Biographie · Génération VIII
Saint-Malo, vers 1697 — Saint-Malo, 14 janvier 1761
Beau-père de Jacques Blondela de Taisy · grand-père de François Blondela de Taisy · et de Marie-Charlotte, l'épouse de Jean-Jacques Labiche

Il est né à Saint-Malo sous Louis XIV, dans la ville qui envoyait ses navires jusqu'au Pérou. À vingt-deux ans, il part pour le Bengale ; à vingt-cinq, il a vu les côtes de la mer du Sud. Pendant dix ans, il est premier pilote des vaisseaux de la Compagnie des Indes : c'est lui qui tient la route, calcule la position, reconnaît les terres, de Lorient au cap de Bonne-Espérance, à l'île de France, à Pondichéry, au Bengale et jusqu'à Sumatra. Ses journaux de bord, écrits de sa main, dorment aux Archives nationales. Il meurt à Saint-Malo en janvier 1761 ; le lendemain, Pondichéry capitule devant les Anglais. Son fils fera le tour du monde avec Bougainville.
Pierre Landais naît à Saint-Malo vers 1697, fils de Pierre Landais et de Jeanne Moulard. On ne connaît pas le jour : son acte de baptême n'a jamais été retrouvé, et les rôles d'équipage lui donnent des âges qui ne concordent pas. Quand il meurt, en 1761, on lui donnera « environ 64 ans ».
Il grandit dans une ville close de remparts, serrée sur son rocher, où tout parle de la mer : les quais, les chantiers, les maisons d'armateurs, les marins qui reviennent des Indes, de Terre-Neuve ou des côtes du Pérou. Les enfants de Saint-Malo embarquent tôt. Lui apprend le métier qui fera sa vie : conduire un navire.
Le 2 mars 1719, Pierre Landais, vingt-deux ans, « taille moyenne, cheveux châtains », embarque sur les Deux-Couronnes, vaisseau de six cents tonneaux et trente-six canons, avec cent quarante-six hommes d'équipage. Le navire appartient à la Compagnie des Indes malouine ; il part de Saint-Malo pour le Bengale et Pondichéry. Il est désarmé à Port-Louis, en Bretagne, le 17 juillet 1720, après seize mois de voyage.
Le 13 février 1721, il repart comme officier marinier sur le Centaure, sept cents tonneaux, quarante canons, deux cent treize hommes, cette fois pour la Compagnie royale des Indes. Le Centaure va chercher fortune sur les côtes du Pacifique : le 4 avril 1722, il est au Pérou. Au retour, il touche l'île Grande, au Brésil, le 4 octobre, et il est désarmé à Lorient le 4 mars 1723.
Deux ans plus tard, le 12 mars 1725, Pierre Landais est reçu capitaine au commerce. Il a vingt-huit ans environ, et il a déjà vu les deux bouts du monde.
Le 26 novembre 1726, en l'église paroissiale de Saint-Malo, Pierre Landais épouse Marguerite Jocet. Elle a été baptisée à Saint-Malo le 29 juin 1697 ; elle est la fille de Charles Jocet, sieur de la Maison-Rouge, et de Guyonne Le Gendre. En 1729, il figure sur la liste des capitaines de Saint-Malo.
Cinq enfants naissent et sont baptisés à Saint-Malo, le jour même de leur naissance ou le lendemain. Marie-Jeanne, le 17 septembre 1727 : sa marraine est sa grand-mère, Jeanne Moulard. Françoise-Marguerite, le 4 février 1730, qui sera l'épouse de Jacques Blondela de Taisy. Pierre-François, le 28 février 1731. Pierre, le 21 février 1734, qui portera le nom de son père jusqu'en Amérique. Marguerite-Olive, enfin, le 4 mai 1737.
Le père n'est pas toujours là. Quand Pierre naît, en février 1734, il est rentré des Indes depuis neuf mois. Quand Marguerite-Olive vient au monde, en mai 1737, il est en plein océan, quelque part entre le Brésil et le cap de Bonne-Espérance ; il ne la verra qu'à seize mois.

