Biographie · Génération II
Brest, 27 juillet 1873 — Toulon, 8 septembre 1942
Fils de Joseph Maurice Nielly, médecin en chef de la Marine · Gendre de Marie Cadiou (M. Maryan) · arrière-petit-fils de Louis-François Le Normant de Kergrist · petit-neveu de Thomas Kirkland Le Normant de Kergrist · neveu à la mode de Bretagne de Paul Cadiou

Fils d'un médecin de la Marine, arrière-petit-fils d'un vice-amiral de la Révolution, René Nielly naît à Brest face à la rade et n'en quitte jamais tout à fait l'horizon. Madagascar avec Galliéni, une année d'Espagne, les patrouilles de la Grande Guerre de la mer du Nord au Portugal, puis le commandement de l'École navale, où il fonde le musée du souvenir des marins : quarante-trois ans de service, jusqu'aux deux étoiles de contre-amiral et au commandement de la Marine à Lorient. Il épouse Marguerite Deschard, la fille de la romancière M. Maryan, qui lui donne neuf enfants.
René Auguste Paul Nielly naît le 27 juillet 1873 à Brest, dans une ville qui ne vit que par sa rade et son arsenal. Son père, Joseph Maurice Nielly, est médecin de la Marine ; il a trente-huit ans et il écrira sur les maladies des pays chauds, dont une Hygiène des Européens dans les pays intertropicaux qui paraît en 1884. Sa mère, Marie-Louise Augustine Fournier, est la petite-fille de Louis-François Le Normant de Kergrist : le sang des marins coule des deux côtés.
René est le cadet de trois garçons : Maurice est né en 1868, Eugène en 1870. La famille habite au 1 de la rue du Château, au pied de la vieille forteresse qui garde l'entrée de la Penfeld. Dans la même ville, une rue porte le nom de l'amiral Nielly : son arrière-grand-père, Joseph-Marie Nielly, vice-amiral et baron, qui s'est battu contre les Anglais sous la Révolution et dont le musée de Brest garde le portrait. Deux de ses oncles sont sortis de l'École navale, en 1837 et en 1841.
L'année 1888 emporte d'un coup l'enfance. Le dimanche 9 septembre, à dix heures et demie du soir, le docteur Nielly meurt dans la maison de la rue du Château, à cinquante-trois ans, officier de la Légion d'honneur, muni des sacrements de l'Église. Les obsèques ont lieu trois jours plus tard ; le journal le dit « un de nos concitoyens les plus estimés ». La même année meurt aussi Maurice, le frère aîné, à vingt ans à peine. René en a quinze.

En 1890, à dix-sept ans, René entre à l'École navale. On y vit alors à bord du Borda, un vieux vaisseau mouillé en rade de Brest, où les élèves apprennent la manœuvre, l'astronomie et la discipline. Il en sort troisième de sa promotion. En mai 1891, il est déjà noté interprète d'espagnol, une langue qui comptera dans sa vie.
Il fait sa campagne d'application en 1892 et 1893 sur le croiseur-école Iphigénie, puis devient aspirant de première classe le 5 octobre 1893.
Le jeune officier a aussi un cousin poète : Paul Cadiou, cousin germain de sa mère, fils d'Édouard Cadiou et de Céline Le Normant de Kergrist. En 1896, Paul publie un recueil, Les Morts, et lui dédie un poème, « L'Ossuaire » : « Voici mai. Le printemps vient d'orner l'ossuaire… » Un autre poème du recueil, « Dernière demeure », est dédié à son frère Eugène.
Aspirant de majorité à l'état-major de l'amiral Brown de Colstoun, qui commande l'escadre du Nord sur le cuirassé Suffren, il apprend à voir la flotte depuis la passerelle d'un chef. Il passe ensuite sur l'aviso-torpilleur Salve, sur le cuirassé Victorieuse, sur la frégate-école Melpomène, et revient au Suffren.
Enseigne de vaisseau le 5 octobre 1895, il embarque sur le garde-côtes Terrible, à Toulon, comme officier de quart et à l'artillerie, en 1896 et 1897.
En 1898, René est officier de quart et de manœuvre sur le croiseur Lapérouse, dans l'océan Indien. Au printemps et à l'été, le navire porte le général Galliéni, gouverneur général, dans son voyage autour de Madagascar.
Le 31 juillet, en baie de Fort-Dauphin, une tempête arrache le croiseur à son mouillage : ses chaînes ont été tranchées par une épave immergée, et le Lapérouse s'échoue sur les coraux, à une encablure de la côte. On ne le relèvera pas. René en rapporte la médaille de Madagascar.
Rentré en France, il sert dans l'escadre du Nord, à Cherbourg : sur le cuirassé Courbet, puis sur le Charlemagne et le Carnot, comme officier de quart, à l'artillerie, puis à l'électricité. De 1900 à 1902, il est officier de navigation, puis second, du contre-torpilleur Durandal.
Il épouse une cousine : Marie Marguerite Anne Joséphine Deschard, fille de Charles Albert Deschard, commissaire de la Marine, et de Marie Cadiou, que toute la France lit sous le nom de M. Maryan. Leurs grand-mères étaient sœurs, deux filles de Louis-François Le Normant de Kergrist.
Le mariage civil a lieu le samedi 30 décembre 1899 à la mairie de Brest. La bénédiction nuptiale suit, à onze heures du matin, dans la chapelle de la Marine, ornée de verdure pour la circonstance. René a pour témoins le capitaine de vaisseau Saint-Paul de Sinçay et son frère Eugène, lieutenant au 19e d'infanterie ; Marguerite, Albert Deschard, commissaire de la Marine, et Louis Cadiou, capitaine de frégate en retraite.
Une petite Marie-Anne naît en 1901, un fils, Pierre, en 1902. En mai de la même année, René est nommé lieutenant de vaisseau.

