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Biographie · Génération VI

Pierre-Maurice-Julien de Quérangal de Kerascoët

Lorient, 13 décembre 1758 — Paris, 27 août 1840

Petit-fils de Maurice de Kerangal · cousin et premier commandant de Louis-François Le Normant de Kergrist

Portrait peint en buste d'un contre-amiral d'une soixantaine d'années aux cheveux gris courts, grand uniforme bleu brodé de feuilles de chêne d'or, épaulettes d'or à deux étoiles, croix d'officier de la Légion d'honneur
Pierre-Maurice-Julien de Quérangal, contre-amiral. Portrait réalisé à partir de la description du personnage.

Il naît à Lorient, la ville de la Compagnie des Indes, et s'embarque à seize ans. La Révolution fait de lui un commandant : la frégate la Cocarde, puis le vaisseau le Mucius, qui le conduit jusqu'aux côtes d'Irlande dans l'hiver de 1796, avec à son bord son jeune cousin Louis-François Le Normant de Kergrist. À Saint-Domingue, il reprend Port-de-Paix ; puis, avec un équipage décimé par la fièvre jaune, il force le blocus anglais et se fait prendre, pour que le convoi passe. Trois ans captif, décoré de la Légion d'honneur dans sa prison, il finit contre-amiral. Sa fille Julie épousera l'historien Augustin Thierry.

1758-1789Un enfant de la Compagnie des Indes

Extrait manuscrit du registre de Lorient : le 13 décembre 1758, baptême de Pierre-Maurice-Julien de Querangal, fils de François-Julien de Querangal de Kerascoët et de Guyonne-Vincente Gilart
Lorient, 13 décembre 1758 : « Pierre Maurice Julien de Querangal, né ce jour », fils de François-Julien de Querangal de Kerascoët ; son parrain est capitaine des vaisseaux de la Compagnie des Indes.

Le 13 décembre 1758, à Lorient, un garçon naît chez François-Julien de Querangal de Kerascoët et Guyonne-Vincente Gilart de Keranflec'h. On le baptise le jour même : Pierre-Maurice-Julien. Maurice, c'est le prénom de son grand-père, qui vit à Châtelaudren et a soixante-dix-sept ans ; Julien, celui de son père. Son parrain, Pierre-André de Sanguinet, est capitaine des vaisseaux de la Compagnie des Indes. Dans cette ville, on naît au milieu des navires.

Son père est un marin : c'est lui qui, vingt ans plus tard, tiendra sur les fonts baptismaux de Châtelaudren le petit Louis-François Le Normant de Kergrist. Pierre-Maurice suit la même route. En 1775, à seize ans, il entre au service de la Marine comme volontaire et part pour les Indes et les îles de l'océan Indien. En 1782, il est lieutenant de frégate.

1789-1795Dans la tourmente

La Révolution le trouve officier. Lieutenant de vaisseau en 1790, il est envoyé l'année suivante à Saint-Domingue, où les esclaves de la plaine du Nord viennent de se soulever. Rappelé en France, il est arrêté à Nantes et gardé quelques jours en prison. L'exécution de Louis XVI, en janvier 1793, le pousse à vouloir quitter le service ; on le convainc de rester, face à l'Europe coalisée.

Il reste, et il devient capitaine de vaisseau. Au début de 1795, il reçoit le commandement de la frégate la Cocarde. À son bord monte un novice de quinze ans, son jeune cousin Louis-François Le Normant de Kergrist, le filleul de son père. La Cocarde croise au large avec deux autres frégates, arrête des navires marchands, visite les neutres, saisit des journaux anglais pleins de nouvelles. En juin 1795, elle est de la flotte qui affronte les Anglais au large de l'île de Groix.

1795-1797Le Mucius et la baie de Bantry

Caricature anglaise en couleurs : des vaisseaux français tourmentés par la tempête, des marins jetés à la mer, des têtes soufflant le vent depuis les nuages
« La fin de l'invasion de l'Irlande, ou la destruction de l'Armada française » : vue de Londres, en janvier 1797, la tempête qui dispersa la flotte de Hoche.