En 1731, Pierre Landais entre au service de la Compagnie des Indes comme premier pilote, à quarante livres par mois, sur le Duc de Chartres, un vaisseau de mille tonneaux et vingt-huit canons, avec cent quatre-vingts hommes, commandé par le capitaine Gravé de la Bellière. Il ouvre le journal de navigation le 29 octobre, dans le port de Lorient, et le tiendra de sa main jusqu'au retour.
Le 5 novembre, vingt-huit passagers montent à bord : des prêtres, des clercs, des hommes, des femmes et des enfants, vingt-six pour l'île de France et deux pour Pondichéry. Le 27, le capitaine du port et soixante hommes aident le vaisseau à sortir ; on les salue de sept « vive le roi ». À cinq heures du soir, le pilote Pierre Landais relève la pointe sud-est de l'île de Groix. Le voyage commence.
Le 23 décembre, on mouille devant Gorée, au Sénégal ; le vaisseau salue la forteresse de sept coups de canon, qui lui sont rendus coup pour coup, et des pirogues apportent du poisson. Le 9 janvier 1732, en mer, une passagère accouche d'un garçon ; personne à bord ne savait qu'elle était enceinte. Le 11 février, un jeune matelot de Saint-Malo, Julien Caternau, vingt-deux ans, tombe de la grande vergue et disparaît dans la mer. Le 19 mars, on mouille au cap de Bonne-Espérance, au milieu de seize navires hollandais et anglais revenus de Chine et des Indes.
Le 3 juin, l'île de France ; le 20, l'île Bourbon ; le 27 août, Pondichéry, où le vaisseau salue la forteresse de quinze coups de canon. Le gouverneur Lenoir l'envoie aussitôt à l'île de France prendre le chargement d'un autre navire. Il y embarque du poivre, des ballots, du bois rouge pour le lest, et, le 20 décembre, vingt soldats avec leurs femmes et leurs enfants, deux soldats aux fers et une esclave enchaînée, qu'on débarque à Saint-Paul, à l'île Bourbon.
Le 29 janvier 1733, Pierre Landais reconnaît la passe du cap de Bonne-Espérance. Fin avril, cinq hommes meurent en trois jours ; deux sont emportés par le scorbut, un matelot de Saint-Malo et un autre de Saint-Servan. Le 3 mai au soir, le pilote reconnaît les îles de Glénan ; le 4 mai, le Duc de Chartres mouille à Lorient. Le 11, Pierre Landais signe son journal.


Le 1er février 1735, Pierre Landais part comme premier pilote, à quarante-cinq livres, sur le Lys, six cent cinquante tonneaux, quarante canons, deux cent vingt-quatre hommes, capitaine Dordelin. On fait escale à Cadix pour charger trente pipes de vin de Xérès. Le 16 mai, dans une mer grosse et un roulis violent, le grand mât de hune se brise en plusieurs morceaux. Le scorbut se déclare : à l'île d'Anjouan, dans les Comores, on dresse des tentes sur le rivage pour y coucher les malades ; ils sont cinquante-trois. On porte secours à un petit brigantin français, la Légère, qui fait eau de toutes parts. Le 7 août, le Lys mouille à Pondichéry.
Au retour, en novembre, on s'arrête à l'île Rodrigues pour prendre des tortues : trente tortues de mer et deux cents tortues de terre, la viande fraîche des marins. Puis le Lys se toue dans le port de l'île de France et s'amarre à la pointe de l'île aux Tonneliers. À l'île de l'Ascension, en février, les chaloupes prennent encore quarante et une tortues en une nuit. Mais au printemps, dans l'Atlantique, les morts se succèdent, emportés par le scorbut, la fièvre ou l'épuisement. Le 11 mai 1736, le Lys entre à Lorient ; les malades sont portés à terre sur leurs cadres, accompagnés de l'aumônier et du chirurgien.
Le 15 janvier 1737, il repart sur le même vaisseau, sous le capitaine Charles du Gué Le Fer, avec quarante-sept passagers : des soldats, des ouvriers avec leurs familles, et dix-sept forçats pour l'île de France. À Gorée, on embarque vingt esclaves que la Compagnie destine à l'île. Le 28 février, le beaupré se brise : il faut relâcher au Brésil, dans la baie de Tous-les-Saints, où les Portugais fournissent un mât neuf. À l'île Bourbon, le 13 juillet, le gouverneur des îles, Mahé de La Bourdonnais, monte à bord avec sa suite pour gagner l'île de France.
Puis c'est Pondichéry, Madras, et le Bengale, où la disette de riz oblige le vaisseau à aller chercher des vivres. Le 25 octobre, on voit flotter de la paille de riz, des arbres arrachés, du doublage de navire, des bouteilles : un ouragan vient de ravager la côte, et l'on apprend qu'il a coulé beaucoup de navires et tué beaucoup de monde. Le Lys remonte le Gange jusqu'à la rade d'Hougly, près de Chandernagor, et charge du salpêtre et des marchandises jusque dans l'entrepont. Au retour, trop tard dans la saison pour l'île de France, il relâche à Sainte-Hélène, chez les Anglais. Le 3 septembre 1738, il est de retour à Lorient.

