprend. La Résolution, sans mâts ni gouvernail, regagne à grand-peine Port-Louis le 15 janvier. La Vénus a disparu, corps et biens. On n'en retrouva rien.

Jean-Jacques La Biche avait quarante-neuf ans et trente-quatre ans de service. Sa veuve obtint une pension, que la Révolution réduisit des deux tiers. Leur fils Jean-Jacques, mousse à huit ans sous les ordres de son grand-oncle Pierre Landais, devint lieutenant de vaisseau ; en 1814, sa mère écrivit à l'amiral de Rosily pour le rapprocher d'elle, au nom de celui qui avait fait sous ses ordres la campagne de La Vénus. Officier de l'Uranie de Freycinet, il mourut en mer le 9 janvier 1819 ; un botaniste de l'expédition donna son nom à un genre de plantes d'Australie, Labichea. Leur fille Marie-Jacquette épousa en 1805 un médecin de marine, Pierre-Marie Duval, et fut la mère de Marcellin et d'Ange Duval.