En décembre 1795, il est à Rochefort, chargé d'escorter quatre frégates vers l'Inde, quand l'ordre arrive, le 13 : gagner Lorient au plus vite pour y prendre le commandement du Mucius, un vaisseau de soixante-quatorze canons. La route de terre traverse le pays des chouans, la mer est surveillée par les Anglais ; il part en chaloupe le 17 décembre, reste bloqué dix jours à l'île de Ré par les vents contraires, et touche Lorient le 5 janvier 1796. Le lendemain, Louis-François monte à bord du Mucius.

Trois semaines plus tard, le 26 janvier 1796, Pierre-Maurice épouse à Lorient sa cousine Julie Le Cointe, fille de Jean-Jacques Le Cointe, le premier maire constitutionnel de la ville.

À la fin de l'année, le Mucius appareille de Brest avec la grande flotte de l'expédition d'Irlande. Le 15 décembre 1796, près de quarante-cinq voiles emportent quinze mille soldats du général Hoche, qui doivent soulever l'Irlande contre l'Angleterre. La tempête disperse la flotte dès la sortie ; la frégate qui porte Hoche est séparée des autres. Quérangal mène son vaisseau jusqu'à la baie de Bantry, le point de ralliement, et y mouille. Mais le vent souffle de terre, la mer est trop grosse pour débarquer, et le général ne viendra pas. Après des jours d'attente, il reprend la route de France. Le 1er janvier 1797, le Mucius mouille en rade de Brest.

1798-1803Le sacrifice du Duquesne

Extrait imprimé : certificat du contre-amiral Latouche-Tréville du 7 juillet 1803 sur l'état du vaisseau le Duquesne, 275 hommes dont 32 malades
7 juillet 1803 : Latouche-Tréville certifie que le capitaine Quérangal doit partir avec un équipage malade et « encombré de passagers, la plupart mutilés ».
Extrait imprimé : récit de la chasse du Duquesne par le Vanguard, la Tartar et le Bellerophon, jusqu'à ce que son pavillon soit amené
25 juillet 1803 : « La défense n'était pas possible : son pavillon fut amené. »

Pierre-Maurice reçoit ensuite le Duquesne, un autre vaisseau de soixante-quatorze canons, avec lequel il rejoint la flotte franco-espagnole. Le 2 février 1802, sa fille Suzanne-Julie naît à Paris. Le 24 juin, à Toulon, le capitaine de vaisseau Quérangal, franc-maçon de longue date, rend visite à la loge la Paix ; en août, le Duquesne mouille en rade d'Alger. Puis il part pour Saint-Domingue, où le Premier Consul a envoyé son beau-frère, le général Leclerc, reprendre la colonie en main.

Le 8 janvier 1803, Quérangal commande une petite escadre, le Duquesne, la frégate la Sibylle, une corvette et un brick, qui porte des troupes devant Port-de-Paix, au nord de l'île. La ville est reprise. Le général Rochambeau, le vice-amiral Latouche-Tréville lui adressent leurs félicitations.

Puis le piège se referme. La fièvre jaune ravage les équipages, la guerre reprend avec l'Angleterre, et une escadre anglaise bloque le Cap. Le 7 juillet 1803, Latouche-Tréville certifie par écrit qu'il ne peut donner au Duquesne un équipage convenable : deux cent soixante-quinze hommes, dont trente-deux au poste des malades et autant de convalescents, pas de charpentiers, pas de calfats, pas de voiliers, et des passagers, « la plupart mutilés ». Il doit partir quand même.