Le 11 octobre 1739, Pierre Landais part pour son quatrième voyage aux Indes, premier pilote du Comte de Toulouse, vingt-huit canons, cent quarante hommes, capitaine Forty de Préravily. Le 27, près des Canaries, trois navires inconnus approchent : on se prépare au combat, mais ils passent leur route. On fait l'eau à Santiago, dans les îles du Cap-Vert. Le 13 janvier 1740, en plein océan, les hommes de quart regardent la lune s'éteindre puis rougir : une éclipse. Le 25, un mousse de treize ou quatorze ans, Jean Marcot, tombe à la mer.
Après le Cap, l'île de France et Pondichéry, le vaisseau est envoyé à Porto Novo charger quatre cents balles de toiles et de tabac pour des marchands de l'Inde, qui embarquent avec leurs domestiques, quatre-vingt-cinq personnes en tout. Direction Aceh, à la pointe nord de Sumatra. Le 4 octobre, un bateau malais guide le vaisseau dans une passe difficile, contre le courant. On y répare comme on peut le doublage de cuivre arraché, en couchant le navire sur un bord puis sur l'autre dans une mer houleuse. Le 15 novembre, le capitaine va en ambassade chez le roi d'Aceh avec ses officiers et quarante-sept hommes ; il est très bien reçu.
En janvier 1741, à Pondichéry, on fortifie la ville contre les Marathes. Le Comte de Toulouse part chargé de mille trois cent cinquante balles et de mille cent sacs de poivre. Mais une semaine après avoir quitté l'île Bourbon, dans la nuit du 10 au 11 avril, il fait eau. Le 19, il y a quatre pieds d'eau dans la cale ; il faut quatre pompes, jour et nuit, pour tenir. On revient à l'île de France. Le vaisseau est déchargé, couché sur le flanc, sa quille découverte ; les clous de ses bordages sont rongés, il n'en reste que la tête. Il faut plusieurs mois de réparations. Le 13 janvier 1742, il repart enfin, avec des matelots malades pris sur d'autres navires. Le 30 mai 1742, il est à Lorient.

À la fin de 1742, Pierre Landais est officier sur le Condé, qui ramène des marchandises de Port-Louis à Saint-Malo. La guerre de Succession d'Autriche commence ; en 1744, la France et l'Angleterre sont à nouveau ennemies. Le 23 janvier 1745, il embarque comme second, à cent livres, sur le Prospère, un paquebot chargé d'aller en Angleterre échanger des prisonniers.
Cette même année, le 1er mai 1745, son fils Pierre, onze ans, commence à naviguer. L'année suivante, le navire qui le porte vers Saint-Domingue est pris par les Anglais. L'enfant reste prisonnier en Angleterre ; il y apprend la langue, et cette langue décidera plus tard de toute sa vie.
Le 7 février 1748, Pierre Landais obtient la permission d'embarquer à Rochefort comme lieutenant, à cent cinquante livres par mois, sur le d'Ormesson, qui part pour les îles de France et de Bourbon. Il revient en passager sur un vaisseau du roi, l'Arc-en-Ciel, cinquante canons, qui rentre d'une campagne dans l'Inde, et il est débarqué à Brest le 23 février 1750.
Le 4 mai 1751, à Saint-Malo, en la chapelle Saint-Thomas, sa fille Françoise-Marguerite, vingt et un ans, épouse Jacques-Yves Blondela, écuyer, sieur de Taisy, un officier de marine malouin de trente-sept ans.

En 1752, le jeune Pierre part comme second lieutenant sur la Silvie, que commande son beau-frère, Jacques Blondela. Le navire fait naufrage aux îles Caïques, aux Antilles ; l'équipage revient en février 1753. En 1754, Françoise-Marguerite met au monde à Saint-Malo une fille, Marie-Charlotte, la future épouse de Jean-Jacques Labiche. Le 8 novembre 1755 meurt Charles-Bernard Le Mordant de Bachant, officier navigant, le mari de sa fille aînée. Le 4 mai 1756, sa plus jeune fille, Marguerite-Olive, épouse à Saint-Malo un capitaine de navires marchands, Jean-Guy-Charles Bérubé, sieur du Fresne.
La guerre de Sept Ans commence. On ne sait pas ce que fait alors Pierre Landais, qui approche de la soixantaine. A-t-il repris la mer pour le roi, qui manquait de marins et connaissait la valeur des pilotes des Indes ? Aucun document ne le dit.
Il meurt à Saint-Malo le 14 janvier 1761. Le lendemain, il est inhumé. Le registre de la paroisse le dit « officier navigant, âgé d'environ 64 ans, époux de demoiselle Marguerite Jocet » ; au bas de l'acte, son gendre signe « J. Blondela ». Ce même 15 janvier 1761, à l'autre bout du monde, Pondichéry, affamée par un siège de quatre mois, se rend aux Anglais.
Françoise-Marguerite le suit de peu : elle meurt à Brest le 16 juillet 1765, à trente-cinq ans. Marguerite-Olive vivra jusqu'en 1825. Et le petit mousse de 1745 deviendra l'un des marins les plus singuliers de son siècle.
Capitaine malouin et premier pilote des vaisseaux de la Compagnie des Indes, de Lorient à Pondichéry, au Bengale et à Sumatra : Pierre Landais (vers 1697-1761), et son fils, le compagnon de Bougainville.
Sources : étude de Joël Merckelbach, « Pierre Landais, capitaine et pilote » (d'après le SHD, les Archives nationales, fonds Marine, et les registres de Saint-Malo). Sa biographie complète est sur cette bibliothèque.