Après une année sur le cuirassé Formidable, dans l'escadre du Nord, René part pour l'Espagne à l'été 1903 avec un enseigne et un médecin, en mission d'élève interprète. De septembre 1903 à juillet 1904, il séjourne auprès des consulats de France à Barcelone, à Valence et à Saint-Sébastien.
Il voyage, regarde, prend des notes. Des murailles de l'Albaicín, au-dessus de Grenade, on lui montre dans la sierra Nevada le pic du « Soupir du Maure », où Boabdil, dit la légende, se retourna une dernière fois vers son royaume perdu. Il admire l'Alhambra, dont il attribue le charme « à la beauté du ciel andalou, à la délicieuse fraîcheur des arbres et des sources », et Murillo, « qu'on ne peut connaître qu'en Espagne ». Son rapport de mission paraît en 1906 sous le titre En Espagne, de septembre 1903 à juillet 1904.
Cette année loin de Brest est aussi celle des deuils. La petite Marie-Anne meurt en 1903, toute petite encore. Et le 23 janvier 1904, son frère Eugène, lieutenant au 19e d'infanterie, meurt dans la maison de la rue du Château, à trente-quatre ans. Des trois fils du docteur Nielly, René est désormais le seul.
Revenu à Brest, il est choisi en 1904 comme professeur de manœuvre et de météorologie sur le vieux croiseur Duguay-Trouin, où les jeunes enseignes font leur année d'application. Il passe ensuite sur le croiseur cuirassé Amiral Aube, puis commande de 1907 à 1909 un torpilleur de la deuxième flottille de l'Océan, à Lorient.
En 1909 il suit l'École de canonnage de Toulon et sort breveté canonnier, puis sert comme tel sur l'Amiral Aube. Mais, écrit un journaliste qui l'a connu, c'est un « boulinard à tous crins », un homme de la voile et des manœuvres : il revient à Brest, à l'École des manœuvriers, sur le transport Calédonien, puis sur le croiseur Châteaurenault.
Il écrit. En 1912, un Guide de timonerie pour les candidats au brevet de manœuvrier, qui lui vaut les remerciements du ministre ; en 1913, chez Challamel, Ancres, chaînes et aussières, où il étudie en détail les efforts qui s'exercent au mouillage, à l'appareillage, par gros temps et sous les chocs, et compare les pratiques françaises à celles des Anglais. La presse maritime en rend compte, et deux ans plus tard encore La Science et la Vie y puise pour expliquer les ancres à ses lecteurs.
La maison s'emplit : Anne naît en 1904, Geneviève en 1905, Monique en 1907, Jean en 1909, Paul en 1911, Marie-Renée en 1912 et Marthe en 1913.
Depuis six mois, il commande le contre-torpilleur Étendard, de la première escadrille de la deuxième escadre, quand la guerre éclate en août 1914. Le navire patrouille dans l'Atlantique, puis dans la Manche et la mer du Nord. Son chef, écrit-on plus tard, sait donner à son équipage « un très bel entraînement », « développant sans cesse sa valeur combative et morale ». Il est cité et inscrit au tableau d'avancement.
Le 21 février 1915, sa mère meurt à Brest ; les journaux la disent « mère du lieutenant de vaisseau commandant le torpilleur d'escadre Étendard ».
À la fin de 1915, il part en mission en Espagne et au Portugal pour acheter des chalutiers destinés à être armés en guerre : il en parle la langue. Il devient ensuite l'aide de camp du contre-amiral Aubry, qui commande la troisième division légère sur le croiseur cuirassé Gloire, à Brest.
L'Étendard, lui, continue sa guerre sans lui. Le 25 avril 1917, au large de Dunkerque, il affronte des torpilleurs allemands ; une torpille frappe sa soute à munitions, et il disparaît avec tout son équipage.