Le 24 juillet au soir, le Duquesne et le Duguay-Trouin sortent du Cap. Les Anglais les voient aussitôt. Les deux vaisseaux se séparent ; le Duquesne longe la côte vers l'ouest, essuie le feu d'une batterie des insurgés, file vers le canal de Bahama. Toute la nuit, toute la matinée, la frégate Tartar le canonne ; à trois heures moins le quart de l'après-midi, le vaisseau Vanguard le rattrape, le Bellerophon et une autre frégate arrivent à portée, le Cumberland accourt. Douze canons de la batterie basse sont seuls armés ; il n'y a personne aux autres pièces. « La défense n'était pas possible : son pavillon fut amené. » C'est le 25 juillet 1803, à une vingtaine de milles du cap Maisi, la pointe orientale de Cuba. Pendant qu'on le chassait, le convoi attendu entrait au Cap.

1803-1816Captif, puis contre-amiral

Document manuscrit signé Querangal : serment de légionnaire prêté au port de Lorient le 17 février 1807 devant le vice-amiral Thévenard
Port de Lorient, 17 février 1807 : de retour de captivité, le capitaine de vaisseau Querangal prête son serment de légionnaire.

Le Duquesne est conduit à la Jamaïque. Pierre-Maurice y reste trois mois, puis on l'envoie en Angleterre, où il demeure prisonnier trois ans. C'est là que lui parviennent les honneurs : le 5 février 1804, il est fait membre de la Légion d'honneur, créée deux ans plus tôt ; à la mi-juin, il en est nommé officier.

Il rentre au début de 1807. Le 17 février, au port de Lorient, devant le vice-amiral Thévenard, préfet maritime, il prête son serment de légionnaire et le signe d'un grand « Querangal ». Reçu par l'Empereur, il demande à passer devant un conseil de guerre pour que sa conduite soit jugée. Napoléon refuse : le commandant du Duquesne n'a cédé qu'à des forces supérieures, après avoir entraîné l'ennemi au large et permis au convoi d'entrer au Cap ; il a rempli sa mission.

Il est nommé chef militaire de la Marine au port de Rochefort. En 1815, pendant les Cent-Jours, il rencontre l'Empereur revenu de l'île d'Elbe. La monarchie rétablie ne le lui pardonne pas : en 1816, elle le met à la retraite en lui donnant le grade de contre-amiral. Il est chevalier de Saint-Louis ; en octobre 1816, il fait établir devant notaire, à Paris, les papiers qui le maintiennent officier de la Légion d'honneur, désormais « royale ».

1816-1840Le vieil amiral et l'historien

Formulaire imprimé et manuscrit : décès de M. de Quérangal, Pierre-Maurice-Julien, contre-amiral, mort le 27 août 1840 ; ses deux filles héritières, dont Suzanne-Julie, épouse de M. Augustin Thierry
« M. de Quérangal, contre-amiral, mort le 27 août 1840 » : ses deux filles, Laurence-Évelina et Suzanne-Julie, « épouse de M. Augustin Thierry », sont ses seules héritières.

Le contre-amiral en retraite vit à Paris. Sa fille Julie, élevée à la Maison d'éducation de la Légion d'honneur, devient l'une des collaboratrices de l'historien Augustin Thierry, que la cécité a frappé et qui dicte désormais ses livres. En 1831, à Luxeuil, elle l'épouse. Elle écrit elle-même des nouvelles et un roman, qu'elle signe « Madame Augustin Thierry ».

Le vieil amiral n'a pas quitté les loges : en 1823, il est membre d'honneur de celle des Élus de Sully, à Brest, et son garant d'amitié auprès de l'Aimable Concorde, à Rochefort.

Pierre-Maurice-Julien de Quérangal meurt à Paris le 27 août 1840, à quatre-vingt-un ans. Ses deux filles, Laurence-Évelina et Suzanne-Julie, épouse de M. Augustin Thierry, sont ses seules héritières. Julie ne lui survit que quatre ans : elle meurt en 1844, à quarante-deux ans.

Depuis 1962, une rue de Lorient, sa ville natale, porte son nom.