Capitaine de frégate le 31 mars 1917, il reçoit un commandement lointain : créer une escadrille à Leixões, le port de Porto. Il quitte Brest le 21 juillet 1917 avec deux chalutiers, en escortant un vapeur, et arrive le 25 ; deux jours plus tard, il est à la tête de neuf chalutiers armés.
Sa mission : protéger la pêche au thon pendant l'été, veiller sur les grands voiliers qui reviennent d'Australie, surveiller la navigation des navires qui servent les Alliés. Une section patrouille en permanence entre le cap Finisterre et la pointe de La Estaca ; les autres escortent des convois. La population accueille les Français avec une réserve polie ; les télégrammes arrivent avec des jours de retard, au gré des grèves. Il est de nouveau cité, à l'ordre du jour.
En 1918, il est appelé à Paris, à l'état-major général de la Marine : chef du service de la navigation à la Direction générale de la guerre sous-marine, il est chargé de la gérance du trafic commercial, c'est-à-dire de faire passer les navires marchands à travers la menace des sous-marins.
En octobre 1924, il devient chef d'état-major du vice-amiral Grout, préfet maritime de Brest. Il y reçoit ses deux étoiles : il est nommé contre-amiral le 9 avril 1928. Il succède alors à l'amiral Audouard à la tête du secteur maritime de défense côtière de Brest.
La même année, son fils Jean entre à son tour à l'École navale. Le 4 février 1931, à Brest, sa fille Monique épouse Jehan Bazin, commissaire de la Marine.
Le 5 mars 1931, le contre-amiral Nielly prend le commandement de la Marine à Lorient, où il succède de nouveau à l'amiral Audouard. Le journal local salue « un marin de race ».
Ces deux années sont pleines. L'arsenal met en chantier les contre-torpilleurs Fantasque et Audacieux et commence le croiseur Jean de Vienne ; il achève le mouilleur de mines Pluton et le ravitailleur de sous-marins Jules-Verne ; il lance le contre-torpilleur Épervier en présence du ministre Charles Dumont, puis le Milan. Il arme et livre aux escadres les contre-torpilleurs Albatros, Vautour, Aigle, Tartu, Maillé-Brézé, les avisos coloniaux Dumont-d'Urville, Bougainville, Savorgnan de Brazza, les sous-marins Henri-Poincaré et Poncelet. Aux essais, le Gerfaut atteint 42,78 nœuds et le Cassard 42,86 : le titre de champion du monde de vitesse.
Atteint par la limite d'âge, il quitte Lorient le 16 mai 1933 et le service actif le 27 juillet 1933, le jour de ses soixante ans. On retient de lui « un chef droit, loyal et juste », « son esprit de justice et son exquise sensibilité ». Il est commandeur de la Légion d'honneur, décoré de la croix de guerre avec étoile de vermeil.

Retiré à Brest, dans la maison du 1 de la rue Amiral-Réveillère, il perd Marguerite le 23 juin 1935. Elle a soixante et un ans ; la messe est dite en l'église Saint-Louis et elle repose au cimetière de Brest.
L'avis de convoi rassemble autour de lui toute une famille : leur fils Pierre, devenu le père Marie-Bernard, dominicain ; Jean, enseigne de vaisseau ; Paul, sous-lieutenant ; deux filles entrées au Carmel, sœur Marie-Geneviève de Jésus et sœur Marie-Thérèse de Jésus ; Monique et son mari Jehan Bazin ; une fille mariée à Jacques Berthelin, ingénieur ; Marthe ; les petits-enfants.
La guerre revient en 1939 ; en juin 1940, les Allemands entrent dans Brest. C'est à Toulon, à l'hôpital Sainte-Anne, que René Nielly meurt le 8 septembre 1942, à soixante-neuf ans. À Lorient, le journal qui avait salué son arrivée lui rend hommage : « un officier remarquable ; partout où il passa, il laissa le souvenir d'un chef droit, loyal et juste ».
Officier de marine né à Brest, commandant de l'École navale de 1922 à 1924, contre-amiral, commandant de la Marine à Lorient : René Nielly (1873-1942), gendre de Marie Cadiou (M. Maryan).
Sources : actes lus à l'image le 30 septembre 2026 aux Archives de Brest et aux Archives du Finistère (registres matricules du bureau de Brest) ; École navale (espace tradition) ; presse de 1888 à 1942 (Gallica) ; École de guerre navale (1924). Sa biographie complète est sur cette bibliothèque.